Denise Veilleux, à contre-jour

une entrevue exclusive pour les lecteurs et lectrices de La tribu du Verbe!

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Q: Denise Veilleux, vous êtes la porte-parole féminine de l'UFP, or on vous connaît pour le moment un peu moins qu'Amir Khadir. Pouvez-vous nous parler de vous, afin que nous connaissions un peu le cheminement qui vous a menée jusqu'à l'UFP.

Denise Veilleux: Professionnellement, je suis traductrice. Je viens d'un milieu modeste, mais j'ai pu, grâce à ce que l'on a appelé la Révolution tranquille, faire des études plus longues, gratuites. J'ai dû m'arrêter à un moment donné, comme beaucoup de femmes, parce que j'ai eu un enfant. À 30 ans, j'ai décidé de retourner aux études pour faire un baccalauréat en traduction, anglais-français, pour pouvoir gagner ma vie. J’ai repris le chemin de l’université en 1995 pour faire une maîtrise en sociologie et en études des femmes.

Au début de la vingtaine, j'ai milité comme féministe, principalement au sujet de la violence faite aux femmes. Ce fut mon cheval de bataille pendant très longtemps. J'ai été plutôt une organisatrice communautaire sur le terrain, à faire des manifs, des occupations, du travail d'enseignement de l’autodéfense pour femmes, d'éducation populaire. Alors, c'est ça mon parcours, en abrégé.

Q: Pourrait-on dire que vous êtes la Françoise David de l'UFP? On a l'impression que lorsqu'on parle de féminisme, automatiquement, c'est du domaine d'Option Citoyenne

Denise Veilleux: On m’a déjà dit que je lui ressemblais, alors ça m'a fait sourire. J'ai dit merci beaucoup parce qu'on partage beaucoup les mêmes valeurs. Ceci dit, je ne la connais pas tellement comme personne, mais c'est une personne que j'admire, qui prend la défense des femmes et ça me convient très bien.

Pour ce qui est du féminisme à l'UFP, c'est peut-être pas si connu que ça encore, mais on a des prises de position féministes et ce, depuis le début. Je dois dire que c'est surtout le PDS [Parti de la démocratie socialiste], dont j'étais membre, qui a amené ça à l’UFP. Au PDS, on avait des pratiques féministes. Le principe de parité des postes, le principe des deux porte-parole, homme-femme, c'est nous qui l’avons apporté à l'UFP.

À l'UFP, la question féministe est très avancée au niveau des pratiques. On a, par exemple, l'habitude de l'alternance hommes-femmes pour la prise de parole. On ne force pas les choses, mais si une femme veut aller au micro, elle peut plus facilement le faire. On sait qu’il y a une dynamique sociale qui fait que les femmes vont moins spontanément, moins facilement, y aller. Alors, on a mis en place une mesure pour faciliter les choses. Et ça fonctionne très bien.

Q: Je ne doute pas qu'il puisse y avoir encore beaucoup à faire, mais où en est rendu le féminisme à notre époque?

Denise Veilleux: Pour la génération plus jeune, le féminisme ne doit plus être uniquement l'affaire des femmes. On est rendu à une autre époque. Et je pense que de voir, de temps à autre, des hommes porter les valeurs et les revendications des femmes, c'est important. Ça envoie un message. C'est aussi pourquoi on tient autant à avoir deux porte-parole parce que ça envoie un message clair [sur l’égalité].

Q: J'ai d'ailleurs l'impression que c'est quelque chose qui va rester, même après la fusion. Puisqu'Option Citoyenne a aussi deux porte-parole en François Saillant et Françoise David...

Denise Veilleux: Oui. Si Option Citoyenne a adopté cette pratique-là, ce n'est sans doute pas un hasard. C'est qu'ils voient bien que cela a un impact. À l'UFP, on essaie aussi de défaire un peu la dynamique qui, à notre avis, ne sert pas vraiment la démocratie, une dynamique beaucoup entretenue par les médias en général, celle du chef charismatique, irremplaçable - jusqu'à temps qu'on le juge trop vieux, quel que soit son âge, d'ailleurs. Nous on se dit, une organisation où il n’y a qu'un chef, ça n'a aucune valeur, ça ne marche pas. Donc, on essaie d'avoir des pratiques de leadership collégial, par exemple...

Q: Le principe est louable, mais est-ce que la société est prête pour ça?

Denise Veilleux: Si on ne propose jamais de nouvelles formes, on n’avance pas. Et on reste toujours avec l'impression que les gens ne sont pas prêts, alors que, dans le fond, c'est juste qu'on n’a jamais eu l'audace de leur offrir autre chose. Justement, pour l'UFP, notre travail, jusqu'ici, s'est fait sous le signe de l'audace. En ce moment, ça peut avoir l'air facile, presque populaire, d'avoir un parti de gauche au Québec. Mais ce n'était pas le cas quand on a commencé à travailler là-dessus, quand Paul Cliche a lancé l'appel en 1997 : «Il faut une alternative politique!»

Q: Vous parlez d'alternative politique, or, beaucoup de gens continuent à se demander pourquoi vous n'investissez pas le PQ puisque ce parti se dit souverainiste et de centre-gauche... Ça vous fait rire?

Denise Veilleux: Ça me fait sursauter!

Q: Eh bien, que reprochez-vous au Parti Québécois?

Denise Veilleux: La liste serait pas mal longue. Une chose c'est certainement la question de la souveraineté. Là, je veux préciser que ce n'est pas nécessairement les membres, parce qu'il y a des gens honnêtes, intègres, des gens de cœur, des gens d'intellect [dans le PQ]. Alors, vraiment, c'est pas les individus, mais la direction, les stratèges, les gens qui calculent, «est-ce politiquement, électoralement rentable ou pas», et ainsi de suite... Ces gens-là ont, jusqu'à un certain point, trahi l'idéal même pour lequel le PQ existe et pour lequel le RIN s'est sabordé, la raison pour laquelle tant de gens de ma génération ont milité, ont cru, avec leur cœur, leurs tripes. Ces gens-là ont été trahis; cet idéal-là a été trahi. Pourquoi? Pas parce que le PQ n'a pas fait encore l'indépendance, non. Mais il faut regarder pourquoi il ne l'a pas fait et pourquoi, à chaque veille d'élection, il ressort le «nanan» de la souveraineté, mais dès qu'il est au pouvoir, ça ne prend pas deux semaines que c'est remis sur la tablette. Pour ça, je trouve qu'ils ont drôlement du culot de se prétendre de gauche.

Ensuite, quelle sorte de souveraineté nous proposent-ils? C'est là où il y a une démarcation. Nous, à l'UFP, nous trouvons que la souveraineté doit être la souveraineté du peuple. Une souveraineté où nos forêts ne sont pas protégées, une souveraineté où Alcan fait ce qu'elle veut, où GM part avec ses pénates après avoir reçu des subventions et n'avoir pas payé un sou d'impôts, quelle sorte de souveraineté c'est ça? Allons-nous arrêter de donner nos ressources naturelles? On parle de développement durable, mais avons-nous terminé de donner de l'électricité à des tarifs préférentiels à des gens qui nous bafouent et qui, en plus, polluent notre environnement?

Une souveraineté pour aller s'asseoir au Concert des nations, pour aller signer la ZLÉA en 2005, comme Bernard Landry le disait et le souhaitait, est-ce ce type d'indépendance qu'on veut? Je pense que pas mal de monde au Québec ne souhaite pas cela.

Il me semble que l'espoir réside dans la résistance des nations, des États-nations. Pas dans le sens étroit où ils ont été conçus à un certain moment donné, mais dans le sens du droit à la diversité culturelle, du droit à la reconnaissance. On existe! On est là ! Que ça fasse votre affaire ou pas, nous sommes là ! On a résisté aux Britanniques, à l'impérialisme britannique, à la colonisation, à l'occupation de notre territoire - et c'est pas fini. Parce qu'à mes yeux et aux yeux de l'UFP, le fédéralisme qu'on vit n'est que l'extension, le prolongement, la reformulation de ce colonialisme-là.

On trouve aussi que le PQ a instrumentalisé la notion de souveraineté. Ils ont réussi à faire taire tous les gens qui pouvaient proposer autre chose par rapport à la souveraineté, sous prétexte justement qu'on allait leur faire perdre le pouvoir et faire reculer l'idée d’indépendance.

Donnons la chance aux gens de rêver le projet de pays. Il y a de nouvelles générations qui n'ont pas tout notre bagage historique - entre autres parce qu'on n'enseigne pas notre histoire, on maintient une amnésie collective là-dessus. Il y a beaucoup de jeunes dans nos rangs à l'UFP, ils sont aussi dans les rangs anarchistes, dans le mouvement altermondialiste. Ces gens-là ont plein de choses à dire et j'ai envie de leur passer le flambeau. Parce que je souhaite que ça se fasse de mon vivant, mais si ce n'est pas le cas, il faut que le relais se passe d’une génération à l’autre.

Q: Vous parlez des jeunes, mais on a souvent l’impression que les jeunes sont absents, voire méfiants de la politique.

Denise Veilleux: De la politique partisane, c'est vrai. Parce qu’il faut voir ce qu'on entend par politique. Il y a la politique et le politique. Ils sont du côté du politique et c'est un très bon côté où être quand on est jeune. Mais je pense qu'il y a moyen de les rallier sur la base, justement, d'un parti où ils vont se reconnaître. Un parti où ils vont voir des jeunes qui ne sont pas confinés à une aile où on les fait taire ou les récupère - quand je pense à l'aile libérale qui est partie avec le mandat d'aller défendre les prêts et bourses et qui est ressortie avec rien dans les poches... J'aurais pas aimé être à leur place. À l'UFP, les jeunes ne sont pas à part. On ne veut pas que nos jeunes soient dans une commission à part, on travaille ensemble, les générations côte à côte. Et je trouve ça très bien.

Q: On parle des jeunes, de leur cynisme envers la politique, mais on dirait qu'avec la courbe démographique actuelle, les intérêts des jeunes sont subordonnés aux intérêts de la majorité qui est beaucoup plus vieille, qui est au pouvoir et qui gouverne en fonction des préoccupations de cette génération plus âgée...

Denise Veilleux: Ça, je voudrais voir ça noir sur blanc, le budget, etc.; car je ne suis pas persuadée que c'est comme ça.

Q: Pourtant, prenez le thème de la santé, qui est même devenu un élément central des élections fédérales, même s'il s'agissait d'une responsabilité de juridiction provinciale. Jean Charest s'est aussi fait élire, notamment, grâce à ses discours de couloirs d'hôpitaux. On peut aussi penser à la conversion de bourses en prêts au Québec, qui s'est matérialisée par un coup de hache de 103 millions dans ce programme...

Denise Veilleux: [Cette coupure de 103 millions] c'est injustifiable pour une société qui se développe. L'éducation n'est pas une dépense, c'est un investissement. Tu mets ça dans le compte des actifs. Mais la santé, c'est aussi un investissement d'une certaine manière, parce qu'une société en santé produit plus, est plus heureuse, plus épanouie, redonne... Quelqu'un qui est malade est pris dans sa maladie et n'arrive pas à donner à la société tout ce qu'il pourrait et souhaiterait donner.

Il y a aussi tout le débat entourant le remboursement de la dette. Je ne suis pas économiste, mais je sais très bien, par contre, que les néolibéraux ont réussi à nous emmener sur le terrain de l'économie en oubliant le politique, en nous disant: l'État doit être géré comme une entreprise. Mais un État, par définition, n'est pas une entreprise. Une entreprise, naît, meurt, disparaît. L'État, en principe, va exister de tous les temps, il est là pour répondre aux besoins de la population, contrairement à une entreprise qui est là pour faire des profits pour ses actionnaires.

Il y a des marges de manoeuvre. Une fois qu'on aura étudié vraiment, point par point, tous les postes de dépenses, je pense qu'on verra que ce n'est pas vraiment une question de génération, mais une question de classes sociales. Il y a des décisions qui sont prises en faveur d'une minorité et ces décisions-là hypothèquent notre avenir collectif. Ça on peut le prouver. Gaétan Breton, qui est professeur aux HEC, prépare un livre sur la fiscalité. Nous, c'est certainement un mandat qu'on s'est donné, de déconstruire ce discours [néolibéral] qui prétend «qu'il n’y a pas assez».

Quand on finance l'école privée à même les fonds publics, mais qu'on n’a pas assez d'argent pour fournir un livre, un manuel, à chaque enfant. Mon petit-fils vit à Montréal, il a huit ans. En troisième année, ils ont un livre qui s'appelle Signets. Lui, il est chanceux, il l'a un jour sur deux. Il est chanceux parce que j'ai appris de la bouche d'un enseignant que, dans bien des endroits, dont l'école où il enseigne, c'est un jour sur cinq. Ça veut dire qu’une fois par semaine, l'enfant a le «privilège» d'avoir un manuel pour apprendre à lire, à écrire, etc. Et bien, dans ce contexte-là, moi je me dis «si on n’a pas les moyens de financer l'école publique, qu'est-ce qu'on fait à financer à 60% les budgets des écoles dites privées?» Ça ne marche pas!

Je me dis que si on n’a pas assez, on va voir où il va cet argent-là. Là, on parle de l'éducation, mais on peut aussi parler du 45 millions qu'on vient de donner à Intrawest pour aller massacrer le Mont Tremblant. C'est 45 millions qu'on aurait pu mettre ailleurs. Y'a pas de développement durable là-dedans, on parle d'emplois mal rémunérés, à statut précaire...

Q: Je vous ai entendu dire tout à l'heure que vous considérez que le véritable parti d'opposition, présentement, c'est l'UFP. C'est donc dire que l'opposition péquiste, jusqu'ici, vous déçoit?

Denise Veilleux: Vous ne trouvez pas qu'ils ne parlent pas beaucoup, l'opposition, en ce moment? Même les journalistes, qui ne sont pas à l'UFP, le disent. Robert Laplante, de l'Action Nationale, vient de signer un texte sur «le temps de l'intransigeance», où il appelle le PQ à dire des choses, à être visible.

Q: Donc, vous présumez que le PQ se tait par peur de se commettre, en attendant leur prochain mandat?

Denise Veilleux: Ben, écoutez, sur bien des points, ils se font clore le bec. Prenons le cas d'Intrawest, puisque nous venons d'en parler, ils se font clore le bec en se faisant dire: taisez-vous, vous vous vouliez leur en donner le double...

Q: Dans son livre «Moi je m'en souviens», Pierre Bourgault dit qu'il faut oser et qu'il faut que les gouvernements cessent de gouverner le nez collé sur les sondages. Or, avec Jean Charest, il faut avouer qu'il reste fidèle à son plan de match, malgré la désapprobation de la majorité de la population. Doit-on féliciter le gouvernement de son attitude?

Denise Veilleux: Non, puisqu'il ne gouverne pas pour l'ensemble des gens...

Q: Est-ce que ça fait en sorte qu'on peut se permettre de déclarer qu'ils sont malhonnêtes?

Denise Veilleux: Non, pas qu'ils sont malhonnêtes entièrement... Moi je connais un peu le travail que ça peut signifier, les exigences que ça comporte, et pour ça, toutes les personnes qui sont là ont un certain respect de ma part, parce que je sais ce que ça représente comme sacrifice personnel, de vie familiale, de santé, c'est incroyable... Donc, de ce point de vue, je ne pense pas qu'on puisse aller là en étant foncièrement malhonnête... Je crois que ces gens-là sont complètement convaincus des bienfaits du néolibéralisme et du fait qu'il faut rationaliser, qu'il faut diriger l'État comme une entreprise. Mais je pense qu’ils font fausse route.

Q: On a l'impression que les seuls médias qui sont véritablement prêts à offrir une place de choix aux alternatives politiques de gauche sont les médias alternatifs. Or, pour plusieurs, il semble clair que l'Aut'journal a pris une forte tendance pro-PQ depuis quelque temps. Avez-vous cette impression?

Denise Veilleux: On dirait bien, hein! (rires) C’est clair. Disons qu'ils nous ont lancé une invitation à devenir un club politique. Nous leur avons fait une réponse, mais ça n'a pas été publié... Je trouve dommage que tant d'énergies militantes aillent...

Q: Dans un parti qui n'en a pas de besoin finalement?

Denise Veilleux: Ben... un parti qui n'en veut peut-être pas vraiment et qui est presque embarrassé du cadeau. Le Parti Québécois semble embarrassé du cadeau que lui fait le SPQ libre. On verra comment ça va se concrétiser à leur congrès de juin.

Q: Que pensez-vous du SPQ libre, de leur initiative?

Denise Veilleux: Les gens qui font cette démarche-là, nous n'avons pas à leur donner notre bénédiction ou pas, ils la font. Mais nous pensons que c'est une stratégie qui n'a pas beaucoup d'espoir de fonctionner.

Q: Il n'y a pas si longtemps de cela, au sujet des PPP, on a eu droit à une sortie commune dans les journaux du SPQ libre, de l'UFP et d'Option Citoyenne. Faut-il y voir une contradiction?

Denise Veilleux: Oui et non. On a pesé le pour et le contre. On s'est dit: ils ne sont pas, à l'heure actuelle, encore intégrés au PQ. On sentait qu'il y avait encore une marge de manœuvre de leur part. Ensuite, face au silence du PQ, on s'est rendu compte qu'il y avait un certain malaise de leur part [le SPQ libre] de voir que le parti qu'ils s'apprêtent à joindre restait étrangement silencieux là-dessus, pas suffisamment critique. On a trouvé que ça méritait de laisser la chance au coureur et que ça valait la peine, sur cette question-là - sur laquelle on s'entend - de faire une critique, de dire que ça n'a pas d'allure et voici pourquoi... Faudra voir, peut-être y aura-t-il d'autres occasions où nous pourrons faire des sorties communes comme celle-là. On ne peut pas exclure ça...

Q: À l'émission Tout le monde en parle, Chantal Petitclerc nous apprenait que la politique pourrait l'intéresser, à condition que Françoise David lui fasse signe. Sachant que l'UFP fusionnera très probablement avec Option Citoyenne, que pensez-vous de cette candidature possible ou éventuelle?

Denise Veilleux: Chantal Petitclerc, l'espoir qu'elle donne aux personnes handicapées, et comment elle pourrait nous aider à mieux comprendre et à avoir de meilleures politiques… Moi j'estime que des gens comme ça devraient être là, que ce soit elle - parce qu'elle est connue - ou quelqu'un d'autre comme elle, qui vit avec un handicap, et se dépasse, relève des défis, c'est tellement extraordinaire, inspirant. Et ça, c'est pas juste pour être électoraliste, c'est pour le message qu'on envoie à la population au sujet des valeurs de diversité, de représentativité.

Q: Le projet de réforme du mode de scrutin que le ministre Dupuis a déposé se mérite beaucoup de critiques jusqu'à maintenant et semble être loin des attentes de l'UFP. Ceci dit, considérez-vous qu'il s'agit tout de même d'un pas en avant vers la bonne direction?

Denise Veilleux: Non. Nous ce qu'on aimerait, c'est une véritable proportionnelle, que chaque vote compte, où que tu sois. Tu es souverainiste dans un fief fédéraliste? Ton vote compte. Et inversement! C'est ça la démocratie. Et après, à l'Assemblée [nationale], les débats se font vraiment. Parce qu'il n'y aurait pas de monopole et de majorité absolue, mais c'est pas ça [qu'on nous propose]...

Nous, on pense que ça prend deux votes, une vraie compensation des distorsions, sinon il me semble que ça ne vaut pas la peine. Il me semble qu'une réforme qui est une moitié de réforme, à quoi bon? Et, en plus, ils nous ont dit que ça ne se ferait pas avant 2012, alors...

Là où on a un petit espoir, c'est le fait qu'il y aura une commission itinérante sur la question. On veut travailler très fort sur le terrain avec les gens - du MDN (Mouvement pour une Démocratie Nouvelle), du Collectif Féminisme et Démocratie, d'Option Citoyenne, sans compter tous les autres groupes déjà intéressés à la question - pour informer la population sur cette réforme et leur expliquer en quoi elle n'est pas à la hauteur de ce à quoi nous sommes en droit d'attendre.

Q: L'UFP a tendu la main à l'ADQ afin de promouvoir cette réforme du mode de scrutin, or, ils ont refusé et ont préféré travailler à des requêtes légales pour faire reconnaître au parti des privilèges auxquels ils n'ont pas droit en ce moment. Comment analysez-vous cette attitude de leur part?

Denise Veilleux: Ben, ça s'appelle de l'opportunisme. C'est malheureux. Il y a des gens qui sont membres de ce parti et pensent que Mario Dumont apporte des nouvelles idées ou remet en question certaines choses, et que ça fait du bien... Sauf que, malheureusement, toute cette exigence pour avoir droit à certains privilèges, alors qu'ils n'ont pas atteint le nombre de députés exigés pour être reconnus…, ils demandent à changer la loi pour eux. Sauf quand on pense au projet de loi 57, est-ce que l'ADQ a demandé avec autant de vigueur à ce que l'on change une loi qui aura pour effet d'appauvrir tant de gens [à l’aide sociale]? C'est là que, quelque part, même leurs membres vont s'ouvrir les yeux. Je pense que de jouer à la démagogie comme ils l'ont fait dans Vanier, de miser sur la haine et le mépris comme ils l'ont fait, ça va se retourner contre eux éventuellement.

Q: Petit aparté, Jeff Fillion candidat pour l'ADQ? Croyez-vous que ce soit possible?

Denise Veilleux: Ah, mon dieu. Il y a une partie de moi qui espère que non. Je ne voudrais pas que quelqu'un comme lui aille en politique. Puis il y a une autre partie de moi qui dit «ben qu'il vienne». Il y a un côté adversaire en politique, avec toute la noblesse, dans le sens de «mon honorable adversaire»... Il y a un petit côté de moi qui se dit qu'il ne durerait pas longtemps. Parce que ce type d'émission, ce type de personne, ce genre d'individu ne résiste pas longtemps dans un domaine où on doit débattre, où on doit amener des arguments, et où on est jugé au mérite des arguments qu'on apporte.

Q: Nous sommes à quelques jours de Noël [note; l'entrevue s'est déroulée le 18 décembre dernier], si on vous obligeait à offrir un cadeau à Jean Charest, à Bernard Landry et à Mario Dumont, quel serait-il?

Denise Veilleux: Oh, à Mario Dumont je donnerais, tiens je suis généreuse, deux livres: le livre de Jean-Claude St-Onge et Pierre Mouterde: ADQ: Voie sans issue et celui de Jacques Gélinas: La globalisation du monde: laisser-faire ou faire? Comme ça, il verrait à quel courant il se rattache. Et après avoir lu ça, peut-être qu'il changerait d'idée - on espère.

À monsieur Landry, je donnerais, de Jacques Gélinas: Le virage à droite des élites politiques québécoises sur la trahison des élites québécoises, du PQ, notamment.

Q: Considérez-vous que Bernard Landry a trahi le peuple?

Denise Veilleux: Le peuple... L'histoire nous le dira. Son parti... Il y a une partie de ses membres qui commencent à dire que oui.

Q: Et pour Jean Charest, quel cadeau?

Denise Veilleux: Est-ce qu'il faut que ce soit un livre? Pas nécessairement? Parce que lui, ce que je lui enverrais, je communiquerais avec les associations de motoneigistes et je les enverrais pendant une semaine, pendant toute la nuit et toute la journée, devant sa maison. Pas tout l'hiver, comme tous les autres citoyens et citoyennes, juste pendant le temps des Fêtes, pour qu'il ait une petite idée du niveau de bruit que ça fait, de comment c'est incommodant et que ça sent mauvais. Pour voir si, après, il nous reparlerait encore de la motoneige comme d'un bon moyen pour faire du développement durable.

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Entrevue effectuée à Montréal le 18 décembre 2004.

Publié par Sébastien Aubé le 12 janvier 2005 à 03:38 PM TrackBack Commentaires (0)