Un mensonge historique

Lettre de Michel Gaudette, historien, publiée ce matin dans le journal Le Devoir :

« À chaque nouvelle nomination d'un gouverneur général, la tradition politique canadienne laisse entendre que ce poste serait en droite ligne de succession avec Samuel de Champlain, premier gouverneur de la Nouvelle-France. Ainsi, Michaëlle Jean serait donc dans la succession de Samuel de Champlain?

En tant qu'historien, je qualifie cette prétention du plus grand mensonge politique du Canada-anglais sur le dos du Québec. Par une telle prétention, le Canada anglais semble vouloir tout ignorer de la cassure historique de 1763. Ainsi, le gouverneur Murray, premier gouverneur anglais après la Conquête de 1763, ne peut prétendre être le successeur du dernier gouverneur de la Nouvelle-France conquise, puisqu'il y a ici un changement majeur sur le plan de l'allégeance.

Murray prête allégeance à la couronne britannique, ce qui est différent pour tous les gouverneurs précédents de la Nouvelle-France qui ont prêté allégeance à la couronne française du temps. La lignée de succession pour le gouverneur général d'aujourd'hui se situe en droite ligne avec Murray, et non avec Champlain, puisque l'on y prête allégeance à la couronne britannique, n'est-ce pas ?

Ainsi, le gouverneur général d'aujourd'hui ne peut être dans la succession de Champlain, puisqu'il y a eu changement d'allégeance en 1763, et d'autant plus puisque Québec se voit soutirer sa capitale nationale qui glissera en douce vers l'Ontario, en passant par Montréal et Kingston, pour aboutir à Ottawa. Ici, le sens de la culpabilité canadienne-anglaise aura fait que l'on maintienne une résidence pour le gouverneur général à la Citadelle de Québec ! Voilà l'essence d'un affreux mensonge historique...

Quant au poste de gouverneur général, on prétend qu'il représente tous les Canadiens. Cela est une affirmation gratuite dans le sens où le peuple n'a jamais choisi une telle institution pas plus qu'il n'a voté pour la créer. Le poste apparaît d'autant plus absurde que le premier ministre canadien qui est élu choisit une autorité qu'il met au-dessus de lui-même au nom de la couronne britannique. Un élu n'a d'autre autorité que le peuple qui l'a élu. »

Publié par Philippe Lange le 22 août 2005 à 11:35 AM TrackBack Commentaires (34)