Québec, oh! Québec

J'ai déjà exprimé mon sentiment quant à l'existence du Québec, ailleurs sur ce blogue; j'accordais une place privilégiée à la langue. Nous recevons aujourd'hui, via Le Devoir, quatre lettres, dont celles de Stéphane Dion et Bernard Landry, une de Gilles Paquet sur le refus de Raymond Lévesque du fameux prix (voir aussi autre blogue) et une autre commentant le Manifeste. Bernard Landry rappelle essentiellement les contextes des deux référendums. Gilles Paquet reproche à Lévesque son refus du prix en utilisant une des chansons, "Quand tu vivras d'amour" pour retourner le propos et montrer que Lévesque se contredit. Bien, laissons. Stéphane Dion, lui, cherche aussi à montrer que les séparatistes sont en pleine contradiction. Une analyse des trois lettres, celle de Landry, de Dion et l'autre au sujet du Manifeste montre que l'économie occupe une grande place.

Stéphane Dion évite complètement toute la question de l'empiètement du fédéral sur les pouvoirs provinciaux depuis belle lurette; évite aussi toute la question de la centralisation du pouvoir, de la fausse démocratie (ah! non, par exemple, la démocratie marche bien ici, voyons; le pouvoir n'est pas réellement entre les mains de M. Martin, voyons, tout cela ce sont des élucubrations de journalistes). Evite aussi ce que B. Landry mentionne, à savoir :

"Nous avons appris plus tard qu'avaient été violées non seulement l'éthique et la légitimité, mais aussi des lois et des règles fédérales. Quand nous avons perdu avec un résultat moins que déshonorant, nous ne savions pas aussi bien qu'aujourd'hui que les moyens employés contre nous par l'État canadien l'étaient. Quand nous avons appris en particulier qu'en accélérant le rythme normal des tribunaux d'immigration dans des dizaines de milliers de cas - une des ingérences les plus répugnantes qui se puisse faire en démocratie -, il est devenu clair que l'adversaire était d'un cynisme total et pensait que son objectif l'autorisait à tout.

Tout cela était disgracieux et déloyal, mais il était alors difficile, tout en souscrivant au verdict de «l'argent», d'en mesurer complètement les effets. Cela est devenu plus clair à la lumière des questions du Bloc québécois en Chambre, en entendant les témoins à la commission Gomery et enfin à la lecture de l'excellent ouvrage de Robin Philpot, Le Référendum volé. "

Stéphane Dion évite tout cela et redit en somme que le Canada est la meilleure fédération au monde, que le Canada actuel malgré ses imperfections doit être préservé; qu'il y a des chicanes de partage des recettes, mais que cela est de bonne guerre.

"En 1993, tous les gouvernements de notre fédération accumulaient des déficits inquiétants. Depuis, ils gravitent autour de l'équilibre budgétaire. Il y a dix ans, les leaders du OUI nous disaient de sortir du Canada en raison des déficits; maintenant, ils nous y invitent en raison des surplus. Ils n'ont aucune cohérence, sinon celle de leur idée fixe pour la sécession.

Cette idée fixe, ils la nourrissent de modes intellectuelles qu'ils captent au vol. Quand l'adoption du dollar américain et l'«union confédérale à l'européenne» étaient des idées populaires, ils les transformaient en arguments pour la sécession du Québec. Ils les abandonnent quand elles se démodent. Pendant ce temps, le Canada, lui, n'est pas passé de mode. Il existe toujours et nous sert très bien.

La fédération idéale n'existe pas et le pays parfait non plus. Il y aura toujours des désaccords au Canada, des arbitrages difficiles qui entraîneront leur part de frustrations. Mais le tableau d'ensemble est extraordinaire: il est indéniable que nous avons bâti avec les autres Canadiens un pays admirable qui représente pour l'avenir un atout précieux, qu'il nous faut toujours améliorer et transmettre à nos enfants et aux générations futures."

Evidemment, il n'y a chez ceux et celles qui désirent un Québec-pays aucune cohérence; ce sont des girouettes qui suivent des modes, intellectuelles svp. Voir, et à quoi le fédéral dirigé par des résidents ou d'anciens résidents de la province de Québec (Martin, Chrétien, Mulroney, Trudeau) nous a-t-il habitués : la fin justifie les moyens; tous les moyens sont bons pour notre cause.

Ce que je déplore en tout cela, c'est qu'il n'y ait eu aucune réflexion sérieuse - à ma connaissance - sur la langue et la culture; surtout sur le fait de la langue comme lieu propre de l'esprit d`une communauté; sur la nécessité d`une communauté langagière; sur le fait français dans le plus beau pays (taux d'assimilation hors Québec, indice que le français va devenir folklorique hors Québec); que la maîtrise de tous les pouvoirs politiques est fondamental pour la survie d'une culture et d'une langue; que le Canada n`est pas multiculturel. Et pas bi-culturel, et pas bilingue, et ainsi de suite.

Jean de Cuir

Publié par Hermès le 29 octobre 2005 à 11:21 PM TrackBack Commentaires (5)