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Une entrevue exclusive pour les lecteurs et lectrices de La Tribu du Verbe!
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Q: Aux dernières élections partielles l'UFP est arrivée troisième, devant l'ADQ, dans les circonscriptions de Gouin et de Laurier-Dorion. Malgré ce résultat surprenant, Radio-Canada n'en parlait pas., allant même jusqu'à montrer des candidats de l'ADQ, même s'ils étaient derrière vous. Bernard Derôme rétablissait les faits verbalement, mais pendant toute la soirée, on a quand même vu les candidats adéquistes plutôt que ceux de l'UFP. Que pensez-vous de cela? Il me semble que ce n'est pas excusable...
Amir Khadir: Ils se sont excusés. Ils ont dit "on va tâcher que ça ne se reproduise plus."
Q: Est-ce que ça pourrait être de la mauvaise foi, à la limite?
Amir Khadir: Non non. Moi je pense qu'il s'agissait vraiment d'ignorance. C’est comme, mettons, celui qui lit le bulletin de nouvelles le matin; eh bien la semaine passée, il nous décrivait: "L'union des Forces Populaires". Bon. Là c'est vraiment de l'ignorance... C'est que les élites, faut pas oublier ça, et c'est phénomène sociologique connue; les élites, les institutions, ont toujours du retard par rapport au réel. Et elles ont du retard surtout sur ce qui se passe en marge de la société. Et c'est certain que la gauche politique est encore en marge. De toutes façons, on s'en défend pas, ça fait partie de notre genèse. Si on est pour défendre ce que l'on défend, c'est normal que d'abord, on ratisse dans la marge. Pour moi, ce n'est pas surprenant; on a pas besoin de la théorie du complot pour expliquer ça.
Il peut y avoir des cas où il peut y avoir un mépris calculé. Moi je pense, par exemple, à Michel C. Auger, au Journal de Montréal. C'est toujours pareil chez lui, c'est quelqu'un que, même quand il parle, c'est tellement suffisant, c'est tellement entendu, tout est tellement entendu chez lui, y'a rien à faire. Et lui, sciemment, il évite de nous mentionner. Ou monsieur Parizeau, quand on a été appelé à parler ensemble lors d'un débat qui a été organisé par le SPQ libre, et où il y avait une assistance de deux ou trois cents personnes, peut-être plus même.
Il y avait un panel constitué de Michel Venne, Robert Laplante du journal de l'action nationale, de Jean-François Lisée et de moi. Parizeau, à la fin, devait venir commenter les choses. C'était manifeste: dans tout son discours, il aurait eu de multiples occasions de faire le lien avec l'émergence de la gauche ou de l'UFP, où c'était pertinent d'en faire mention... Il ne l'a pas fait! Pas un traître mot sur l'UFP. Mais dans l'ensemble, comme dans le cas de Radio-Canada, c'est par pure ignorance et illustre le retard par rapport à la chose réelle.
Q: Le gouvernement Libéral a dévoilé son projet de réforme du mode de scrutin. Il semble clair qu'elle ne plaît pas à la gauche québécoise. Considérez-vous que cela va empêcher la gauche de s'imposer sur la sphère politique québécoise?
Amir Khadir: Personnellement, je ne comptais pas trop sur la réforme du mode de scrutin. On voit d'ailleurs que dans la réforme Dupuis, il n'y a rien qui vaille pour nous. Il faut se battre sur un terrain et des règles du jeu qui nous défavorisent, mais dans mon optique à moi...
Q: Mais est-ce possible pour une gauche, au Québec, de s'imposer sans une réforme en profondeur de notre mode de scrutin?
Amir Khadir: Oui, justement! En dépit et au-delà de la réforme, et quel que soit le résultat final de cette réforme, nous, il va falloir que l'on s'inscrive, il va falloir qu'on rentre.
Là, on va parler d'unité avec Option Citoyenne; toute l'année prochaine on va en parler encore de plus en plus... les gens commencent à peine à entendre parler d'une gauche organisée et crédible. Quand là, ça va vraiment s'imposer, le pourcentage de gens prêts à nous suivre ne peut qu'augmenter.
Q: S'agit-il d'une position partagée au sein de l'UFP?
Amir Khadir: Non c'est mon opinion, ce n'est pas nécessairement partagé par tous.
Q: Vous ne considérez donc pas le mode de scrutin actuel comme l'obstacle majeur à l'instauration d'un parti de gauche au Québec?
Amir Khadir: Des obstacles, il y en a plusieurs. Il y a des obstacles institutionnels, comme le système électoral. Il y a des obstacles au niveau médiatique, avec tout ce qui fait la force de ceux qui possèdent les moyens de production, et même dans une certaine mesure, l'élite du réseau social et syndical. Qu'ils ont coopté, qu'ils ont amadoué, au principe de la conciliation et de la concertation.
Q : Selon vous, pourquoi les gens hésitent-ils à donner leur vote à la gauche ?
Y'a l'histoire du "socialisme réel" d'abord, et tous ses échecs, qui pèsent lourd. Ensuite, il y a le contexte: les gens ont peur qu'en votant pour un parti qui prônerait le socialisme, que ça puisse avoir un impact catastrophique au niveau économique. Donc pour toutes ces raisons-là, ils sont pas prêts à voter pour nous pour le moment, parce qu'on a pas confiance qu'on puisse faire ça. Autrement dit, parce qu'on a, à peu près tout le monde, internalisé le discours à savoir, qu'il n'y a pas d'échappatoire, qu'il s'agit de quelque chose d'inéluctable, c'est une fatalité de l'ordre des lois naturelles, que les lois du marché doivent s'imposer. Même pour des gens de gauche, qui savent théoriquement que le socialisme correspondrait davantage à leurs valeurs, mais ils votent plutôt pour le centre, le centre-droite, ben ce que nous on pense centre-droite, mais que le PQ appelle centre-gauche.
En dépit de tout ça, il faut que les gens se rendent compte que la gauche réelle, ceux qui mettent l'intérêt des gens et du bien commun en avant les profits du privé, elle est très forte, elle est très répandue. Il suffit de regarder les mobilisations remarquables qu'on a vu pour s'en convaincre. La marche mondiale des femmes, du pain et des roses, le sommet de Québec, le mouvement pacifiste anti-guerre, tout ça, s'il le faut, ce sont des preuves répétitives de la capacité de se mobiliser dans cette société-là à l'entour des enjeux qui sont nos enjeux. C'est pas l'enjeu du pouvoir, ce sont nos enjeux. Pacifisme, rejet du modèle néo-libéral, féminisme... la gauche est riche de l'appui que pourrait leur accorder la population
Ça ne veut pas dire que ça va se traduire demain dans un contexte électoral, car les gens tiennent compte de la réalité, ils ne sont pas fous, ils savent dans quel contexte ils sont, et surtout les gens n'ont pas confiance en notre capacité à le faire.
Donc il faut donner confiance aux gens, de se faire confiance d'abord, eh bien sûr, il faut faire nos preuves aussi. Il faut présenter un discours crédible, il faut avoir des contre-propositions, il faut montrer comment on va y aller. Par exemple, nous à l'UFP, nous devrions être en mesure, dans pas trop long, de présenter un budget de l'an un. On est en train de travailler là-dessus, et ça commence par un questionnement de la fiscalité.
Q: Considérez-vous que notre époque est favorable à l'instauration de nouveaux partis?
Amir Khadir: Moi je pense que c'était plus favorable à l'époque des soixante-huitards. Si je me fie à ce que je connais de cette période de l'histoire, c'était une période très mouvementée dans l'histoire de la planète, c'était la grande aventure de libération nationale dans les colonies, de libération sur le plan social dans les pays développés, que ce soit au niveau des femmes, des luttes étudiantes, des droits civiques aux États-Unis, c'était une formidable époque de contestation et de remise en question. L'utopie n'était pas encore morte.
Q: L'utopie est-elle morte aujourd'hui?
Amir Khadir: Non. Ça revient. Il y a eu un hiatus, depuis 20 ou 25 ans, un dangereux ressac. Mais je pense qu'on est à la fin de ce ressac. En dépit de la lancée très triomphante du néo-libéralisme que sont la politique, les militaires, et tout ça. Mais c'est en train de se butter à la résistance du réel au niveau des économies et des peuples surtout, qui sont en train de s'organiser. On est maintenant à un tournant, qui ne se concrétise pas nécessairement au niveau du pouvoir
Q: Selon-vous, l'élection d'un George W. Bush ou d'un Jean Charest peut-elle agir de catalyseur pour la gauche? Doit-on se réjouir de l'élection de ces partis de droite?
Amir Khadir: Non, je ne suis pas partisan de ça. Rien n'est simple ou univoque. Il y a deux aspects pour ça: un côté très dévastateur aux niveaux sociaux et environnementaux, syndicaux et autres. Dans ce contexte, tous ces gens ou ces milieux se retrouvent en mode défensif, ce qui permet beaucoup moins d'énergie et de disponibilité pour parler politique, pour parler organisation, parce que ces gens, bien qu'ils partagent nos points de vue, et qu'ils croient à la pertinence d'une formation politique de gauche, ils n'ont pas le temps de s'y consacrer. Ici par exemple, ils se sont beaucoup investis lors de ma campagne mais après, ils ont été pris dans l'engrenage des mobilisations constantes, parce qu'il sont en lutte contre le train qui défonce le paysage.
Mais en même temps, force est de constater que ça va permettre une polarisation. Ça va susciter des questionnements. Ça va créer des interrogations, parce que les gens - j'espère - vont faire le lien, que si on a ça aujourd'hui avec Jean Charest, c'est que Landry et compagnie avaient bien préparé le terrain. Est-ce que lors des prochaines élections les gens les gens vont voter pour le moins pire et que ça va nous nuire? J'espère que non. Mais ça a permis une radicalisation de beaucoup de gens. Prends par exemple les gens de Loco Locass, qui de plus en plus se sont rapprochés de l'UFP. Nous avons beaucoup de sympatisants qui proviennent de cercles militants. Tiens, prends le Destitutons Patapouf, c'est pas un hasard que sur cinq ou six intervenants, il y en avait quatre ou cinq de l'UFP. C'était pas organisé par nous là!
Q: À ce sujet, François Saillant du FRAPRU et porte-parole masculin d'Option Citoyenne, avait refusé le droit de parole que nous lui avions offert pour le Destitutons. Est-ce que la fusion d'Option Citoyenne et de l'UFP pourrait refroidir les ardeurs du mouvement pour des initiatives comme celle-là?
Amir Khadir: Tout d'abord c'était pas l'UFP qui l'avait organisé. C'était une initiative citoyenne populaire. Pour nous - et c'était d'ailleurs le fond de mon exposé - c'était l'occasion de dire qu'il faut oser, et si l'UFP n'ose pas, qui le fera? Le FRAPRU ne peut pas se permettre ça. Le FRAPRU a une approche institutionnelle de lobbying en même temps que ses mobilisations combatives; il s'agit d'ailleurs de l'une des rares organisations qui a su conserver un bel équilibre entre leur approche institutionnelle de lobbying et leurs racines dans la rue.
Q: Qu'est-ce que vous souhaitez voir changer avec la venue d'Option Citoyenne?
Amir Khadir: Je souhaiterais que l'UFP se laisse imprégner davantage de la culture organisationnelle des gens d'Option Citoyenne, une culture un peu mouvement, moins arc-boutée sur des procédures rigides en assemblée. Même moi j'ai parfois de la misère à m'y retrouver d'ailleurs, et ça peut être très lourd. Il y a des syndicalistes de longue date qui en ont fait comme une seconde nature, mais pour bien des gens, des citoyens ordinaires qui veulent s'impliquer à nouveau en politique, ça peut être quelque chose d'un peu rebutant et ça alourdit inutilement les choses.
Q: Présentement, Option Citoyenne n'a pas encore pris position sur la question nationale. Croyez-vous qu'il sera possible d'unir Option Citoyenne à l'UFP sans prendre parti pour la souveraineté du Québec?
Amir Khadir: Ça va être difficile. Pour dire vrai, ça va être assez difficile. Mais en même temps, la position prise par l'UFP c'est pas une position artificielle, c'est une position qui traduit l'état des choses dans la gauche, dans la gauche sociale, dans les milieux communautaires.
Q: Omar Aktouf, lorsqu'il s'est présenté pour l'UFP, s'est retrouvé dans l'impossibilité de faire campagne. cela fait grincer des dents plusieurs militantEs, Françoise David, dans une entrevue qu'elle a accordée à La Tribu du Verbe nous mentionnait, en juillet dernier, que selon-elle, il s’agit de quelque chose qui ne devrait plus se reproduire ; du moins si ça n'en tenait qu'à elle. Quel est votre avis sur ce sujet?
Amir Khadir: Oui mais tu sais, ça n'en tient pas qu'à nous, justement. Ça n'en tient pas qu'à Françoise ni à moi ni à personne. C'est qu'à un moment donné, il y a un ensemble de circonstances, c'est un calcul qu'on fait entre crédibilité et disponibilité. Il y a la crédibilité rattachée à faire une campagne de terrain et il y a l'aspect de la crédibilité qui est rattaché au fait que c'est un personnage qui a de la profondeur, une notoriété, qui représente quelque chose pour une partie des nouveaux arrivants, pour les altermondialistes, tout ça. En même temps, les gens qui sont responsables de plein de dossiers lorsqu'ils proviennent d'un parti au pouvoir lorsqu'ils sont en élection doivent aussi assumer leurs autres fonctions et doivent assumer la balance des deux. Au moment où on a choisi Omar, c'était en fonction de ça. Et Omar avait libéré son temps pour faire campagne sur le terrain en fonction d'une certaine date des élections mais qui n'est pas venue.
Omar est un conférencier international, il a des responsabilités d'enseignement, il a des projets de collaboration avec des gens des pays du sud, notamment au Pérou, et en Afrique, alors... c'était imprévisible, on a quand même choisi de conserver la candidature d'Omar malgré cela.
Q: Toujours au sujet d'Omar Aktouf, ce dernier s'est porté candidat pour le NPD lors des élections fédérales. Peut-on se présenter dans un parti souverainiste au provincial et dans un parti fédéraliste centralisateur au fédéral? N’y a-t-il pas là un certain paradoxe ?
Amir Khadir: Comme beaucoup de candidats du PQ l'ont fait pendant longtemps! Beaucoup de gens au PQ se sont présentés quand même pour le NPD pendant de nombreuses années. À preuve, un dernier en lice, c'est André Frappier. Même Luc Desnoyers, qui cherche à se présenter pour le PQ avec le SPQ libre, était prêt à le faire pour le NPD et je fais remarquer que le NPD, c'est le caucus du NPD qui avait voté en faveur de la loi sur la clarté, contre l'avis du parti de un, et de deux, Jack Layton, dès sa nomination, a pris ses distances avec cette position et a réaffirmé l'entière attachement du NPD au principe de l'autodétermination des peuples. [La souveraineté du Québec] ce n'est pas leur option, ils n'en feront pas la promotion, mais ils respectent le choix libre du Québec sans entrave. Et au moment où Omar s'est présenté, il n'était pas le seul non plus. Il y avait aussi un ancien du RAP, François Grégoire, qui est à Option Citoyenne, André Frappier... On peut aussi nommer Pierre Ducasse, qui se dit nationaliste, mais qui s'est déjà présenté pour le NPD. C'est donc dire que sur la base du fédéral, sur la base des enjeux qui sont des enjeux, pour le moment, fédéral-provincial, ou du ressort du gouvernement fédéral, ils se présentent sous la bannière d'un plate-forme qu'ils pensent plus progressiste.
Q: Donc, ça n'a pas causé de problème à l'interne chez les membres de l'UFP, que de voir de leurs membres se porter candidat pour le NPD...
Amir Khadir: Non, d'ailleurs, la plupart des associations de comté de L'UFP, dont certaines comprenant les plus ardents souverainistes du parti - je pense notamment à l'UFP-Laporte, je pense à l'UFP-Mercier - ils ont appuyé les candidats du NPD plutôt que ceux du Bloc. J'étais d'ailleurs le seul à appuyer publiquement certains candidats du Bloc.
Malgré que comme porte-parole, j'avais un devoir de réserve, je me suis porté à l'appui de Maka Kotto, de Maria Mourani, et j'étais très content de voir que plusieurs d'entre-eux sont rentrés, et je l'ai dit publiquement à plusieurs reprises, il y a des gens progressistes à l'intérieur du Bloc, suffit de penser aux Yvan Loubier, aux André Ménard, aux Bernard Bigras, Christiane Gagnon, qui est proche du mouvement anti-guerre pro-palestinien à Québec, à Suzanne Tremblay à Rimouski - qui a donné sa démission maintenant cependant – et qui d'ailleurs, lors de ma campagne électorale, m'a appelé de Rimouski pour m'appuyer, pour envoyer 400$... Donc ce sont des vases qui sont communicants.
Q: Une dernière question concernant Omar Aktouf. Lors des élections fédérales, monsieur Aktouf est arrivé troisième derrière le jeune François Rebello du Bloc Québécois, en récoltant 5387 voix. Considérant qu'il ne manquait qu'environ 3000 voix pour Rebello afin de battre Jean Lapierre, certains ont dit que Omar était responsable de cette défaite Bloquiste dans Outremont...
Amir Khadir: Depuis 140 ans, dans Outremont, c'est pareil! C'est pareil! C'est du wishful thinking. La seule fois où il y a eu une exception, c'est avec Mulroney en 1984, dans la vague qui a porté Mulroney, où l'appareil du Parti Québécois, et où même une partie des Libéraux avait fait défection au profit des Conservateurs, et la machine avait fait rentrer un Conservateur à Outremont. C'est la seule exception, et c'est l'exception qui confirme la règle. Ça prend réellement une vague incroyable pour porter un autre qu'un Libéral dans Outremont.
Q: Pour vous, ça n'a aucun sens...
Amir Khadir: Ben non, écoutes, je connais un peu la composition des gens qui ont voté pour Omar, ce sont des citoyens issus de l'immigration, ce sont des anglophones progressistes, et une partie des Verts et aussi une partie des souverainistes plus progressistes qui ne voulaient pas voter pour le Bloc Québécois. Le Bloc n'a pas besoin du NPD pour perdre dans Outremont.
Q: Donc, selon-vous, il est possible que le Bloc se soit servi de François Rebello, un jeune qui a certainement sa place et de l'avenir en politique, dans des causes perdues d'avance?
Amir Khadir: Non. Rebello lorgne du côté provincial. Je présume que pour Rebello, c'était une répétition générale en vue de quelque chose au Québec. Je connais François, il est trop futé, trop habile pour ça. Il fallait qu'il se pratique, il fallait qu'il se place sur la carte.
Q: Qu'est-ce que va apporter Option Citoyenne au futur parti de gauche?
Amir Khadir: Une complémentarité. Françoise David, d'abord, elle a un talent incroyable de pédagogie. Je ne suis pas nécessairement en diapason avec elle sur la manière de critiquer le système ou sur la qualité ou la substance de nos critiques sur un certain nombre de choses mais sur l'essentiel on s'entend parfaitement bien. Ce que je trouve remarquable c'est que elle, elle a cette capacité de le porter au public, de parler en des termes simples, ce dont souvent je suis incapable; j'ai tellement été déformé par mes engagements ailleurs que j'utilise trop souvent des gros mots, des phrases longues, parce que je suis d'abord un colonisé de la culture française, et quand on est colonisé dans sa tête, c'est un peu plus difficile... Mais elle, elle a la pratique du mouvement populaire, du mouvement féministe, des tournées en région, des petites réunions avec de petits groupes de gens qui partent de loin.
On l'a vu à la rencontre nationale d'Option Citoyenne dans les ateliers: les gens d'Option Citoyenne partent de vraiment loin. Dans l'UFP, la plupart des gens sont assez politisés, mais dans Option Citoyenne, y'avait vraiment monsieur-madame tout-le-monde, des gens qui étaient absents du débat politique pendant des années, qui ont pris le goût de le faire parce que quelqu'un qui leur inspirait confiance comme Françoise est allé les chercher. Ça traduit une forte capacité pour Option Citoyenne, à cause des gens qui l'ont formée au départ, d'aller chercher du monde dans les régions, chez les couches plus populaires, dans le mouvement communautaire, dans le mouvement associatif, alors que l'UFP ratisse plus facilement dans les milieux étudiants, dans les milieux plus militants, de coopération internationale, même au sein d'une partie des altermondialistes anarchistes ou anarcho-libertaires, qui se sentent proches de nous et qui sont prêts à voter pour nous.
Donc dans cette optique là, c'est une excellente complémentarité. Et il reste qu'il n'y a aucune commune mesure entre la notoriété de Françoise et la mienne. On a beau penser toutes les meilleures choses du monde à mon égard, il reste que Françoise, ça fait longtemps qu'elle fait parler d'elle, ça fait longtemps qu'on l'attend. Pour les gens de l'UFP, il faut avoir une dose d'humilité et de réalisme: elle en mène large, elle a un grand respect; c'est sûr que tout le monde ne l'aime pas...
Q: Mais personne n'aime tout le monde...
Amir Khadir: Non, disons qu'il y a des gens qui font plus consensus. Moi je fais plus consensus qu'elle. Pourquoi? Parce que je suis plus jeune dans la game. J'ai moins de cicatrices sur mes cornes parce que je suis plus jeune dans le débat. Dans dix ans d'ici, moi aussi, il va y a avoir des gens qui auront toutes sortes de récriminations à mon égard.
Françoise David, avec le temps, elle va apprivoiser beaucoup de gens. Avec le temps, quand elle va avoir le temps de parler même auprès des gens qui se méfient d'elle, auprès des gens qui pensent qu'il s'agit d'une féministe radicale irréconciliable, les gens vont apprendre à la connaître et à l'apprécier.
Q: Mais l'arrivée de Françoise David et de son Option Citoyenne en a aussi dérangé quelques-uns à l'UFP...
Amir Khadir: Il y a tous les gens à l'UFP qui sont frustrés qu'elle ne soit pas venue plus tôt. Mais à ce compte-là, je pense que les premiers à être frustré, ça doit être les gens du PDS vis-à-vis des gens du RAP... Pourquoi on est pas entré dans le PDS, pourquoi on a formé l'Union des Forces Progressistes? Ben ma foi, on peut pas forcer personne, il faut les amadouer, on peut pas leur faire une injonction "tu rentres ou tu meurs". Si on croit que ces gens-là ont de la valeur, si on pense qu'il s'agit de la même famille politique, il faut trouver le moyen de nous réunir. S'ils sont pas capables d'acheter nos couleurs, c'est pas grave, parce que tout ça ce n'est que des instruments, ce n'est que des briques. On l'a dit au début: L'UFP ce n'est pas une finalité.
Q: Mais sans être une finalité, vous ne pensez pas qu'il y a un besoin de stabilité, pour pouvoir se reconnaître, afin que les gens puissent s'identifier à quelque chose qui ne change pas de nom ni de structure à tous les cinq ans?
Amir Khadir: On est pas à ce niveau de notoriété encore pour penser que c'est un gros gros enjeu à ce moment-ci. Écoutes, on a fait 1% aux dernières élections.
Q: C'est 1% quand même, pour un parti qui était relativement nouveau et qui n'avait pas eu tout le temps ni les moyens nécessaires pour s'organiser convenablement...
Amir Khadir: C'est l'idée qu'il y a une unité, qu'il y a quelque chose de fort qui se construit qui est emballant. Il y a toujours une euphorie dans les commencements. Pis ça, il faut aller le chercher. Et on a besoin de ça parce qu'on est très proche de l'élection. Quand on va faire l'unité, à l'automne ou à la fin de 2005, il restera à peine un an ou un an et demi avant les élections. D'ailleurs, le gouvernement Libéral pourrait décider d'aller plus vite en élection, s'il est trop déstabilisé. Comme ça va très très mal et que ça baisse tout le temps, Charest pourrait être tenté de déclencher des élections à la première remontée…
Q: Est-ce que ça peut baisser plus que c'est là?
Amir Khadir: Je sais pas. Mais en tous cas, l'expérience du PQ devrait les porter à réfléchir. Car le PQ a tardé, tardé tardé... et quand ils sont allés aux urnes...
Q: Comment pensez-vous que ce futur parti que formera Option Citoyenne et l'UFP s'appellera? Avez-vous une suggestion?
Amir Khadir: Moi j'ai une proposition: Ensemble c'est possible. Au Chili, il y a un nouveau parti qui porte ce nom, et il s'agit, comme nous autres, d'une alliance, et ils ont gagné quatre villes, ainsi qu'une vingtaine de conseillers ailleurs. Pourquoi on ne sortirait pas des sentiers battus, des "partis de", "union de"...? Ensemble c'est possible! ça donne en même temps, un lien historique avec les slogans rassembleurs des années 60. Ensemble c'est possible, ça nous lie au mouvement altermondialiste qui dit qu'un autre monde est possible... Ça peut être Union des Forces Citoyennes, l'Option Progressiste, je sais pas...
Q: Mais au fond, si je comprends bien, pour vous, le nom du parti n'est pas d'une très grande importance?
Amir Khadir: Non, en effet.
Q: Mais j'ai le pressentiment que ça risque de provoquer beaucoup de chicanes au sein des membres de l'UFP et d'Option Citoyenne.
Amir Khadir: Oui, parce qu'il y a des gens qui ont toujours une crispation identitaire et pour qui la forme est toujours plus importante que la substance. Et c'est normal, on se crée des attachements, et je vous jure, s'il y a une personne qui est attachée à l'UFP et à ses couleurs de vert et de rouge, sur lesquelles j'ai déjà écrit et j'ai déjà élaboré, c'est moi. Mais malgré tout, je pense que c'est secondaire.
Q: Les verts ont refusé de se joindre à Option Citoyenne, malgré l'invitation de Françoise David. Qu'en pensez-vous?
Amir Khadir: On appelle aux Verts, on appelle aux Verts, mais ils ne veulent pas se saborder. Mais je les comprends, les Verts, de ne pas vouloir se saborder pour nous ! C'est un réseau international. Nous, on n'a pas encore fait nos preuves. On sait pas ce que ça va donner. Et eux se saborderaient alors qu'ils ont un réseau, un nom, une étiquette, alors que sans bouger un doigt, comme dans les dernières élections partielles, dans les endroits où l’on n'était pas troisième, les Verts nous ont devancé. Pourquoi? Parce que les gens n’ont pas besoin de connaître le chef, ni le programme, ils votent Vert! Alors il faut avoir une structure d'accueil, et la structure fédérée de l'UFP est formidable pour ça.
Q: Croyez-vous qu'il vous sera possible de les intégrer à plus long terme?
Amir Khadir: J'espère; j'y comptes bien! C'est absolument essentiel, il va falloir faire beaucoup de pédagogie, faire preuve d'ouverture, les respecter, ne pas les bousculer, ne pas leur faire d'injonction. Parce que, quand Françoise les mentionnait au début, lors de son lancement, sur la place publique, c'était comme une injonction. C'était comme les forcer à rentrer dans la dynamique. Mais il faut les consulter, il faut qu'ils le veulent, il faut, quand on les invite, que ce soit le plus prudemment possible, au respect de leur identité. On ne peut pas les forcer. Mais moi je ne perds pas espoir.
Q: Nous sommes à quelques jours de Noël [note; l'entrevue s'est déroulée le 18 décembre dernier], si on vous obligeait à offrir un cadeau à Jean Charest, à Bernard Landry et à Mario Dumont, quel serait-il?
Amir Khadir: Pour Mario Dumont, ça serait un séjour dans un vieux pensionnat des années 50, pour qu'il renoue avec le Duplessisme, pour qu'il sache d'où viennent ses idées. Pour monsieur Landry, le tube "Avec le temps" de Léo ferré... Pour être sûr qu'il entende le message clairement, à Charest, je lui offrirais la toune des Loco Locass, Libérez-nous des Libéraux...
Q: On fait mention de vous d'ailleurs, dans cette chanson...
Amir Khadir: Ouais, mais c'est pas clair. C'est pas clair, ce que ça veut dire. Dans le contexte du concept de la division de vote, là. Pas Biz. Ben même pour Biz, moins pour Chaffik mais surtout pour Bathlam, c'était la grande considération: "tu vas diviser le vote, tu vas faire rentrer les Libéraux" - dans Mercier je parles, là, en 2003 - pis là dans leur chanson on dit "c'est pas toi qui a voté pour Amir Khadir?"
Q: Vous l'avez pris un petit peu de travers celle-là?
Amir Khadir: Non. Mais je veux rester prudent. Pas être présomptueux et penser que...
Je sais qu'ils sont très sympathiques à moi, alors ça m'étonnerait que ce soit très négatif dans leur chanson, mais je n'ai pas demandé...
Q: Depuis plus de dix ans, le sujet de la santé a pris une énorme place lors des campagnes électorales fédérales comme provinciales et semble être devenu l'un des enjeux qui préoccupent le plus la population. Amir Khadir, vous êtes médecin ; quelles sont vos suggestions concernant notre système de santé?
Amir Khadir: Eh bien tout d'abord, le système de santé n'est pas aussi malade qu'on veut bien le faire croire. Il y a un effort concerté de propagande du milieu privé depuis 15 ans, et qui a intérêt à privatiser le système, d'enraciner graduellement chez la population une perception très négative du système public, pour mieux le brader par la suite. Donc, on focus sur ses ratés, mais on nous offre jamais un tableau d'ensemble. Pour nous dire, par exemple, qu'en dépit de tout, on fait bonne figure et même très bien sur le plan des indicateurs de la santé. L'accès aux soins c'est un peu plus problématique, surtout si on habite en région, mais globalement, quand on compare ce système à celui des États Unis, où on dépense, par tête d'habitants, 50% de plus qu'ici - par têtes d'habitants, dollars pour dollars, pour la santé! - on performe beaucoup mieux. Et en plus, tout le monde est couvert. Alors qu'aux États-Unis, le quart de la population est sans aucune couverture médicale, et où jusqu'à 65% des faillites personnelles sont dues à une maladie dans la famille...
Ceci étant dit, les problèmes sont nombreux, et les problèmes sont là parce qu'on a coupé. Parce que l'État, dollars pour dollars, a diminué ses dépenses en santé, depuis 1992. C'est pas vrai que c'est un gouffre sans fin. Au contraire! On a rationalisé, on a fermé l'équivalent de 9 hôpitaux, on a mis des gens à la retraite précipitamment...
On a aussi des problèmes parce que c'est un système surtout axé sur le curatif, et qui fait la part belle, malgré tout, aux compagnies pharmaceutiques et à tout le privé qui profite de la santé. C'est-à-dire qu'on fait d'énormes dépenses en construction, en achat d'équipements sophistiqués lourds de pointe et en médicaments. D'ailleurs, la partie ou la croissance des dépenses en santé est la plus considérable, c'est les médicaments. Or, pour chacun de ces problèmes-là, il y a moyen de voir les choses dans une perspective qui serait beaucoup moins coûteuse et beaucoup mieux pour la santé globale.
D'abord, sortir du curatif, mettre l'accent sur tout ce qui entoure la santé, sur les véritables déterminants de la santé: la pauvreté, l'accès à l'emploi. Quand un programme gouvernemental s'occupera de ces problèmes-là, aura des solutions pour diminuer la pauvreté, pour la combattre convenablement, pour augmenter la part de revenu que les citoyens peuvent consacrer à leur alimentation, à leur éducation, et avec une éducation plus appropriée sur les questions touchants santé, déjà on bénéficierait d'un avantage marquant. Il n'y a pas de corrélation plus forte entre un déterminant dans le domaine de la santé et dans les indicateurs de santé que la pauvreté. Tout le reste: nombre de médecins par tête d'habitants, nombre d'infirmières, nombre d'hôpitaux, nombre de lits, montant des dépenses, tout le reste est bien loin de ce facteur-là qu'est la pauvreté.
Ensuite, il faut avoir du courage. Le courage de peut-être, dans le secteur pharmaceutique, nationaliser ou à tout le moins avoir une entreprise de production qui puisse permettre de régulariser le marché pour diminuer à la baisse le coût des médicaments. Ensuite, se questionner sur c'est quoi qui est important. Est-ce que c'est les dépenses en prévention? En éducation du public? L'accès pour tout le monde à une médecine de base en périphérie ou des équipements de pointe, qui sont très prestigieux, dans les grands centres universitaires? Il y a ce questionnement-là aussi. Et ultimement, il faut que l'État aille chercher les moyens financiers nécessaires pour être à la hauteur des attentes de la population. Si pour la population c'est important, ben il faut dépenser pour. Et il faut dépenser adéquatement.
Tout ceci dit, C'est un exercice extrêmement difficile. Parce que c'est une vision globale, ensuite parce qu'il faut avoir le courage de dire non au marché. Ce qui signifie de dire non à la loi qui veut que la malbouffe puisse pénétrer toutes nos écoles, que dans nos hôpitaux, nos cafétérias, nos machines distributrices empoisonnent nos propres malades. Juste sur l'alimentation, il y a beaucoup à faire. Par exemple, ce n'est pas normal qu'au centre-ville, ou qu'en périphérie de Montréal, c'est pas normal: tu peux pas avoir accès à une alimentation saine et équilibrée sur la rue. Ce n'est que des McDo et compagnie.
Pourquoi c'est comme ça? C'est une régulation du libre-marché. Eux autres ont les capitaux, alors ils viennent et ils accaparent le marché. Ça veut dire que si un gouvernement veut à la source solutionner un certain nombre de problèmes qui pèsent lourd sur le système de santé comme le diabète, il faut qu'il ait le courage, de dire non, comme on a dit non au tabac. On a limité la prestation du produit en diminuant les espaces où ce produit peut être consommé. Il faudrait peut-être mettre une barrière aux annonces [faites par les entreprises de malbouffe]. Sans cela, on ne marche pas à armes égales. Le film Supersize me en fait la démonstration. Le système de santé dépense combien à côté de la promotion de McDo ou de tous les autres?
Un gouvernement responsable et qui aurait le courage de dire non aux diktats du marché verrait à diminuer l'offre, limiter l'offre, limiter l'empoisonnement systématique et l'embrigadement idéologique de nos enfants en faveur de toutes ces habitudes de consommation qui pèsent lourd sur notre système de santé.
Q: Tout cela est bien intéressant et me porte à vous poser la question à savoir si, une fois élu, ce ministère [la santé] vous intéresserait?
Amir Khadir: Je ne suis même pas sûr que ça m'intéresse d'aller à Québec! Moi j'ai de l'ambition pour la gauche mais pas pour moi à Québec. Si c'est nécessaire, oui. Mais moi je sais pas, si ça fait boum l'année prochaine, et qu'on a des dizaines de candidats de qualité partout, moi je pourrais m'occuper de mes affaires...
Q: Est-ce que ça veut dire que vous êtes là par défaut?
Amir Khadir: Je trouve que oui. Je suis pas mal là par défaut, c'est vrai. Mais je suis prêt à assumer les responsabilités, si ça s'impose. Mais ce n'est pas quelque chose à laquelle je carbure. D'ailleurs, si j'avais des ambitions personnelles [à cet effet], j'aurais accepté l'offre du PQ d'être candidat dans Mercier et là je serais à l'Assemblée Nationale. Ou lors des dernières élections, au Bloc Québécois, quand on m'a offert de me présenter en élection, c'était pour m'offrir un comté gagnant - probablement pour me neutraliser - pour m'envoyer à Ottawa.
J'aime beaucoup ce que je fais, c'est-à-dire: bâtir. Mais malheureusement, je ne suis pas très bon dans le travail de continuité. Et ça c'est très très difficile. Je ne le dis pas par fausse humilité.
Q: Vous n'avez pas peur que vos adversaires se servent de ça pour vous attaquer?
Amir Khadir: Non, parce que là où ça va être nécessaire, je vais être toujours là. Et s'il le faut, aller à l'Assemblée Nationale, j'irai. À la porte ou en dedans, mais j'irai. En tous cas, si j'y vais, ça ne sera pas pour longtemps.
Q: Quelle est votre perception du travail effectué par Philippe Couillard ?
Amir Khadir: Je pense que c'est un homme intelligent, sensé et sensible, mais il ne peut pas échapper à la logique de son parti. C'est pas lui, finalement, qui call les shots. C'est Monique Jérôme-Forget, c'est Charest, c'est des Conservateurs. Tu sais que dans la dernière année, avant de se présenter, il [Philippe Couillard] est même devenu membre de la Coalition des médecins pour la justice sociale. Et ce qui était cocasse, c'était que lorsqu'on faisait un espèce de débat à quatre, moi, lui, un médecin candidat pour le PQ, Hugues Cormier, qui est actuellement avec Option Citoyenne, et Joëlle Lescop, qui se présentait pour l'ADQ, et bien je leur disait "écoutez les amis, ça tient pas la route. Si vous êtes membres de la Coalition des médecins pour la justice sociale, votre place est à l'UFP pas dans ces autres partis."
Mais pour en revenir à Couillard, je crois que ce qu'il a fait, à date, démontre qu'il n’est pas capable d'imposer sa vision de justice sociale, telle que publiquement il disait vouloir le faire. Autrement dit, la froide logique de la privatisation, et surtout les accommodements législatifs, c'est-à-dire les lois antisyndicales de l'hiver dernier, et maintenant les projets de lois 61 et 62, tout ça c'était le dispositif législatif qui devait préparer le terrain à la privatisation. Eh bien tout ça, il l'a gobé. Et les restructurations dans le réseau de la santé, la fusion des établissements, c'est tout en parfaite ligne avec les AGCS. Les Accords Généraux sur le Commerce et Services. Peut-être qu'il en est inconscient, peut-être qu'il ne possède pas ces dossiers-là dans cette perspective-là, mais c'est en parfaite ligne avec les AGCS.
Q: On apprenait en janvier 2004, que le SCRS avait essayé d'infiltrer l'UFP, de payer l'un de vos membres en échange d'informations, et pour se faire, qu'ils étaient allés jusqu'à sous-entendre que vous étiez un terroriste...
Amir Khadir: Ben d'abord, ils ont essayé de l'amadouer un peu, tu vois, ils sont bien renseignés, probablement qu'ils savaient qu'il était monoparental et qu'il venait de perdre sa job, alors d'abord, sachant qu'il pouvait être quelqu'un de vulnérable, ils ont essayé de le caresser dans le sens du poil en lui disant: "écoutes, on a besoin que tu nous aides un peu, parce qu'il y a des éléments très perturbateurs, provocateurs dans vos rangs, dans le rang du mouvement altermondialiste, et tu pourrais rendre un service à nous et au mouvement parce que ces gens-là vous nuisent en faisant de la casse" et tout ça. Heureusement, il s'est pas laissé piéger, parce que souvent on commence par quelque chose qui semble en parfaite conformité avec l'idée que la personne a, il se compromet, et une fois qu'il se compromet, il est pris au piège. Or, il a refusé.
Là, ils ont dit, "écoutes, on voudrait quand même collaborer, nous. On pourrait s'assurer que tu puisses aller chercher les budgets que t'as besoin", parce qu'il voulait se partir un Centre d'hébergement pour personnes handicapées, parce que lui est éducateur, c'est un éducateur spécialisé. Ça, ça n'a pas marché non plus. Alors à la fin, ils ont essayé de l'intimider. Ils lui ont dit "écoutes, tu penses pas qu'Amir Khadir pourrait être lié à des milieux terroristes?"
Q: De savoir que des gens insinuent des choses comme ça, qu'est-ce que ça vous fait?
Amir Khadir: C'est très grave comme allégation. On l'a dénoncé ; ça prouve à quel point ces gens-là manquent d'éthique, s'il fallait s'en convaincre. Et puis en plus, pour les gens qui savent lire entre les lignes, je dirais que c'est la preuve encore une fois, que ce type d'allégations, d'accusations non-fondées n'ont pour objet, finalement... [hésitations].
Parce qu'avec Guillaume Tremblay, qu'est-ce qu'ils cherchaient finalement? Ils ne cherchaient pas à contrecarrer ou à neutraliser le mouvement altermondialiste. Ils cherchaient à s'informer de quelqu'un qui est à la frontière de ce mouvement-là et de l'UFP. Pour empêcher qu'il y ait un rapprochement et pour avoir de l'information surtout sur la manière dont les choses s'organisaient à l'intérieur de l'UFP je suppose.
Et en même temps, nous ce qu'on leur dit, c'est qu'on a rien à cacher. Ils ont pas besoin de ça! S'ils veulent savoir ce qu'on fait, ils n'ont qu'à aller sur notre site. Le résultat de nos discussions à l'exécutif, en conseil de l'union, au congrès, c'est du domaine public. Et on leur dit: on est pas là contre les intérêts de la population, on est là contre les intérêts des plus puissants, des possédants. Et on va tout faire pour changer ça. Est-ce qu'on va être capables, je ne le sais pas, mais c'est certain qu'on est là pour nuire aux plus possédants. Qu'ils le sachent et qu'ils se le tiennent pour dit.
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Entrevue effectuée à Montréal le 18 décembre 2004.
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