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Avec la démission de Bernard Landry, le PQ s'est tiré dans les pieds. Si jamais Landry répond à l'appel du retour que lui lancent certains militants encore traumatisés par son départ, le PQ prendra le risque de se tirer dans la tête.
Les arguments exprimés pour justifier cet appel au retour de Bernard Landry, à savoir "qu'il est le leader tout naturellement désigné pour accomplir la mission souverainiste" est une insulte lancée aux sept candidats à la chefferie du PQ. Peut-être qu'aucun d'eux n'a imposé, pour l'instant, l'image incontestable de celui ou celle qui mènera le Québec à sa souveraineté, mais Bernard Landry lui-même, malgré toutes ces qualités d'homme politique d'expérience et de grand militant, n'a jamais réussi à faire l'unanimité ni dans le parti, ni dans l'opinion publique quand à ses capacités d'un leader rassembleur. Par ailleurs, le fait qu'il démissionne de la politique, alors que la souveraineté ne manquait pas de vent dans les voiles, est une erreur de jugement politique dont il porte la grande responsabilité. Cette erreur n'enlève rien à la grandeur de ses intentions dans sa déclaration de démission. Néanmoins, la course qu'on attendait depuis 20 ans prendra l'allure d'un cirque si Bernard Landry fait une réapparition au mauvais moment et au mauvais endroit.
Dans la politique les incertitudes sont indéniablement très mal perçues par l'opinion publique et les marchés financiers. Monsieur Landry le sait certainement plus que les initiateurs de cet appel à son retour. Mine de rien, malgré l'impopularité du gouvernement Charest et malgré la popularité de la souveraineté à 54% dans les sondages, le Parti Québécois est encore ébranlé par la démission inattendue. Le fait de ne pas laisser aux candidats le temps de faire connaître leurs programmes, leurs idées et leurs qualités de chefs, est un signe de panique qui risque de faire encore plus mal au parti et à sa cause. Comment prendre au sérieux un parti politique qui doute de lui-même? Un parti qui ne sait pas ce qu'il veut?
Quelque soit le jugement que les uns ou les autres portent sur le départ de l'ex-député de Verchères, une page a été tourné dans l'histoire de ce parti. Les militants du PQ ont la responsabilité d'en faire l'occasion d'un renouvellement historique. Si la souveraineté est devenue un enjeu électoral et une marque pour de commerce pour certains, pour d'autres, elle correspond à un mouvement de fond qui chemine tranquillement mais sûrement. Quelque soit le chef, si le mouvement perd de sa constance, même un nouveau René Levesque n'y pourra rien.
Je ne suis membre d'aucun parti politique, mais j'ai pour la cause souverainiste du PQ une affection particulière. Elle lui donne un sens équivalent à celui pour lequel des millions d'hommes et de femmes dans l’histoire ont payé de leurs vies. Cependant, je constate avec regret, depuis mon arrivée au Québec il y a 23 ans, que sa marche vers la souveraineté n'a pas toujours eu la vie facile, et ce n'est pas nécessairement toujours à cause des ''méchants'' fédéralistes. Fait-on la souveraineté pour soi ou contre l'autre? Une question que certains militants souverainistes devraient méditer sérieusement dans les prochains mois. Et Bernard Landry, avec son expérience de grand militant, il sera certainement toujours le bienvenue pour apporter sa contribution à la cause, avec tout l'art et la discrétion dont il sera capable.
Le jour même de la démission de Bernard Landry, j'avais écris: "Les gens se plaignent du manque de grandeur chez les politiciens. Maintenant que la démission de monsieur Landry a été perçue par tous comme un geste de grandeur, privilégiant l’intérêt du parti avant celui de la personne, les militants se privent de celui qui en fait preuve''. J’ajouterai aujourd’hui que la participation de Bernard Landry à une course à la chefferie du PQ ne relèverait pas de la grandeur mais de l’obstination. L'opinion publique y verra une comédie. Drôle pour certains. Pas du tout pour d’autres. J'entends la trame sonore, ‘’Stop, encore, je m’arrête ou je continue..’’. Un vieux refrain d’une vieille chanson.
Monsieur Bernard Landry devrait réaffirmer, dans une déclaration publique, la grandeur dont il a fait preuve. Il est de son devoir envers les candidats et envers son parti de laisser la sérénité faire son travail au cours de cette course déterminante dans l'histoire du Québec.
Je conclue avec cette phrase que Bernard Landry répétait souvent et que Louise Harel a cité à l'Assemblée Nationale en lui rendant hommage: "La patrie avant le parti et le parti avant la personne''.
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