Véhicules hors route et société de consommation

Les bureaucrates du gouvernement patapoufien ont organisé une tournée de consultation publique (encore une autre!) sur les véhicules hors route (VHR) qui se déroule actuellement à travers tout le Québec. Les VHR incluent les motoneiges et les quads, des jouets motorisés qui permettent à certains de ses utilisateurs de fuir toute règle de civisme et de sécurité. De toute évidence, cette consultation fait suite aux démêlés judiciaires des dernières années concernant la circulation à haute vitesse des motoneiges sur le tracé de la piste cyclable du Petit Train du Nord, à proximité de nombreuses résidences.

Pour inspirer les personnes intéressées, un document de réflexion sur ce sujet est disponible sur le site Internet du ministère des Transports : www.mtq.gouv.qc.ca. Ce document met beaucoup d’emphase sur les retombées économiques de ce divertissement alors qu’on y constate la quasi-absence des enjeux reliés aux milieux naturels (sol, flore, faune, …). Pourtant, le degré élevé de pollution et de dégradation de l’environnement occasionné par ces engins est maintenant largement reconnu : émission de gaz à effet de serre et d’hydrocarbures, érosion et compactage du sol, destruction d’habitats sensibles, dispersion de plantes envahissantes, etc. Ces coûts environnementaux s’additionnent aux coûts sociaux (conflits d’usage, morts et blessés). Une grande partie des VHR est encore munie de moteurs à deux temps qui rejettent dans l’atmosphère plus du tiers de leur carburant non brûlé. Ces engins rejettent également plusieurs hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) très toxiques comme le benzène, des aldhéhydes, etc. Dans un contexte plus global, on constate que les VHR contribuent de façon disproportionnée à la pollution par les gaz à effet de serre, faute d’obligation pour les fabricants d’installer les technologies disponibles pour réduire leurs émissions (moteur quatre temps, dispositifs anti-pollution, …). Malgré les progrès technologiques, on ne peut pas dire que la situation s’améliore avec les années :

«Des tests effectués par l’Agence de la Protection de l’Environnement des États-Unis (EPA) indiquent une augmentation de 40 à 213% des émissions des nouvelles machines depuis deux ans

La cylindrée des quads vendus actuellement sur le marché avoisine souvent les 400, 500 et même parfois plus de 600 cc Quant aux motoneiges, les modèles de performance «extrême» peuvent dépasser 850 cc et sont souvent équipés de moteur deux temps. Certaines motoneiges peuvent vous propulser à des vitesses de 170 km/h. Imaginez la maniabilité sur la neige d’un engin dirigé par des skis à une telle vitesse! L’augmentation constante de la cylindrée et de la puissance de ces moteurs ne répond pas à des impératifs d’ordre utilitaire. En effet, les modèles de plus forte cylindrée se retrouvent dans la catégorie «sports». Les adeptes de ce «sport extrême» sont prêts à débourser parfois jusqu’à 10 000 dollars pour acheter un de ces engins qui leur confèrent un «permis» de circuler presque partout. Une fois cette liberté acquise, certains en profiteront pour franchir la frontière entre le monde civilisé et la barbarie.

Un jouet de Homo Consommus

Le phénomène des VHR fait ressortir les aberrations d’une économie qui se nourrit de l’inconscience ou de l’abrutissement de ses humains-ustensiles. «On pollue, on brise, on blesse ou on tue, mais au moins, on fait tourner l’économie tout en se divertissant!» Certains diront avec raison qu’il ne faut pas généraliser, que la majorité des adeptes de ce divertissement se promène tranquillement dans les sentiers, … Peut-être, mais étant donné que près de 1/7 de la population du Québec dispose d’un tel jouet, la minorité d’irresponsables qu’on y retrouve est suffisamment importante pour causer des torts sérieux aux milieux naturels fragiles, de plus en plus rares au sud de la province, et à l’environnement en général. Voir à ce sujet les sites Internet suivant :
www.naturaltrails.org, www.bluewaternetwork.org/ et www.lacbowker.ca.tc/.

De toutes les bébelles que la société de consommation nous offre, les VHR en constituent une des plus belles (ou tristes) caricatures. Sans nier la pertinence de l’usage «utilitaire» d’un quad à la ferme ou dans les travaux forestiers, le symbole est trop fort pour ne pas le souligner.

Sous le vocable prétentieux et presque paradoxal de «sport motorisé», l’utilisation récréative de ces engins sert souvent davantage à faire sécréter l’adrénaline chez certains individus tout en leur donnant l’illusion qu’ils tiennent une emprise sur leur vie et sur l’environnement qui les entourent. Cette situation ne représente-t-elle pas qu’un des nombreux symptômes d’une société désabusée, un peu enterrée sous sa servitude?

Publié par Coacteurradical le 31 mai 2005 à 02:07 PM TrackBack Commentaires (4)