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Sherbrooke, le 17 octobre 2005. En tant que société de droit, axée sur le développement économique et social, prenons-nous vraiment en compte les besoins en eau potable des familles québécoise ? Actuellement, plusieurs de ces familles doivent composer avec des problèmes majeurs d’approvisionnement en eau potable. Les situations qui emmènent des problèmes d’accès à l’eau potable, peuvent différer d’une famille à l’autre. Toutefois, les conséquences restent les mêmes et ne peuvent qu’entraîner des impacts négatifs sur la condition sociale de ces familles. Que ce soit parce que le parachèvement ou la réfection de notre réseau d’aqueduc n’a pu être complété faute d’investissements, ou encore, parce que l’accès à l’eau potable est économiquement inaccessible pour nous . Vivre sans eau potable à la maison, c’est toujours extrêmement complexe. Il est difficile pour ceux qui n’ont pas vécu cette situation de se mettre dans la peau d’une famille privée d’eau. La plupart des gens n’osant imaginer cette situation intolérable au Québec, la discussion sur le sujet s’en trouve d’autant plus restreinte.
L’accès à l’eau potable est un facteur déterminant de la santé, aucun être vivant ne peut en être privé sans s’exposer à la maladie ou éventuellement à la mort. Leurs systèmes immunitaires étant habituellement plus faibles, les enfants et les aînées sont particulièrement vulnérables aux maladies d’origine hydrique. Les maladies d’origine hydrique sont principalement reliées au système gastrique. Le cas de la Ville de Walkerton, ville Ontarienne de 5000 habitants, est un bel exemple canadien des ravages que peut faire ce type de maladie, la présence de la bactérie e-coli dans l’aqueduc de la ville avait entraîné 2500 personnes dans la maladie et quelque 750 autres citoyens dans la mort. L’éventualité que des enfants et des aînées puissent manquer d’eau, au Québec, peut vous sembler saugrenue et tout à fait illusoire, c’est pourtant là notre triste réalité. Plusieurs familles québécoises rêvent d’avoir accès à de l’eau potable à la maison, mais cela reste bien souvent pour elles un objectif lointain et plutôt incertain. Elles sont souvent réduites à acheter à de l’eau embouteillée à fort prix et même parfois consommer des eaux ayant un aspect repoussant pour tous leurs besoins domestiques. Au lieu de subvenir à leur besoin fondamental d’accès à l’eau potable, nous ouvrons la porte à la commercialisation de la ressource, espérant ainsi augmenter notre rayonnement international. Nul doute que le commerce de l’eau potable peut être très lucratif, mais le Québec n’étant pas une entreprise, nous devons d’abord et avant tout mettre en priorité, les droits économiques et sociaux des familles de la province, avant de commercer cette ressource naturelle.
La question de l’éthique de l’eau, au Québec, s’en préoccupe t-on vraiment? La Ligue des Droits et Libertés (section Estrie) s’est penchée sur cette question. Nous acceptons en tant que société l’exportation de 130 millions de litres d’eau potable provenant du Québec vers la Chine. Pourtant, à quelques kilomètres de cette même source, plusieurs familles sont privées d’eau potable. L’objet de ce contrat d’exportation étant strictement commercial, le seul et unique but c’est le profit de l’exportateur. Nous le précisons ici, car une exportation d’eau potable à caractère humanitaire aurait apporté une toute autre dimension à la problématique. Malgré le fait qu’un peuple ne peut être privé de ses propres moyens de subsistance, la législation québécoise permet au propriétaire d’une source d’eau souterraine d’en disposer comme bon lui semble. Voilà une situation des plus préoccupantes, d’autant plus que dans l’éventualité où les propriétaires des sources d’eau potable souterraines proviendraient majoritairement du privé plutôt que du public, rien ne les obligeraient à distribuer l’eau potable du Québec au québécois. Fédérico Mayor, directeur général de l’UNESCO de 1987-1999, mentionnait à ce sujet dans le document, Pour une éthique de l’eau ; Si les mécanismes du marché en venaient à régner sans partage, qu’adviendrait-il du rôle de la puissance publique ? Comment pourrait-elle exercer sa responsabilité en matière de justice sociale, en particulier vis-à-vis de tous ceux dont la soif d’eau potable n’est toujours pas étanchée ? La Ligue des Droits et Libertés (section Estrie), désire mettre en garde les citoyens du Québec contre de telle pratique de commerce. Celle-ci pourrait causer préjudices aux familles à faible revenu et se révéler contraire aux normes internationales, en matière de droit de la personne. Ces familles devront, en ce cas, confronter leur droit à l’eau potable face aux pratiques de la province en matière de réglementation et aux pratiques commerciales des exportateurs d’eau. Vu les sommes d’argents faramineuses que de telles confrontations nécessiteront, les familles plus démunies s’y trouveront assurément perdantes et ce même avant le début des procédures.
Eric Lachance
Ligue des Droits et Libertés (section Estrie)
(819) 346-7373
ldlestrie2005@yahoo.ca
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