Vers un dangereux précédent

Isabelle Baez nous informe de la situation de Hassan Almrei, qui est détenu à Toronto à cause des fameux certificats de sécurité. Il nous fait plaisir de diffuser son texte ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.

Vers un dangereux précédent

Nous voici donc au 73e jour de grève de la faim d'un homme, formellement accusé de rien ou de tout, va savoir, puisqu'il n'y a pas moyen d'en être informé. Cet homme est confiné à l'isolement, ne peut sortir à l'air libre que 20 minutes par jour et porte un uniforme de prisonnier pour qu'on soit bien certain que pendant ces 20 minutes-là, on ne le confonde pas avec un prisonnier «normal». Cela se passe en Chine? En Turquie? Aux États-Unis? Mais non, cet homme est Hassan Almrei, réfugié syrien et il est détenu à Toronto, dans notre beau pays!

Pourquoi est-il en train de se laisser mourir de faim, ne buvant que de l'eau et un peu de jus depuis 10 semaines? Parce que ses genoux le faisant beaucoup souffrir, il demande, sur l'avis même du médecin de la prison, l'autorisation de pouvoir faire un peu d'exercice à l'extérieur 1 heure par jour. Les appels à l'aide se succèdent, les manifestations en appui aussi, à Montréal, comme à Toronto : rien n'y fait. On s'achemine donc vers un précédent au Canada : laisser un prisonnier mourir de faim. On se souvient du tollé qu'avait provoqué en Grande-Bretagne, en 1981, la mort de Bobby Sand et de 9 de ses compagnons. C'était la méthode Thatcher. Et j'ai honte, mais vraiment honte, d'être citoyenne d'un pays où l'on applique de telles méthodes.

Si Almrei était un canadien qui avait commis un homicide, volontaire ou non, au 1e, 2e ou 3e degré, il porterait des vêtements civils, ne serait pas isolé dans une cellule de 9 pieds par 12 depuis bientôt 4 ans et pourrait sortir à l'air libre plus longuement. Mais il est détenu sous un de ces fameux certificats de sécurité, aberration qu'a permis la paranoïa suivant le 11 septembre.

Supposons qu'on adhère à la «logique» de ces certificats, qui voudrait que Almrei soit enfermé pour notre sécurité, en quoi le fait de porter un uniforme bleu, vert, orange ou des vêtements civils change-t-il quoi que ce soit à notre sécurité? Qu'il sorte de sa cellule plus de 20 minutes par jour met-il le peuple canadien en danger? À noter qu'auparavant, Almrei a déjà dû faire la grève de la faim pour obtenir une paire de chaussures et… du chauffage en hiver.

Il est clair que le gouvernement canadien n'a pas ici à cœur notre sécurité, mais plutôt qu'il tente, par tous les moyens, d'intimider cet homme, comme il le fait d'ailleurs pour les autres personnes incarcérées sous un certificat de sécurité.

Il est établi qu'un être humain meurt au plus tard à la 12e semaine d'une grève de la faim. Dans le cas présent, nous en sommes à la 11e semaine. Le gouvernement persiste cependant dans son refus de céder aux demandes humanitaires de Hassan Almrei. Il va donc mourir. Ne rien faire, ne pas protester rapidement, c'est y consentir!

Isabelle Baez
Enseignante à l'UQÀM

Publié par La Tribu du Verbe le 04 septembre 2005 à 12:22 PM TrackBack Commentaires (12)