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Tout dépendant d’où on se trouve dans le monde et des liens qui nous unissent aux différentes réalités, les descriptions médiatiques de celles-ci se teintent invariablement de points de vue visant à nous faire admettre le réel tel que les maîtres désirent que nous le percevions. Un des exemples les plus révélateurs dont nous avons été témoins consiste à définir la guerre contre Saddam Hussein en tant que guerre de libération pour le peuple irakien tandis qu’ici, la définition de la réalité nous proposait le terme « terrorisme » lors des attentats du 11 septembre 2001. Une description honnête de ces deux événements nous permettra de les classer tous deux dans des actes de terrorisme organisés par des maîtres fous de leurs dieux respectifs. Je vous propose donc ici une petite analyse des médias sur ce qui a été dit quelques mois après le 26 décembre dernier, date où un tsunami emporta environ 200 000 vies d’un coup.
Le dimanche 13 mars 2005, sous la plume de Stéphanie Morin, envoyée spéciale en Thaïlande pour le journal La Presse, nous pouvions lire un article vraiment intéressant sur la réalité qu’on voulait nous faire avaler. Le titre? « L’effet nettoyant du tsunami ». Rien de moins. L’article est disponible au complet à la fin de ce texte. Non seulement les gens pauvres et bien ordinaires ne parlent plus du tout de cette catastrophe naturelle mais ils en parlent sur ce ton d’économiste, celui des maîtres qui comptent leur fric bien assis sur les tombes des personnes disparues. Et de l’argent envoyé afin d’aider les gens sinistrés, à peine 20% se serait rendu tandis que plusieurs affirment que l’argent arrivé à destination a essentiellement servi à reconstruire les infrastructures touristiques. La logique habituelle quoi!!!
Je vous propose donc de comparer ce qui se dira dans quelques mois relativement à l’ouragan Katrina, sur ses effets positifs sur le tourisme dans le sud des États-Unis. Je sais qu’un mort en occident a toujours pesé plus lourd qu’un mort thaïlandais, le décompte au bas de l’article exposant bien ici ce dont il est question.
Thaïlande
L'effet nettoyant du tsunami
Stéphanie Morin, envoyée spéciale en Thaïlande
La Presse, le dimanche 13 mars 2005
Phuket, Thaïlande
«Les plages n'ont pas été aussi propres depuis 20 ans. Le tsunami a nettoyé la plage: le sable est plus blanc, l'eau plus claire. Les hôtels qui sont reconstruits sont aussi plus modernes. On va de plus pouvoir limiter le nombre de chaises et de parasols pour que la plage soit plus agréable.»
À entendre parler ainsi Suwalai Pindradab, c'est à croire que le tsunami est la meilleure chose qui pouvait arriver à Phuket. Mais au grands maux les grands moyens. L'économie de la région repose en grande partie sur le tourisme, et la directrice de l'Office de tourisme du sud la Thaïlande ne ménage aucun effort pour convaincre les Occidentaux de revenir dans son coin de pays. « Les gens pensent que l'île a été rasée ou qu'il y a des épidémies », déplore Mme Pindradab.
Chômage forcé
Dans l'île de Phuket seulement, on estime que 200 000 personnes travaillent de près ou de loin dans l'industrie touristique. Plusieurs se retrouvent aujourd'hui sans emploi, parce que leur lieu de travail a été détruit ou parce que les touristes ne sont pas assez nombreux pour justifier leur salaire.
«En janvier, le taux d'occupation des hôtels était de 7 %, alors que d'habitude il n'y a pas assez de chambres pour répondre à la demande, explique Mme Pindradab. Aujourd'hui, le taux d'occupation approche les 50 %.»
Faux, selon Mathias, quinquagénaire allemand croisé sur la plage de Patong. «Je viens souvent ici et, selon moi, seulement 10 % des touristes sont revenus.»
Revenus à la baisse
Quoi qu'il en soit, l'absence des touristes fait mal, d'autant plus que le tsunami a frappé juste au début de la haute saison touristique. «Je ne sais pas comment je vais faire pour vivre pendant la basse saison, explique Prateep Sripolnok, chauffeur de taxi. Je ne gagne pas l'argent que je prévoyais pour pouvoir payer la maison et l'école de mes deux garçons.» La compagnie de limousines pour laquelle il travaille lui paie un salaire de 3500 bahts par mois (environ 110 $CAN). L'essentiel de ses revenus provient des commissions qu'il touche pour chaque transport.
L'an dernier à la même date, il pouvait faire 10 fois l'aller-retour entre l'aéroport et les hôtels. Maintenant, lorsqu'il transporte cinq clients, la journée est bonne. «Ma femme travaillait au Holiday Inn de Patong, raconte-t-il. L'hôtel a été détruit et elle ne sait pas si elle va retrouver son emploi un jour.» Le destin a malgré tout épargné cette petite famille. Le chauffeur de taxi s'apprêtait à descendre la colline qui surplombe Patong quand la vague meurtrière a frappé. Sa femme, en congé ce jour-là, devait emmener les enfants à la plage, mais elle s'est ravisée à la dernière minute.
Peur des fantômes
Conscient qu'il faudra du temps pour que les étrangers reviennent en aussi grand nombre qu'auparavant, le gouvernement multiplie les efforts pour attirer les Thaïlandais à Phuket. «Ça ne fonctionnera pas, prédit Prateep Sripolnok. Les Thaïlandais ont peur des fantômes. Plusieurs chauffeurs de taxi ne veulent pas aller à Patong ou à Kamala le soir. Moi, je n'ai pas peur des fantômes, mais je sens leur présence.»
À Patong, le paysage porte encore les marques du cataclysme: arbres à l'écorce arrachée, fils électriques qui pendent, hôtels placardés... Selon Mme Pindradab, seulement 10 % des hôtels sont toujours en travaux. Une estimation qui semble pour le moins optimiste...
Étonnamment, les petites entreprises semblent s'être remises plus rapidement de l'épreuve: les restaurants qui font face à la mer sont presque tous rouverts, sauf le McDonald's, encore décoré de sa banderole «Bonne année».
Les vendeurs de souvenirs ont aussi repris leur place et plusieurs ont décidé de profiter de la situation. Déjà, les t-shirts rappelant le passage du tsunami ont fait leur apparition. Pire, au milieu de la panoplie habituelle de DVD de contrebande et de fausses Rolex, on trouve dorénavant des photos prises dans les heures qui ont suivi le drame. Pour une somme équivalant à 2,50 $, le visiteur peut rapporter comme souvenir un cliché montrant la plage jonchée de cadavres.
ESTIMATION PAR PAYS D'ORIGINE DU NOMBRE DE VICTIMES DU TSUNAMI EN THAÏLANDE
- Allemagne: 647
- Suède: 548
- Norvège: 84
- Japon: 45
- Canada: 20
- Nombre de victimes étrangères en Thaïlande: 3000
- Pays d'origine des victimes : 34
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