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Une entrevue exclusive pour les lecteurs et lectrices de La Tribu du Verbe!

Q: Dans une entrevue qu'a accordé Bernard Landry à La Tribu du Verbe, je lui ai demandé s'il accepterait de jouer une partie de Scrabble avec vous et s'il croyait posséder toutes les conditions gagnantes pour remporter la partie. Il a répondu qu'il accepterait volontiers et, le cas échéant, qu'il irait avec sa femme Chantal Renaud qui est, semble-t-il, championne à ce jeu. Accepteriez-vous de relever le défi?
Biz: Oui, mais je Scrabble, c'est un jeu mathématique, plus qu'un jeu linguistique...
Batlam: Ben, c'est un peu des deux.
Biz: Ben, si tu calcules tes points, ça devient mathématique.
Batlam: Moi je joue juste pour la beauté du 7 lettres...
Biz: Mais on est pas aussi fort que ça au Scrabble. Mais l'autre fois on a joué. C'est toi qui avait gagné d'ailleurs.
Batlam: Ouais, Je vous ai coiffé avec...
Biz: Avec des mots poches avec des petits H
Batlam: Comme le mot chat...
Q: Biz, tu portes aujourd'hui un gilet des Nordiques, et c'est un fait connu que vous êtes des amateurs de hockey. Un membre de Loco Locass peut-il être fan des Canadiens de Montréal?
Batlam: Ben sais-tu, nous autres on aurait jamais cru, nous qui venons de Québec, qu'on prendrait un jour pour les Canadiens, mais après le deuil, de 5 ou 6 ans...
Biz: Ah, plus que ça...
Batlam: On a porté le crêpe noir pendant 6 ans, pis après ça, on a décidé de prendre pour les Habs.
Biz: Pendant la série contre Boston, quand ils ont >clearé Boston il y a trois ans, c'est là que je me suis dit "c'est pas parce que j'ai sorti avec une fille, je ne sais pas pendant combien d'années, et que c'est fini, que je pourrai jamais avoir d'autres blondes". Le deuil est terminé. Moi ça marche toujours par proximité géographique. Moi j'habite dans le West Island, dans LaSalle, et c'est très fédérateur; c'est à peu près une des seules affaires dont je suis capable de parler avec mes voisins. Mais là il n'y en a plus, faque tant pis; tant pis pour eux...
Q: Votre dernier extrait d'Amour oral, en vidéo, c'est Bonzaïon, une chanson qui parle de marijuana. C'est un peu le cliché des groupes de rap que d'avoir une toune de rap, mais au-delà de ça, faut-il y voir un paradoxe que de voir sur cet album une chanson qui parle de marijuana, et une autre qui dénonce le crime organisé?
Biz: Non. Parce que dans cette chanson-là c'est pas une ode au cannabis, c'est plutôt un avertissement à l'effet que le cannabis de maintenant est rendu très puissant, donc ça aurait pu avoir été commandité par le Ministère de l'éducation ou le Ministère de la santé. Et puis nous, on propose très explicitement dans la chanson de la légaliser. Donc c'est tout à fait conséquent, justement, pour couper l'herbe sous le pied du crime organisé, justement.
Q: Alors si des gens prétendent que vous encouragez les jeunes à en consommer que leur répondez-vous? Car pour plusieurs, vous avez un rôle moral à jouer dans la société, vous êtes des modèles, que ça vous plaise ou non...
Biz: Non, on a pas à être moral, du tout. On pourrait très bien décider de dire "On aime ça fumer des bats, on en fume et qui en fume nous suive", mais la vérité c'est qu'il y a juste Chafiik qui fume correctement. Nous deux, on fument pas, ou presque pas. Pis moi je fume pas parce que c'est trop fort, c'est rendu trop fort. Donc, c'est plus... Cette chanson-là est une farce, et ça prône une consommation responsable aussi. À savoir que si t'es tout le temps en train de paranoïer quand tu fumes, arrêtes-donc de fumer.
Batlam: Mais c'est plus une farce. C'est plus une toune légère, une des seules du disque, d'ailleurs. Comme tu le disais, c'est le cliché des groupes de rap de faire une toune sur le pot; nous autres on a fait notre toune sur le pot. Pourtant, c'est une grosse joke, mais ça groove bien, c'est une bonne toune quand même.
Biz: C'est souvent une toune que les plus jeunes aiment beaucoup et pour nous c'est bien parce que ça peut nous permettre d'aller chercher un plus jeune public, d'aller raccrocher un public avec quelque chose de plus léger et peut-être tomber dans nos chansons plus sérieuses après.
Q: Biz, sur le site de Loco Locass, on peut y lire l'une de tes chroniques, écrite le 13 avril 2005 dans laquelle tu disais, sur la grève étudiante: "Mais plus que tout ça, je suis déçu parce que je voulais voir en cette grève davantage que la récupération des 103 millions".
Quelle est votre perception de Pier-André Bouchard dans ce conflit? N'avez vous pas le sentiment que Pier-André Bouchard a trahi un mouvement extrêmement fort sur une simple question pécunière? La FECQ et la FEUQ ont-ils eu raison d'aller s'asseoir à la table de négociation avec le ministre Fournier sans les représentants de la CASSÉÉ?
Biz: D'un point de vue tactique, ça aurait été bien que tous les étudiants soient représentés autour de la table des négos, dans toute leur diversité, parce qu'il me semble qu'on aurait eu un levier plus puissant. Maintenant, moi j'ai suivi ça d'assez loin, c'est mon opinion - ça vaut pas grand chose - mais je pense que le gars en question a fait quand même une bonne job, parce qu'il est allé chercher du cash que le gouvernement, au début ne voulait pas donner du tout.
Évidemment, il y a eu l'aide du Fédéral par en arrière, et ça c'est une autre histoire, mais... Moi je ne lance absolument pas de pierre à ce gars-là et à l'autre de la FECQ, parce qu'ils étaient deux; deux et tout un exécutif... Faut pas oublier une chose: la FEUQ, c'est une association d'étudiants qui gère un budget d'étudiants pour faire quoi, normalement? Des partys, pis des annonces dans les journaux, et là tout d'un coup, on leur demande d'aller chercher 103 millions face à un gouvernement qui ont des négociateurs professionnels; c'est la grosse game tout d'un coup, là... Compte tenu que c'est la vraie vie, et 103 millions, c'est pas une piastre et trois là, c'est beaucoup d'argent. Compte tenu de tout ça, moi je trouve qu'ils ont fait un bon travail.
Maintenant, moi je ne suis pas un étudiant - à la limite, ça ne me concerne pas le 103 millions directement - mais de ce que je connais du dossier, je trouve qu'il a fait une bonne job. Et je suis surtout pas prêt à faire comme les gens ont fait hier [14 avril 2005], à la manif, d'aller le lapider et d'aller l'écoeurer. Je veux dire, c'est vraiment être imbécile, c'est mal choisir son ennemi. L'ennemi, c'est Charest. Dans une armée, y'a des archers, des cavaliers et des fantassins. Si les archers commencent à bombarder les cavaliers, sous prétexte que les cavaliers sont pas cool, c'est qui qui va être mort de rire? C'est le gars d'en face!
Batlam: Non, mais pour eux autres, c'est une guerre, et eux autres considèrent qu'ils ont perdu la guerre à cause de l'archer. Et c'est pour ça qu'ils le blastent.
Biz: Pis? On peux-tu faire ça dans le respect de l'humanité?
Batlam: Non, c'est sûr que la scène de hier est pathétique, c'est un peu triste ce qui s'est passé... Mais on est passé à côté de l'histoire, carrément, dans cette histoire-là. Et il faut trouver des responsables. Si tu es à la tête d'un syndicat, c'est sûr que c'est toi qu'on va voir à la fin. Je veux dire, si t'as accepté de prendre ce poste de responsabilité-là, c'est sûr que c'est à toi qu'on s'adresse pour que tu rendes des comptes.
Biz: C'est parce que c'est facile à dire dans une négo de dire "aïe, on veut l'éducation gratuite pour tout le monde pis on veut ci pis on veut ça mais dans le réal politique, là, le gouvernement Charest et n'importe quel autre gouvernement du monde, ils ne vont pas dire "ah, l'éducation gratuite, n'importe quand les gars, ça va coûter tant de milliards de plus à l'État québécois, mais y a pas de problème on va régler ça de même". Je veux dire, objectivement, dans une négo, tu gagnes et tu perds, c'est toujours comme ça. Pis quand t'arrives avec des dissidents drastiques, tu fais rien avancer.
Évidemment, la partie qui n'était pas à la table a le beau jeu de dire "t'es un salaud, t'as rien fait, t'as pas fait ce qu'il fallait" mais ils étaient pas là! Ils ne savent pas non plus comment ça s'est passé. On ne sait pas à quel point il a peut-être donné tout ce qu'il pouvait, le gars, pour les négos. Je le sais pas, en fait, c'est compliqué... C'est juste que moi, ça me fait chier de voir qu'à la fin, les étudiants s'entartent entre eux autres alors qu'ils devraient entarter Charest, ultimement.
Q: Dans ce texte-là, tu dis que tu as enlevé le carré rouge que tu portais sur ta tuque. Or, beaucoup de gens continuent à le porter et j'ai personnellement le sentiment que ce symbole transcende présentement la question de l'éducation, que c’est devenu le symbole d'une jeunesse qui désire un Québec social. Pourquoi ne l'as-tu pas conservé?
Biz: Je le sais pas, mais moi le carré rouge, je l'ai dans le front depuis que je fais de la musique. Je pense que personne au Québec peut douter de notre engagement à supporter ce genre de revendications-là; et je l'ai enlevé le jour où la CASSÉÉ a dit "c'est fini, la grève est finie".
Bien sûr moi je vois dans la grève, comme dans le symbole du carré rouge, quelque chose de plus grand. Mais mon carré est sur mon babillard. Ils ont annoncé qu'ils ressortiraient peut-être cet automne. Dès que ça ressort, je vais le remettre sur ma tuque - il est pas loin et à chaque jours je passe devant...
Q: Dans "Libérez-nous des Libéraux", vous chantez "c'est pas toi qui a milité pour Amir Khadir?". Dans une entrevue livrée à La Tribu du Verbe en décembre dernier, Amir Khadir me confiait qu'il ne savait pas trop comment la prendre celle-là. Comment doit-on la percevoir?
Biz: Toi, comment t'as comprend?
Q: Tu me relance la question alors que c'est moi qui interview; elle est facile celle-là... Quand vous l'avez écrite, c'était quoi le fond... Compte tenu de l'amitié qui vous lie et du côté somme toute assez cynique de la phrase en question...
Batlam: C'est une petite histoire... Ça origine d'une histoire de groupe en fait...
Lui, ce qu'il nous avait demandé Amir, c'était d'aller chanter pendant l'un de ses rassemblements, pendant la campagne dans Mercier. Chafiik est dans Mercier, moi je reste dans Mercier, et Turp y est le représentant du PQ...
Biz: Aïe, avant, on avait appuyé Beaudoin dans Chambly...
Batlam: Oui, on est allé faire un truc pour [Louise] Beaudoin dans Chambly, mais Beaudoin dans Chambly, c'était comme une autre histoire qui remonte à plus loin, enfin bref...
Comme on avait fait Beaudoin, là c'était comme "là il faut faire tout le monde", c'était ça la logique que Chafiik avait mise de l'avant un peu. Puisqu'on fait Beaudoin, on fait Amir Khadir, on fait Turp, pis on fait tout le monde... Mais là à un moment donné, ça n'a plus aucune valeur, tu comprends-tu? Tant qu'à ça, on va appuyer Charest aussi...
Biz: Non, on l'appuiera pas...
Batlam: Faque là, moi j'ai dit non, pis là eux, ils ont décidé d'y aller...
Biz: Faque lui il est allé appuyer Turp, le même soir que nous autres on est allé appuyer Amir... [rires]
Batlam: Pis lui il riait de moi parce que Turp c'était un petit rassemblement qu'il considérait naze, mais Turp a planté Khadir par 4000 ou 5000 voix...
Biz: Non non, je riais pas de toi, c'est juste que le jour même, on arrive pour aller jouer au baby foot au Sergent recruteur pis là on tombe sur Turp qui faisait son rassemblement au Sergent. Pis y dit "aïe les gars, c'est vraiment cool que vous soyez venus", pis là, on était là, "hééé, ben c'est parce que moi, je vais voir Amir ce soir..." [rires]
Mais l'affaire avec Amir, c'est que moi j'aurais aimé qu'Amir passe dans Mercier, pis qu'il fasse un espèce de Mario Dumont de la gauche de lui. C'est-à-dire qu'ayant une voix très à gauche au parlement, qu'il soit capable de tirer le parlement un peu par la gauche... Mais euh, bon, c'est pas ça qui est arrivé.
J'ai beaucoup de respect pour l'être humain qui s'appelle Amir Khadir, c'est un gars que j'ai vu souvent, c'est un gars avec qui on a beaucoup discuté, tout ça, mais objectivement, c'est vrai que Snou [de Batlam] a tout à fait raison, il divise le vote, et à bien des places, c'est vrai que ça a divisé le vote...
Q: Mais il y a des gens qui disent que le PQ d'aujourd'hui, à part sur la question de la souveraineté du Québec, que c'est de plus en plus comme le Parti Libéral... Pas tant dans l'attitude, dans l'arrogance ou dans la manière de mener les dossiers, mais il reste que les années Bouchard ça a été des années assez néolibérales; il faut l'avouer quand même...
Biz: Oui, mais c'est parti descoupes de transfert du fédéral en 1994...
Q: Mais le déficit zéro, faire ça en deux ans, réduire les impôts de 3,5 milliards, c'est de l'argent qu'on aurait peut-être pas mal de besoin par les temps qui courent...
Biz: Moi, en absolu, je suis à gauche toute. Mais quand on prend le pouvoir, y a le budget du Québec, qui est d’environ 50 milliards de dollars. Et quand on paies nos factures nous autres, en tant qu'individu, ben sûr on dit "j'aimerais ça avoir plein d'autres choses, bien manger, pis inviter tout le monde à manger tout le temps", mais criss, les bills, à un moment donné, comment tu les paient, ça c'est le réal politique aussi.
Q: Es-tu en train de me dire que la gauche au Québec...
Biz: La gauche est très bonne dans l'opposition.
Q: La gauche est pas capable d'être réaliste, comme elle peut l'être, parfois, en Europe?
Biz: Non mais, ceci dit, la gauche… Le PQ est de centre-gauche à mon avis. Sur des dossiers, par exemple, comme la langue française, je veux dire, les Libéraux sont des saboteurs de consensus sociaux. Le PQ est pas allé enseigner l'anglais en première année parce que c'est pas un problème. Les histoires de subventionner les écoles privées juives [plus que le 60% déjà subventionnées par l'État], par exemple, les écoles privées, le PQ fera jamais ça. Le PQ est républicain dans l'âme pis moi je suis tout à fait d'accord avec ça. Oui, ils ont sabré dans des programmes, avec lesquels j'étais pas nécessairement d'accord non plus mais...
Batlam: Ben tu sais, l'assainissement des finances publiques que le PQ a entrepris avec le déficit zéro, c'était pas nécessairement une mauvaise idée. C'est peut-être les termes, la présentation du projet qui a blessé les gens, et aussi l'idée que le PQ, pour tout le monde, est un parti social-démocrate. Mais Bouchard, à l'époque, disait "oui, mais on a une obligation de bien gouverner, de bien gérer les affaires". Bon, ça a été plus ou moins bien perçu par plusieurs...
Biz: Mais Bouchard, c'est un Conservateur, c'est pas un social-démocrate.
Batlam: Mais, ce qui est certain, c'est que moi je trouve que la première priorité au Québec à mon humble avis c'est vraiment la souveraineté du Québec et Amir Khadir, l'UFP, Option Citoyenne, sont pas capables de s'entendre là-dessus encore. Et pour moi, c'est un énorme problème. Je ne comprends pas, non plus, le discours de la gauche qui démonise le PQ, qui les rends plus néolibéral qu'ils ne le sont vraiment, pour espérer gagner des votes; je trouve que c'est complètement inconscient en fait. Moi j'embarque pas du tout là-dedans et c'est tout cet espèce de délire-là qui m'éloigne d'eux-autres, complètement. Je trouve aussi qu'ils entretiennent cet espèce de mythe altermondialiste qui dit qu'il faut s'occuper de tout ce qui se passe dans le monde avant de faire LA décision au Québec, qui est de, une fois pour toutes, s'en aller, prendre notre destin en mains, pour pouvoir avoir une voix qui va porter sur la scène internationale...
Q: Sur votre second album, vous avez une chanson en anglais - probablement la seule, j'imagine, que vous n'écrirez jamais en anglais - et cette chanson, justement, raconte que le Canada pourrait peut-être un jour finir par nous mettre dehors du pays.... Le souhaitez-vous?
Biz: Ben je veux dire, toi quand t'es parti de chez tes parents, c'est toi qui est parti, ou c'est tes parents qui t'ont botté le cul. C'est plus sain quand c'est toi qui décide de t'en aller, c'est bien sûr.
Là, les choses avancent assez vite à cause des histoire de corruption du Canada, mais ultimement, faut s'apercevoir qu'il y a dans l'ouest canadien une une province comme l'Alberta, qui est une richesse infinie, où y a pas de taxes provinciales, où y a plus d'impôts, où ils viennent de déclarer des surplus de 1,5 milliards cette année, après avoir équilibré leur budget l'année dernière. C'est comme, eux autres là, c'est la cadillac de l'Amérique du Nord, à cause du pétrole, et ils ne sont pas représentés à Ottawa, ils ne nomment pas leurs sénateurs, politiquement ils sont aliénés. Ils envoient du cash et ils ne sont pas responsables de la façon dont ça se dépense. Eux-autres ils vont se tanner vite en estie du Canada. Pis soit ils vont faire infléchir le Canada vers eux, soit qu'ils vont dire bye bye.
Batlam: Mais leurs réserves de pétrole ne sont pas inépuisables!
Biz: Les réserves de pétrole... Quand tu considères les sables bitumineux, c'est derrière l'Arabie saoudite; c'est la deuxième réserve de pétrole au monde. C'est gigantesque.
Q: Mais là, vous autres, si on vous offre un Canada décentralisé, où on rapatrierait une partie de nos pouvoirs législatifs et des points d'impôts, accepteriez-vous cette option?
Batlam: Ben ça fait quarante ans; le renouvellement du fédéralisme...
Biz: Pas quarante ans, depuis 1867...
Batlam: Oui, je sais mais... C'est parce que cette histoire-là, elle a duré trop longtemps... En fait, à chaque fois, le Québec tombe dans le piège de "si on vous promet ceci", "on vous a compris", "on met nos sièges en jeu", "ça y est, c'est entendu", et à chaque fois c'est la même affaire pis ça fonctionne pas. Ryan est mort et dans son testament politique il croit encore à ça, il croit encore au renouvellement du fédéralisme!
Biz: Ben t'es mort! [rires] Ben c'est ça qui est arrivé! Et tous les croyants vont mourir avec cette croyance-là, parce que dans le sens de l'évolution du Canada, lui il évolue dans une certaine direction. Tu peux tracer sa trajectoire et le Québec, lui, il évolue d'une autre façon. Alors, c'est irréconciliable. Mais moi ultimement...
Moi le Gouvernement Fédéral, je le vois techniquement comme une confédération; dans mon idéal; c'est-à-dire un gouvernement de services, non pas pour les citoyens mais pour les provinces. C'est-à-dire qu'on coupe tous les liens du Fédéral avec les individus.
Plus de chômage, plus de pensions de vieillesse, plus de mariages, plus de trucs "directs". Le Gouvernement Fédéral s'occupe de donner des services aux provinces: la poste, la monnaie commune, la politique extérieure, quelques grandes affaires, l'armée, la défense, quelques patentes économiques, là... Ça, ça pourrait aller, comme une confédération, mais ça se fera jamais. Parce que les canadiens, leur gouvernement, c'est Ottawa, c'est pas leur gouvernement de province. Donc, parce que ça ne se fera pas, il faut arrêter de croire à ça. Ça se fera pas parce que les canadiens ne le veulent pas. Les québécois espèrent ça mais les canadiens veulent pas.
Q: Dans la pièce "Résistance", vous chantez "Dans le fond, y'a juste Bourgault de probe". Que vouliez-vous dire par cette phrase? Et croyez-vous qu'il aurait mérité et obtenu des funérailles nationales s'il était décédé lors d'un mandat du Parti Québécois?
Batlam: Ben, c'est une phrase de contexte, elle a été écrite au moment où il était mort. Moi j'étais, évidemment, éploré de voir un homme du Québec de cette stature-là s'en aller. J'étais aussi déçu de voir qu'il n'a pas eu les funérailles qu'il méritait. Moi je trouve que c'est un gars qui, toute sa vie, vraiment, a gardé une ligne, un propos puis une présence sur la scène publique, qui tient de la probité...
Biz: Quitte à se faire excommunier du PQ, justement...
Batlam: Ouais, aussi.
Biz: Un très grand orateur, qui a jamais travesti ses rêves de jeunesse. Sous le PQ, est-ce qu'il les auraient eues ses funérailles nationales? C'est pas sûr, puisqu'il s'est fait fermer la porte par René Lévesque avec le PQ. Mais il aurait eu certainement plus d'hommage que sous les Libéraux, c'est bien évident.
Des funérailles nationales, c'est pas nous autres qui décident de ça, mais nous, lui rendre hommage dans un texte pour l'inscrire dans la durée, ça ça nous appartient.
Q: Est-ce que ça valait la peine que le RIN se saborde pour le PQ?
Biz: Moi je pense que oui. Moi je pense que c'était une bonne stratégie de dire "vous voulez pas vous unir avec nous? On va vous infiltrer un par un, de toute façon". Et c'est exactement ce qui est arrivé. Pis tu sais, Ferretti, et des gars comme D'Allemagne, qui étaient des grands penseurs, ils ont fait évolué la pensée politique du PQ aussi.
Q: Vous êtes très proches de Pierre Falardeau, un souverainiste qui ne laisse personne indifférent, mais qui ne fait évidemment pas l'unanimité, entre autres pour son côté un peu radical. Bien que Falardeau et Raymond Villeneuve soient tout de même différents, considérez-vous que des gens comme eux aident la cause souverainiste?
Biz: Dans une démocratie comme la nôtre, je vois pas encore la pertinence du recours à la violence. Donc, dès qu'il est question de violence chez les séparatistes, ça me... moi ça m'intéresse pas. Les Felquistes, en tuant Laporte, pas par exprès, mais ils l'ont tué pareil, il est mort quand il était sous leur responsabilité - c'est pas tout à fait clair - ben ils ont tué la cause aussi. Parce que les québécois étaient derrière le FLQ, totalement. Mais quand y a eu un mort, on a dit "non, on débarque. On est pas prêts à aller jusque là".
Batlam: Mais Villeneuve, il a un très maigre auditoire, c'est pas quelqu'un qui est très entendu. Il fait son scandale, à chaque années, à la fête du Canada, quand il piétine un drapeau... Falardeau, c'est quelqu'un qui est plus entendu, mais qui est plus nuancé aussi. Pis c'est quelqu'un, quand même...
Q: C'est un intellectuel...
Batlam: Oui, c'est un intellectuel. Et ça, plusieurs personnes ne le reconnaissent pas.
Q: À cause qu'il sacre, à cause de son allure...
Biz: À cause que tu vois toujours de lui le "tabarnak de grosse vache". C'est ça que tu vois dans les extraits médias.
Batlam: Alors que c'est quelqu'un qui écrit très bien, qui réfléchit, qui connaît l'histoire du Québec, et qui a vraiment un propos politique, là, qui s'étend sur plusieurs années, donc qui est très nuancé; il faut lire Falardeau, vraiment.
Biz: Son livre, son dernier livre, est très bon, parce que contrairement à ce qu'on pense, c'est vraiment pas quelqu'un qui est refermé sur lui-même. Il est en lutte, il est en lien avec tous les mouvements de libération colonialistes du monde, l'Algérie, l'Irlande, les pays Basques. Et moi je suis allé au lancement de son DVD. C'était plein d'Africains, de Maghrébins, de Moyen-orientaux, de sud-américain; bref, d'ethnies et des races, en veux-tu en v'là, là, qui étaient là: "toi, on aime ce que tu fais, c'est important, t'as raison", ils faisaient des parallèles... Il y avait, non pas une fermeture, au contraire, mais une super ouverture, et ça je pense que c'est la force de Falardeau.
Quand il est venu à notre spectacle, il a lu un poème de Marmoud Darwich, un palestinien. C'est quelqu'un qui est très cultivé, très ouvert sur le monde; il déteste viscéralement les anglais parce que ce sont des oppresseurs de peuples, en général, et de Québécois en particulier. Moi, je mange pas tout ce qu'il dit, mais une bonne partie par exemple. Parce que, justement, faut y parler à lui, et faut aller plus loin que le bouffon avec sa cigarette; et d'ailleurs il ne fume plus.
Q: Ah non?
Biz: Non, il a arrêté. D'ailleurs, je sais pas ce que ça va donner sur sa pensée... Mais il faut aller plus loin que ça, il faut lire son livre.
Batlam: C'est un super bon livre, ça.
Biz: Y'a des bonnes idées là-dedans...
Q: Dans votre pièce "Censure pour l'échafaud", qui traite notamment de l'affaire Michaud; je veux pas nécessairement qu'on casse du sucre sur le dos du B'nai B'rith, là...
Biz: Attention là, ils vont te retrouver...
Q: [rires] mais j'ai envie que vous me parliez de ça, de ce qui vous a choqué dans cette histoire, des propos de votre chanson...
Batlam: Ben nous, notre point de vue, on l'a quand même assez exprimé dans cette chanson-là. Au fait, c'est que ces gens-là se tirent dans le pied en traitant les Québécois de fascistes, au même titre que ceux qui ont commis les horreurs du 20e siècle; ils sont en train de déprécier l'histoire et de faire du révisionnisme historique, mais de déprécier aussi la valeur des mots, la puissance des mots, au fond. Alors, c'est eux qui se tirent dans le pied, dans le fond. J'ai l'impression qu'il faut être complètement fou pour tenir un discours comme ça. Pis aussi, il y a dans cette chanson-là une accusation envers les Québécois eux-mêmes, qui, eux-mêmes se tirent entre eux. Il y a quelque chose de très malsain là-dedans...
Biz: C'est pas normal qu'on ait à ce point peur, collectivement, de passer pour des antisémites pis des racistes, qu'on fasse une motion de blâme pour un citoyen, ce qui est de l'inédit dans le parlement britannique, de toute l'histoire du parlementarisme britannique. T ‘as pas le droit; le parlement n'a pas le droit de blâmer des individus, on a pas le droit de faire ça. C'est pas au Parlement de faire ça. Michaud n'avait pas dit ça sous la botte parlementaire, c'est juste que les gens - et moi je me rappelle du climat dans lequel ça s'est fait – y a personne qui a osé dire "qu'est-ce qu'il a dit Michaud?".
Batlam: C'était ridicule...
Biz: Personne n'a osé dire "C'est quoi? Y a tu quelqu'un qui a le texte, pis on va regarder ce qu'il a dit", pis pas juste la ligne qui a fait hurler tout le monde. "Avant la ligne c'est quoi, et après la ligne c'est quoi". Les gens votaient à mains levées, big bang big bang, vite vite vite, "oui oui oui, on est d'accord on est d'accord", tout le monde, aweille, unanimité. Mais c'est inquiétant ça, cette unanimité rapide-là.
On a tellement peur d'être des fascistes, pis c'est pas normal parce qu'on l'est pas. Pis dans cette chanson-là, on le dit, notamment. La dernière université au Québec à lever les quotas sur l'admission des juifs, c'est McGill. Arrêtez de nous écoeurer. Si vous voulez aller écoeurer du monde, vous pouvez aller écoeurer les canadiens, parce qu'avec les japonais qu'y ont spolié de leurs biens, pendant la deuxième guerre mondiale, les métis qu'ils ont déraciné, pis le Ku Klux Klan qui est rentré en Saskatchewan là, je veux dire, arrêtez de nous écoeurer. Les orangistes loyalistes, WASP, du Canada, c'est pas des racistes, ça tu penses? Le Canada écoeure les Québécois en disant qu'ils sont racistes. C'est pas vrai! Ils s'en câlisseraient qu'on soit raciste; comme dit Falardeau, ce qui les dérangent, c'est qu'on soit nationaliste, pis qu'on veuille s'en aller, et donc, ils nous mettent des bâtons dans les roues et c'est ce qu'ils ont trouvé comme moyen, c'est de dire "votre projet est pas bon, parce qu'il est raciste".
Q: Pourquoi dans cette chanson-là il n'y a pas de référence à la phrase de Jacques Parizeau, dite lors du référendum de 1995?
Biz: Ben, parce que ça avait pas rapport, c'est pas le propos de la chanson.
Batlam: Bah, Ça aurait pu. Sur certains brouillons, elle était là...
Biz: Ah oui, c'est vrai...
Q: La phrase de Parizeau, était-ce une erreur, que d'avoir dit ça?
Biz: Ben oui! T'as deux discours de défaite référendaire. T'en as un qui finit par "à la prochaine fois", t'en as un qui dit "c'est à cause de vous autres si on a pas gagné". Pis techniquement, moi je le dis et le redis, c'est faux ça, c'est statistiquement faux.
Q: Qu'est-ce qui est faux?
Biz: L'argent, on comprends que ça, c'était vrai.
Q: Pis le vote ethnique, es-tu en train de me dire que c'est un concept qui n'existe pas?
Biz: Ça existe complètement. Y'a 100% des juifs de Côte St-Luc qui ont voté non.
Batlam: Mais y a une façon en politique là, comme dans n'importe quoi, dans n'importe quelle discussion au monde, il y a une façon de formuler les choses, de les dire, il y a des contextes où tu dis certaines choses avec un ton... et pis c'est pas ce qu'on attend d'un Premier Ministre du Québec dans un discours de clôture d'une consultation populaire de cette envergure-là.
Là, c'était pas ce qu'il fallait dire, mais maintenant, moi je pense qu'on peut passer à autre chose. Quand Charest, dans la dernière course électorale, est arrivé dans son estie de débat avec cette affaire-là, moi là, moi j'ai pas compris Landry de ne pas l'avoir tué sur place. Ce qu'il aurait dû lui dire, c'est "vous là, même si vous commencez aujourd'hui à travailler sept jours sur sept, 24 heures sur 24, le restant de vos jours, vous ferez jamais le quart du commencement de ce que Parizeau a fait pour le Québec". C'est ça qu'il aurait dû lui dire.
Biz: S'il faut blâmer des gens pour la défaite référendaire, moi je blâme ma tante à Québec, qui est une Gagnon, de la Gaspésie. Parce que y a 80% de pur-laines au Québec, 10% d'immigrés et 10% d'anglos.
Les anglos, ils votent non, c'est des canadiens, pas de problème, c'est correct, ils vont rester canadiens. Dans le cas du Québec, ça va être la minorité nationale canadienne. Les immigrés, ça dépend. Ça dépend s'ils sont francothropes, ça dépend depuis combien de temps ils sont là; plus ça fait longtemps qu'ils sont là, plus leur comportement se moule à celui de la majorité.
Les juifs de Côte St-Luc ont voté non? Ben ouais, pis? Dans la région de Québec ça a voté non à 50%. Y'a pas beaucoup de juifs pis de jamaïcains dans la région de Québec... Alors, si 100% des 80% pur-laines votent oui, y a aucun groupe, ni anglos, ni immigrés, qui a le poids démographique pour bloquer ça.
Batlam: Moi je pense que c'est une explication mais y a quand même, pour nous, à se demander pourquoi, massivement, les communautés culturelles ou les nouveaux arrivants au Québec refusent massivement...
Biz: C'est pas compliqué, ils se font accueillir par le Canada. Du moment où t'as pas les pouvoirs d'accueillir chez toi... Ils prêtent allégeance à la reine et ils prêtent allégeance à l'intégrité du Canada quand ils reçoivent leur citoyenneté... Et encore ça dépend... Il y a les Arabes, par exemple, les Français, eux autres ils votent oui en général, les Haïtiens, ça dépend...
Batlam: Mais Falardeau, tu vois, pour y revenir, à son livre, lui il parle de ça dans son livre. Moi j'aime bien entendre Falardeau parler de ça, justement. Il dit "C'est comme une guerre". Parce que lui il voit la situation du Québec comme une guerre ouverte, en fait, et il demande aux Québécois de sortir de leur angélisme et de leur naïveté par rapport à cette situation-là.
Il leur dit "Vous avez des adversaires devant vous; c'est une guerre, que vous le vouliez ou non, pis moi j'ai décidé de l'accepter comme tel." Il dit: "dans une guerre, y'a du monde qui te prêtent allégeance ou non. Les immigrants ou les communautés culturelles, en ce moment, je leur dit, parfait, choisissez votre bord, mais quand on va partir, par exemple, vous allez devoir vivre avec les conséquences de vos choix d'alors." Et moi, je suis assez d'accord avec ça.
Biz: Oui mais en même temps, qu'est-ce que ça veut dire? Qu'on va les faire déménager?
Batlam: Non! Ça veut dire, "de quoi aurez-vous de l'air à ce moment-là?"
Biz: Ben, d'une gang de glands, sauf qu'au lendemain de l'indépendance, tous les habitants du territoire du Québec sont Québécois, et on part là-dessus. Ce seront tous des fondateurs du Québec, peu importe... Moi mes ancêtres, ça fait 400 ans qu'ils sont ici. J'ai des amis arabes, que ça fait juste 20 ans qui sont ici. Au lendemain de l'indépendance, nous devenons, à l'an zéro, les fondateurs du Québec. Pas pire, comme projet ça, moi je trouve...
Q: Au-delà de la loi sur la clarté référendaire et des tentatives du Fédéral de faire respecter une règle différente pour les séparatistes que la règle universelle du 50% +1, il y a des gens qui laissent planer le risque de la partition du Québec comme leitmotiv à ne pas la faire [l'indépendance]. Qu'est-ce que vous pensez de ça?
Biz: Oui, mais qui va faire ça? viens-t-en, le partitionner, le Québec! Là, à ce moment-là, j'appellerai Raymond Villeneuve! Mais je veux dire, le West Island, qui veut se partitionner là, ben là c'est pas compliqué: tu leur coupes l'hydro au mois de février! C'est une institution québécoise, l'hydro! Tu leur flushes l'aqueduc! Pas sûr qu'ils vont avoir le goût de rester dans leur petite enclave à chauffer au bois rond en buvant l'eau du fleuve... Y'a personne qui va partitionner le Québec! Le Lac-St-Jean est pas indépendant. La game, on la joue en équipe!
Q: Sur votre premier album, dans Médiatribe, vous écorchez tous les grands médias du Québec...
Biz: Y compris La Tribu du Verbe...
Q: [rires] Et André Pratte, récemment, vous a varlopé au sein de l'une de ses chroniques...
Biz: Moi Pratte, je suis en guerre idéologique avec, je me suis désabonné de La Presse, j'étais tanné de le financer, et je me suis abonné au Devoir... Mais j'aime ça le lire Pratte, pour comprendre à quel point il est Pratthétique, mais je ne le finance plus. C'est fini ça.
Q: Une dernière question: on regarde le budget du Québec, plus de 40% de notre argent est versé à la santé. Sans vouloir tomber dans le piège de promouvoir la privatisation des soins de santé, n'avez-vous pas l'impression qu'on est en train, au Québec, de sacrifier une génération au détriment de générations plus vieilles, qui elles, détiennent le pouvoir par leur poids démographique?
Biz: Oui. La priorité du Québec, à mon avis, ça devrait pas être la santé mais l'éducation. Une société qui est bien éduquée est techniquement en meilleure santé, d'une part, et c'est aussi une société qui peut payer plus, et de meilleurs soins de santé. C'est que les priorités des baby boomers évoluent avec eux, et dans dix ou quinze ans, ça sera les salons mortuaires et les cimetières, les priorités, au Québec. En tant que jeunes, il faut faire exactement ce qu'on a fait avec la grève étudiante; rappeler au gouvernement qu'on est présent, qu'on est là, qu'on a un poids politique. On peut faire reculer le Gouvernement si on est capable de rallier - on fera pas ça tout seul, on est pas assez nombreux. Mais la jeunesse est capable de prendre le taureau par les cornes et de rallier aussi. Faut pas voir les baby boomers comme des ennemis non plus, y'en a beaucoup beaucoup qui supportaient la grève étudiante. Il faut simplement conscientiser l'espace public aux revendications de la jeunesse.
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Entrevue effectuée à Sherbrooke, le 15 avril 2005.
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