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L'attention accordée par les médias depuis peu aux violences intrafamiliales et le travail incessant des intervenantes de première ligne ont amené certains juges à prendre un peu plus de précautions en décidant des conditions de garde d'enfants et d'accès. Par exemple, on assortit les "droits" de parents agresseurs à des conditions de supervision, plus ou moins respectées mais c'est un pas en avant.
Cependant, certains groupuscules disant représenter les hommes divorcés ou séparés jouent sur les cordes sensibles de la population en attribuant à des femmes vengeresses de telles mesures de précaution. On clame que de bons pères sont injustement tenus à distance de leurs enfants. À la limite, tout père qui ne "voit" pas ses enfants aussi souvent qu'il prétend le souhaiter est d'emblée présenté comme une victime des femmes et du système.
Des stunts sensationnalistes mis au point au Royaume-Uni exploitent la complaisance de médias et un ressac de la droite pour faire passer un message qui se résume à un plaidoyer intégriste pour un "lien sacré père-enfant" auquel contreviendrait toute rupture familiale, toute limite, en fait, aux "Droits du Père".
Mais la situation est-elle vraiment ce que nous en disent 'Spiderman' et 'Batman' juchés en haut d'un pont ou lâchant des insectes vivants dans les palais de justice à Yellowknife ou Montréal?
Des commentateurs aussi peu soupçonnables de féminisme que Richard Martineau rejettent l'ultra-masculinisme de l'antenne canadienne de Fathers4Justice («Les enfants d'abord», VOIR, 26 mai). Martineau signale avec raison qu'un père qui aime réellement ses enfants est prêt à faire des compromis pour leur intérêt Il ne fait pas de sa souffrance, inévitable, un scandale.
D'autres, juristes comme MM. Dominique Goubaux et Michel Tétreault, ont démontré, chiffres en main, la fausseté des "statistiques" lancées par le lobby masculiniste. Les pères obtiennent, dans les faits, ce qu'ils veulent la plupart du temps (gardes partagées: 50%, exclusive au père: 25%, exclusives à la mère: 25%).
Et puis, a-t-on le droit de gerber contre la misogynie de toutes ces accusations personnelles lancées au mégaphone et reprises et embellies par des journalistes putassiers? Les mères qui écopent de la garde exclusive des enfants (pas toujours de plein gré) sont-elles vraiment les monstres que les militants cagoulés des Blackshirts vont harceler devant chez elles, mégaphones en main, en Australie? N'y a-t-il pas là guerilla financière sous roche?
Avant de jeter la pierre aux tribunaux ou aux mères, les médias devraient faire leurs devoirs et mieux se renseigner sur le lobby des hommes divorcés.
Est-il tabou de le dire? La plupart des hommes qui ne « voient » plus leur(s) enfant(s) le font par choix, soir parce qu'ils se reconnaissent moins qualifiés et moins proches des enfants, soit parce qu'ils sont en fuite de responsabilités financières qu'ils refusent de prendre, parfois par tentative d'intimider ou volonté de « punir » celle qui leur a échappé. Les avocatEs le savent très bien.
D'autres - convaincus d'aimer leurs flos, trouvent quand même, week-end après week-end, une raison ou une autre pour faire passer leurs priorités, leur liberté avant les attentes de leurs enfants. Faute de se faire aimer, ils se laissent désirer. Ce qui ne les empêchera pas de se plaindre, dans un contexte masculiniste, d'avoir été «divorcés» de leurs enfants. Plus facile de rechigner contre une femme ou contre son droit au divorce que de prendre en compte leurs choix d'avant et d'après la rupture.
Dans d'autres cas, comme j'écrivais plus haut, c'est la société qui est intervenue, par souci de l'intérêt de l'enfant. Certains des pères qui crient leur rancune ne voient pas leurs enfants aussi souvent qu'ils disent le souhaiter du simple fait de purger une peine de prison ou d'être temporairement privés de droits de visite en raison de violences intrafamiliales ou de menaces réitérées contre leur ex-conjointe ou leurs enfants.
Faut-il vraiment s'indigner de mesures de protection aussi essentielles, alors qu'une dizaine d'enfants continuent à être tués, bon an mal an, par leur père au Québec (http://www.antipatriarcat.org/cmcs) et que le lobby masculiniste nie sur toutes les tribunes la gravité et l'incidence des violences masculines contre femmes et enfants?
Pour éviter la multiplication de telles tragédies, les tribunaux ont la tâche cruciale d'arbitrer en fonction de l'intérêt supérieur des enfants les rares litiges entre ex-époux (17 cas sur 20 se résolvent à l'amiable). Je trouve extrêmement inquiétant que des groupes comme Fathers4Justice ou L'Après-Rupture tentent de marginaliser ce critère en revendiquant des droits absolus pour quasiment n'importe quel père qui en réclame. Ce sera l'enjeu d'une nouvelle tentative de réformer la Loi sur le divorce, annoncée pour l'automne par le ministre fédéral Irwin Cotler.
On supprimerait toute reconnaissance du travail parental et des compétences acquises au jour le jour en supprimant celle de la «garde», en rendant celle-ci conjointe d'office, formule One Size Fits All que pourrait exploiter n'importe qui, sans égard à ses mérites, pour imposer sa loi au parent de première ligne ou pour s'éviter une pension alimentaire.
C'est faire insulte aux parents réellement impliqués et respectueux de l'autre conjoint que de réclamer l'imposition d'une règle aussi simpliste, un Jugement de Salomon tranchant l'enfant en deux, fausse égalité entre le parent qui faisait (et continuera à faire) le gros du travail et celui qui ne cherche souvent qu'à substituer ses intérêts financiers ou symboliques à une évaluation attentive et compassée de l'intérêt de l'enfant et de celui des parents avec qui le lien est le mieux établi.
Car il faut aussi penser aux enfants que des pères n'hésiteraient pas à barouetter une ou trois fois par semaine d'un domicile à l'autre; on a été jusqu'à réclamer en Cour, à Longueuil il y a quelques années, qu'une mère soit interdite d'allaitement sous prétexte que cela nuisait au droit du père à une garde partagée d'un nourrisson (authentique!).
Il est essentiel à la justice sociale que les décisions d'attribuer une garde ou un droit de visite continuent, au contraire, à être prises avec le plus grand soin, en étudiant chaque cas, et en privilégiant les droits des enfants, l'entente entre les parents et les antécédents de chaque requérant. On peut aller plus loin en ce sens puisqu'on voit encore des batteurs de femmes conserver tous leurs «droits» parentaux, et même utiliser la fuite de leur victime pour un refuge comme «preuve» que c'est une "mauvaise mère". Patriarcat pas mort...
Dans des dossiers aussi délicats et cruciaux au bien-être des gens, il ne devrait pas suffire pas de se costumer en super-héros et de paralyser un pont ou un palais de justice pour obtenir du temps d'antenne et faire plier les juges et l'État.
Les enfants et les parents qui s'en occupent vraiment méritent mieux que ce cirque relayé par les médias.
Martin Dufresne
Secrétaire du Collectif masculin contre le sexisme
P.S.: J'imagine que ce texte me vaudra les sarcasmes habituels de certains. Heureusement, je ne suis pas maso pour les lire...
Pour en savoir plus: http://www.owjn.org/custody/f-reform.htm et http://www.arte-tv.com/masculinisme et www.antipatriarcat.org
Publié par Martin Dufresne le 05 juin 2005 à 03:07 PM
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