Une leçon que le Québec doit retenir

« J'en suis venu à la conclusion que le débat a assez duré. Il n'y aura pas de loi de la charia en Ontario. Il n'y aura pas d'arbitrage religieux en Ontario. Il y aura une loi pour tous les Ontariens ».
 
Cette déclaration du Premier Ministre ontarien Dalton McGuinty, devrait être sérieusement méditée par les citoyens du Québec, y compris leurs élus. Contrairement à la résolution de l'Assemblée Nationale initiée par Fatima Houda Pépin et adoptée à l'unanimité le 26 mai dernier, qui interdit « tout tribunal dit islamique » au Québec, il y a dans cette déclaration quelque chose de plus prometteur pour l'avenir de la laïcité d'une part et d'autre part, elle donne le ton pour une réflexion sur les excès du multiculturalisme canadien. 

J'en tire de cette déclaration un courage politique qui aurait pu être aussi celui de Fatima Houda Pépin et ses collègues si simplement dans le texte de la résolution on avait remplacé le mot « islamique » par le mot « religieux ». Si par la résolution du 26 mai de l'Assemblée Nationale, on voulait passer un message à l'Ontario, c'est plutôt l'Ontario maintenant qui semble envoyer un message plus clair et plus juste au Québec.
 
Le vrai débat, n'est pas « y a t-il ou non une place à la charia au Canada? ». Aucun laïque et démocrate qui se respecte ne peut remettre en question la décision de l'Ontario. Mais, dans son fondement, le débat doit rappeler à l’ensemble des citoyens les principes de séparation de la religion des affaires de l'État. Rappeler que la justice repose sur des principes d'égalité et d’équité qui dépasse les cadres religieux. Tant que le débat sur la laïcité au Québec et au Canada se cache uniquement derrière des gestes d'exclusion, il n'avancera pas. Dans l'esprit de la déclaration de Dalton McGuinty, il y a une initiative d'inclusion que je salue.     
 
La déclaration du Premier Ministre ontarien Dalton McGuinty n'est pas encore une loi ni une résolution. J'espère qu'elle ne vise pas uniquement à calmer une partie des électeurs de l'Ontario. Monsieur McGuinty a promis que son gouvernement déposerait un projet de loi pour interdire l'arbitrage religieux « aussitôt que possible ». Le plus tôt serait le mieux. Si une telle loi est adoptée, c'est le Québec alors, qui devra tirer une leçon de l'Ontario.
 
J'ose croire que, parmi nos élus du Québec, plusieurs sont prêts à avancer le débat de la laïcité dans le respect de toutes les religions.

Publié par Mohamed Lotfi le 13 septembre 2005 à 10:47 AM TrackBack Commentaires (13)