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´ Il se peut que tout le développement humain n'ait pas plus de conséquence que la mousse ou le lichen dont s'entoure toute surface humectée. Pour nous, cependant, l'histoire de l'homme garde sa primauté, puisque l'humanité seule, autant que nous savons, crée la conscience de l'univers. "
(Ernest Renan / 1823-1892 / L'Avenir de la science, Pensées de 1848 / 1890)
Près d'un siècle et demi plus tard, on peut maintenant penser que Ernest avait probablement tort. En effet, on apprenait cette semaine que des chercheurs américains et israéliens, dont un prix Nobel 2004, ont lancé un ambitieux programme de cartographie du génome non pas de la mousse et du lichen, mais d'un organisme que l'on croyait à peine plus évolué : la palourde. Plus précisément les chercheurs en question ont entrepris une étude de longue haleine sur la division cellulaire chez les úufs de palourdes. Il paraît que la palourde possède de 12 000 à 20 000 gènes, contre 26 000 pour les humains. Et ils espèrent que cette passionnante recherche leur permettra un jour de découvrir les causes du cancer, de la dystrophie musculaire, du vieillissement prématuré, du diabète chez l'homme et peut-être même, qui sait, du mal de tête précoce et de la constipation bouchonnée.
Je ne le sais pas pour vous, mais moi, ce genre de sujet me fascine. À titre de membre actif et militant de l'Humanité toute entière (trade mark), de savoir qu'on peut améliorer l'avenir de ma race et de ma confrérie en étudiant comment les mollusques se divisent les cellules, ça me donne un coup d'humilité extraordinaire qui me ramène littéralement les 2 pieds dans le sable à ramasser des coquilles vides tout en réfléchissant à comment ce qu'en tant qu'humain, on peut être insignifiant sur cette boule d'eau et de bouette qu'on appelle la terre.
Une autre chose qui me fascine dans ce genre de nouvelles, c'est de penser que les chercheurs en question, sûrement des gens qui représentent l'élite de l'humanité scientifique de notre planète, aient pris la peine de se réunir, de ramasser leurs idées, de produire des dizaines et des dizaines de pages de synopsis de leur projet de recherche et des dizaines de questionnaires de demande de subventions et de commandites, que tous ces documents aient été étudiés et finalement acceptés par des dizaines de fonctionnaires de tous les niveaux... c'est absolument fascinant.
Que feraient des gens normaux, simples et si peu pourvus de vision pour l'avenir de l'humanité, des gens comme vous et moi somme toute, si on était confronté à une douzaine de palourdes ? En ? Qu'est-ce qu'on ferait ? On penserait tout de suite à un soupçon de citron, d'ail et d'échalote. Peut-être à un beurre persillé avec un peu de poivre et de muscade ? Maudit qu'on est insignifiant...
Heureusement qu'il y a des chercheurs pour s'élever au-dessus de tout ça et pour voir dans les cellules des êtres les moins pourvues de sens de l'humour et d'émotion comme les úufs de palourdes, les grands remèdes qui vont un jour nous sortir de nos misères et qui vont sûrement remplir les poches des actionnaires de nos grandes firmes pharmaceutiques en inventant une gélule au goût légèrement iodé à prendre 3 fois par jour avec une gorgée de Muscadet grand cru et beaucoup de compassion pour ces êtres inférieurs, mais néanmoins tellement importants, que sont les mollusques, les vers et toutes les autres bibittes qui en bavent pour la survie et l'évolution de l'humanité.
"L'ironie est la pudeur de l'humanité"
(Jules Renard / extrait de son journal)
Publié par Rapporteur Zircona le 11 décembre 2004 à 04:52 PM
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