Scandale et vertu

L’appétit du scandale n’épargne personne. Délectations du sordide ou de la chute libre de l'autre: on met en scène les déboires comme les catastrophes, quitte à se réjouir devant les uns et se désoler devant les autres. Le jaunisme est de tous les niveaux; l'amplification, aussi. Depuis l'institution de la Commission Gomery, et même avant les appels du Bloc pour une transparence dans le financement des partis, on manie l’étendard du scandale qui, pour jouer à l’avant-scène, qui, pour crier sa vertu, qui, pour dorer son plumage, qui, pour déclarer que le péché originel les atteint tous.

Les témoins passent à la barre et personne dans l’auditoire ne semble se souvenir des “Douze hommes en colère” ou de “Roshomon”. Les marchands d’images auraient-ils soudainement oublié leur métier? Les filous, leurs rengaines d’agent de charme. Un témoin n'est qu’un témoin, dit le vieux La Palice. Tous les avocats se penchent pour examiner les virgules, surtout celles dans les chiffres; un juge incarne le vieux dieu indo-européen de la sagesse. Nos représentants dans l’Agora du législatif semblent chercher l’esprit des lois, mais s'occupent aussi du pouvoir, cet énigme ou serait-ce un vieux réflexe animal ?

Voilà que l’appel de la vertu pâlit, car entre la quête du bien commun et l’accès à l’échelle de Jacob du pouvoir, on hésite devant ces “hauteurs”. Les passions dans la mer de nos turbulences troublent les gestes dans la forge où s’invente toujours une raison commune.

Les partis jubilent d’émois. Les politiques s’agitent. Les congrégations de la foi médiatique veillent et surveillent quitte à souligner au peuple qui travaille des chemins contradictoires. La justice sera-t-elle salomonienne?

[[ Entre parenthèses. C’est un 250e anniversaire pour Montesquieu. Descartes a été réhabilité solennellement au pays des traités, à l’Université d’Utrecht, après quelques siècles sous les clés de l’Enfer. Le 23 avril, c’est la grande fête du livre, et en ce jour Cervantès côtoie Shakespeare. 2005, année où les anniversaires de Einstein, des ci-nommés, de Tocqueville, de Pagnol, de Sartre, de Jules Verne, et encore ..., pourraient être des gages des mutations accomplies, et encore visibles. Peut-on se souvenir des dramatiques de Saul Bellows, ce grand écrivain américain, récemment décédé, ou des recherches de Ivan Illich, ou encore s’interroger sur l’héritage de St-Augustin, célébré lui aussi cette année? Le “tout le monde en parle” de France, comme le “Times”, ont ciselé une liste des “grandeurs” et des “étoiles” du temps. Tant d’esprits, tant de perte d’ esprit, ici. Clore la parenthèse. ]]

Le premier ministre s’adresse à la nation. Stratégie politique, sans doute; quel politicien peut faire le pharisien? Malveillance? Il serait d’ores et déjà coupable. On se gave des bonbons roses du scandale : qu’il soit pendu par les “vigilantes”! C'est le Far West des puritains. Pour l’un, le verdict est déjà rendu: coupable. Pour l’autre, coupable et vicieux, c’est-à-dire sans éthique, inapte moralement à gouverner. Parti et gouvernement, confondus; hier et aujourd’hui. Le troisième rappelle timidement les enjeux du bien commun. Les mises en scène varient; les scénarios animent le Colisée. Est-ce que le peuple ne fait que crier, animé par les agitateurs?

Cependant, seule la justice, cette grande conquête des humains depuis Hammourabi, articulée dans les grandes mythologies indo-européennes, telles qu’elles ont été étudiées par G. Dumézil, ficelées depuis Justinien et Gratien et la scolastique, et la Magna Charta, et les Jésuites, et Napoléon, seule la justice peut ériger au coeur de l’Agora de notre cité (Oh! Athènes reviens, reviens --2,500e anniversaire de Périclès !) la voix de la raison.

Publié par Hermès le 30 avril 2005 à 02:55 PM TrackBack Commentaires (3)