Le gouvernement patapoufien enfin compris

Depuis le temps qu'il nous dit que c'est parce que son gouvernement est mal compris. Depuis le temps qu'il essaie de se faire accroire qu'il est un gouvernement porteur de changements et qu'il doit faire face à l'énergie de la stagnation et du statu quo et que c'est pour ça que le monde ne l'aime pas. Et bien enfin, Patapouf a marqué des points dans les sondages cette semaine. Parce que cette semaine, il y a eu un autre grand sondage de la firme Léger Boulshitting inc. qui nous apprenait que les PPP, les Patentes à Plouc à Patapouf, avaient maintenant l'appui de la majorité des 7 millions de québécois, ou du moins de 67% des 905 répondants qui ont accepté de se faire achaler au téléphone pendant une durée moyenne de 10,1 minutes, représentant 19 fois sur 20 l'ensemble de la population québécoise selon une marge d'horreur de 3,3 %. Même les travailleurs syndiqués n'auraient plus peur des privatisations déguisées dans une proportion de 60%, ainsi que les fonctionnaires dans une autre étonnante proportion de 59%, toujours en extrapolant sur les réponses des mêmes 905 répondants, dont probablement une couple de dizaines sont des fonctionnaires syndiqués.

C'est l'Institut pour le partenariat public-privé (l'IP-PPP) qui a payé grassement Léger Boulshitting pour se faire dire exactement ce qu'il voulait entendre. Il paraît même, selon ce sondage tout à fait impartial et honnête, que non seulement les québécois sont maintenant d'accord avec les PPP à 67%, mais qu'ils ont hâte à 75% que le gouvernement se grouille le cul pour implanter les premiers montages financiers qui vont contribuer à mettre l'argent de nos impôts en partenariat avec celui des entreprises qui vont réaliser du profit avec. L'institut POUR le partenariat public-privé a tenu à spécifier dans son communiqué de presse qu'il était un organisme sans abus lucratif indépendant et objectif, qui encourage le dialogue et exclut la privatisation de sa définition d'un PPP. Évidemment, s'il y avait un Institut CONTRE les partenariats publics-privés, celui-ci serait moins indépendant et objectif… mais soyez rassurés bonnes gens, l'institut POUR les PPP, lui, est tout à fait indépendant et objectif.

Si on entre dans certains détails du sondage. L'Institut indépendant et objectif POUR les PPP souligne que 43 % des sondés sont en faveur du mode PPP pour les services auxiliaires dans le secteur de la santé (tests de laboratoire, buanderie et cafétéria d'hôpital... des affaires qui en grande partie sont déjà privatisées anyway). Vous avez sans doute noté que l'institut indépendant et objectif déclare que 43% des gens sont en faveur… plutôt que d'affirmer que, à contrario, 57% sont contre… ce qu'aurait sans doute affirmé un institut moins indépendant et objectif.

Autre grande nouveauté statistique : 45 % des gens seraient pour la construction et l'entretien des immeubles et installations publics en mode PPP (hôpitaux, centres d'accueil, écoles, centres correctionnels) et 43% sont en faveur des PPP dans les infrastructures de transport (ponts, autoroutes, rues et trottoirs). Ce sont les exemples que l'on donne la plupart du temps, quand on parle des fameux PPP, la construction et l'entretien des bâtisses et des routes. Encore une fois, si on lit le sondage dans le bon sens, est-ce à dire que 57% du monde pensent que les routes et autres structures ne devraient pas être construites en partenariat avec le privé ? Si c'était le cas, ce serait un maudit recul pour le privé. Parce que la construction et bien souvent l'entretien, c'est déjà privatisé à quasiment 100% et ce depuis toujours. Ce ne sont pas des fonctionnaires qui construisent les routes, ce sont des entrepreneurs en construction et leurs employés, le plus souvent de bons entrepreneurs libéraux. Et ce ne sont pas des médecins et des infirmières payées par l'état qui construisent les hôpitaux, ce sont des massons, des plâtriers, des ouvriers, ingénieurs, architectes, etc… qui sont tous soit employés ou soit petits boss dans l'entreprise privée.

Le vrai débat sur les PPP, le terme hypocrite pour privatisation, il n'est pas sur la construction et l'entretien, contrairement à tous les exemples qu'on nous donne, mais sur la possession des infrastructures publiques. Les questions qu'il faudrait poser dans un sondage honnête, ce sont :

Voulez-vous mettre de l'argent de vos impôts dans une route ou d'un pont à péage qui serait la propriété de SNC-Lavallin ? NON.

Voulez-vous que vos taxes soient confiées à une compagnie qui possèderait un hôpital à péage ? NON.

Voulez-vous que l'aqueduc de votre ville appartienne à une des multinationale de l'eau qui vous le fera payer 100 fois le prix ? NON.

Voulez-vous que le gouvernement se serve de votre argent pour magouiller encore plus avec ses chums qui paient pour l'aider à se faire élire ? NON.

Publié par Rapporteur Zircona le 15 mai 2005 à 04:38 PM TrackBack Commentaires (1)