L’abus de pouvoir, du national au local

L’an dernier, lors d’une entrevue, Noam Chomsky affirmait ceci à propos de la «démocratie» américaine : «More serious political scientists in the mainstream describe the US not as a "democracy" but as a "polyarchy": a system of elite decision and periodic public ratification.» Ne trouvez-vous pas que ce système correspond également bien à notre réalité aux niveaux national et local?

À suivre les audiences de la commission Gomery, nous découvrons les biais, les saletés, les dérives à grande échelle (fédérale-provinciale) d’une culture politique qui existe également dans les officines du pouvoir municipal à travers les petites oligarchies en place. En faisant une courte recherche sur Internet sur les oligarchies locales, il m’est apparu presque uniquement des sites sur l’histoire de la période pré-20e siècle, sur les pays dits en voie de développement et sur l’épisode de la crise d’octobre 1970. Un peu comme si le phénomène n’existait pas aujourd’hui au Québec ou ailleurs dans les sociétés occidentales. Il est pourtant largement connu de tous que la structure réelle du pouvoir (et non la structure apparente) dans les municipalités ressemble encore souvent à de petites oligarchies locales dans lesquelles des élus influents, quelques dirigeants d’entreprises ou hommes d’affaires puissants, avec la complicité d’avocats, de la presse locale et même parfois de groupes communautaires, dont une partie des maigres revenus provient de la municipalité ou des «petits amis» du régime, s’échangent des services mutuellement de façon à ce que chacun conserve ses petits pouvoirs. Ces pratiques finissent par se rapprocher souvent du «copinage» et de l’abus de pouvoir. Tant qu’il n’y a pas de moutons noirs qui s’écartent du troupeau consentant pour dénoncer les abus, cette cohésion de l’élite reste socialement tolérée, la population l’acceptant avec cynisme et un certain fatalisme.

Voici une lettre ouverte d’un groupe de «brebis et moutons noirs» de Drummondville, la Coalition pour une action citoyenne solidaire (COACS), qui donne un bel exemple de ce qui peut, à mon avis, être appelé un dérapage de la part de personnes élues et payées par les contribuables pour veiller au bien commun. Nous sommes à Drummondville, municipalité de 65 000 âmes, «royaume» de la PME et du restaurant fast-food, dont la maîresse Francine Ruest-Jutras tient les commandes depuis les années 80’. (Vous connaissez sûrement le beau-frère de Mme Jutras, Normand Jutras, qui est député de Drummond et ex-ministre de la justice sous le règne du PQ.). L’exemple concerne un citoyen qui assiste à pratiquement toutes les réunions du conseil municipal et questionne abondamment les élus dans un style un peu dérangeant mais sans diffamation ou propos sexiste, raciste ou haineux. Si cette situation vous rappelle un cas semblable (prouvé avec témoin) dans votre localité, j’aimerais que vous me le fassiez connaître.

Bienvenue dans ce que certains appellent le «Jutrassique Park».


Lettre ouverte

D’autres emplois menacés à Drummondville ?

Un journal local citait récemment un extrait du compte-rendu de l’atelier de travail du 28 février du Conseil municipal de Drummondville. Cet extrait exposait clairement que le Conseil avait envisagé informer l’employeur d’un citoyen qu’un geste « disgracieux et inacceptable » avait été posé par ce dernier lorsqu’il se trouvait dans la salle du conseil en présence d’autres personnes.

Comment ce conseil municipal ose-t-il « envisager » menacer le gagne-pain d’un citoyen pour une mauvaise blague adressée à un proche pendant un moment libre, entre deux séances du conseil? Un simple avertissement n’aurait-il pas suffit? N’est-ce pas là de l’intimidation?

Ce citoyen reconnu pour son implication politique, son influence auprès des jeunes ainsi que pour son franc parler lors des séances publiques du conseil municipal a été suspendu avec solde par son employeur le lendemain de l’événement et congédié officiellement une semaine plus tard. Est-ce un hasard ?

Si ces règles de « bonnes manières en public » s’appliquent à tout le monde, est-ce dire que si un résidant ou une résidante de Drummondville prétend qu’un élu a enfreint ces règles dans la salle du conseil municipal (lieu sacré s’il en est un!) ou « à proximité » de celle-ci, des citoyens pourront exiger la démission de cet élu, faire des pressions auprès de son employeur pour qu’il soit congédié ou même demander qu’il soit banni de tout futur poste dans son domaine d’activité à Drummondville ? Nous exigeons des explications. La population a le droit de savoir si sa liberté d’expression, son droit à la vie privée et son droit de travailler honnêtement sans pour autant limiter son implication politique sont menacés par les hommes et les femmes qui dirigent présentement cette ville.

La liberté d’expression n’a pas de limite sauf s’il y a diffamation, propos racistes, haineux ou sexistes. Dans ce cas-ci, où de telles attaques n’ont pas été portées, des élus se sont vraisemblablement placés dans une situation d’abus de pouvoir.

N’oublions pas qu’en novembre prochain, la population aura le dernier mot.


Annick Corriveau Éric Perreault
Gilbert Corniglion Christian Rajotte
Mélanie Béliveau Sylvie Lessard
Karine Boivin Éliane Gélinas
Éric Boulanger Odette Belval

Membres de la COACS (Coalition pour une action citoyenne solidaire).

Publié par Coacteurradical le 15 avril 2005 à 01:05 PM TrackBack Commentaires (3)