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De la liberté. De la liberté de critiquer les religions.
Les clercs et les derviches des religions n'hésitent pas à critiquer, dénoncer, condamner ce qui n'est pas selon leurs vérités, leurs valeurs, leurs moeurs et habitudes. Des comportements, des pensées des autres, ils sont les chevaliers de la pourfendrerie de tout ce qui ne se conforme pas. Pas une religion cependant qui ne montre des luttes internes et des divergences qui deviennent assez profondes pour provoquer des hérésies, des schismes, des séparations, des excommunications. Dans les trois monothéismes, il n'y a aucune unité, ni maintenant, ni depuis les origines. De même en tout grand ou petit courant religieux. Ainsi, on peut reconnaître qu'il y eût des critiques internes, dont certaines menèrent à la formation de sectes ou de nouvelles religions.
Depuis la formation de ces libres penseurs en Grèce ancienne, la critique des religions a été radicale. Socrate n'est pas le seul qui a ouvert le chemin de la pensée et de la réflexion critique et maïeutique. D'autres l'ont suivi; ainsi tout au long de l'histoire du Moyen et Proche-Orient et de l'Occident. Certains mouvements religieux sont nés d'une critique radicale des religions et pratiques cultuelles. Bouddha, Confucius, Zarathustra, Jésus, Mahomet. Qu'aujourd'hui certains veuillent se hisser au haut de leur vérité et devenir des intouchables ou des martyrs ou archanges inquisiteurs est du plus bas ridicule. Oublions Épicure, Lucrèce, Cervantès, Fontenelle, Swift, Voltaire, Marx et Nietzsche, il y a près de six milliards d'humains qui se cramponnent à des cerveaux inventés et configurés par eux-mêmes et qui ne le savent qu'à demi.
Au XIXe, nous avons appris que nous sommes tellement conditionnés que c'est la quête de nos racines vivantes qui ouvre la voie à une meilleure connaissance de nos liens à la vie. Très récemment, nous avons montré ces liens jusque dans nos gènes. La représentation graphique de nos généalogies profondes progresse à mesure que nous fouillons mieux les parois, les sables et les cavernes des lieux de nos ancêtres.
Les psychologies abondent depuis l'invention des écritures. On a depuis toujours classifié les discours, ceux des rois comme des parias. Aucune dramatique n'est innocente; les littératures ont mis sur scène les variations infinies des humeurs et turbulences, des rêves et des désirs. Ce n'est que récemment qu'un héritier de Moïse s'est aventuré sous les surfaces pour sonder les grandes vagues de l'océan des âmes. Tous les récits, toutes les images, les dires et les ouïdire et les oeuvres ont leurs couches géologiques. Nous explorons avec grande peine nos grottes intérieures.
Depuis Han-Fei-Tse, Sun Tzu (Souen tse), les Upanishads, les Kama Sutra, Hérodote, Marc Aurèle, Strabon, Quintillien, Ibn Khaldun (d'Ibn Haldun), Machiavel, Hobbes, Pascal, Smith, Edison et tant d'autres, nous sommes guidés sur tous les chemins du pouvoir et des échanges entre les cultures et entre les personnes. Que dire de tous les cueilleurs de faits, des poètes des figures, des sons, des nombres, des formes, des mots, des questions? Nous nous cherchons, nous nous égarons, nous sommes "masses", nous sommes seuls, et maintenant nous occupons tous les lieux ..., mais encore nous nous embourbons dans des temps d'inconscience totale.
Nous sommes rats, et pire, nous sommes bêtes, et pire, nous sommes puces, et pire encore. Meurtriers ou parasites, toujours sanguinaires. Tous les dieux du monde n'y changeront rien tant que nous ne percerons les secrets de nos idoles de bois, d'airain, de bronze ou d'or, de psyché, de ferraille ou de paille. Chaque jour, des voix, des voix et des images, des graphes babillent et racontent, et racontent, immense murmure des crêtes de nos vies. Nos cérémonies autour de la bombe retardent notre suicide.
De Lao Tseu à Platon et Nagajurna, à Heidegger ou Austin, ici, Lonergan, Grant ou Taylor, ailleurs, Russel, Wittgenstein, Arendt ou de Diéguez, on tourne et retourne les problèmes et les questions au sein d'espaces de silence et de feu.
Et dire que le modeste cède à la gloire ou à l'avarice, ou à la rage, parce que nous ne voyons pas nos nuits que Bouddha ou St Jean de la Croix ont visitées.
La liberté est une quête pour que nous soyons les créateurs de notre paradis. Pourquoi tant s'emmurent, se figent, se fixent, se cimentent en tel lieu pour toujours, en telles manières et tels automatismes? Pourquoi vivre de mort? Pourquoi ignorer notre ignorance? Est-ce ainsi que les "hommes" vivent ?
Note: poser la question, c'est chercher à répondre; c'est aussi la plus forte critique des religions.
Publié par Hermès le 20 décembre 2004 à 11:43 PM
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