![]() |
![]() |
|

C’est fait, André Boisclair a été couronné roi des péquistes et tous les citoyens du Québec doivent en tirer les conclusions. Jamais l’équipe d’un politicien québécois n’avait poussé aussi loin son marketing électoral au point de vider de toute substance le produit, André Boisclair, afin de vendre à travers les médias. C’est la consécration de la troisième phase de la démocratie au Québec, une phase qui se distingue de la seconde en prenant ses distances avec les bases militantes, avec les grosses machines électorales, avec l’idée de partis politiques s’appuyant sur des bases populaire par leur présence physique dans une pluralité de lieux et d’institutions au sein de la société et qui s’en remet exclusivement à l’image d’un chef.
On qualifiait le comédien Ronald Reagan de président-téflon tellement toutes les accusations qu’on lui portait, même véridiques, ne pouvaient coller à son image "parfaite". Difficile de ne pas faire le lien entre ce Reagan, issu d’un État aujourd’hui gouverné par Arnold Schwarzenegger, et André Boisclair pour lequel on entend des appuis tels que : « malgré tout ce qu’on dit sur lui, il me semble que c’est une bonne personne ». Pas surprenant que des oppositions se soient manifestées contre ce candidat-téflon même au-dehors du Parti Québécois (PQ) chez des citoyens soucieux du degré de profondeur que connaîtra la politique québécoise dans les prochaines années. Dans un scrutin par téléphone où la course à la chefferie du PQ se confond avec la méthode de votation de Star Académie, on ne peut que s’étonner que la direction du parti n’ait pas décidé de procéder chaque semaine à l’élimination d’un candidat après le débat du mercredi soir.
L’engouement que suscite Boisclair est de même nature que celui dont avait bénéficié un moment Mario Dumont, chef de l’ « ADQ-Équipe Mario Dumont ». La recette est simple : l’image impeccable d’un chef qui incarne la jeunesse, la beauté et l’honnêteté (que cela soit vrai ou faux) et l’absence de positions claires. Ainsi, Dumont avait eu l’idée géniale de ne plus prendre position sur la question nationale. Ceci lui avait amené une popularité subite sans précédent qui s’est évaporé tout aussi rapidement lorsqu’il a prêté serment au Canadian Club à Toronto. Son erreur n’était pas un soi-disant choix fédéraliste mais le simple fait de s’être remis à faire de la politique au lieu de soigner son image sans faire de vague. Les conseillers de Boisclair, eux, n’ont pas commis cette erreur.
Les progressistes doivent quitter le Parti Québécois car ce n’est pas les histoires de cocaïnes de l’ancien ministre qui fait craindre pour le futur de notre société mais bien ce que démontre l’élection à la chefferie d’un personnage pragmatique tel qu’André Boisclair; un échiquier politique constamment plus à droite. Cela n’aura pas échappé aux membres du club politique SPQ-Libre à l’intérieur du PQ. Ceux-ci ont tenté une manœuvre désespérée en s’alliant à une Pauline Marois qui, à défaut d’être progressiste, recherchait tout aussi désespérément des appuis dans une course à la chefferie où elle tirait de l’arrière. Néanmoins, l’élection de Boisclair aura eu au moins un effet bénéfique pour tous les citoyens, celui de clarifier la scène politique québécoise : le Parti Québécois est un parti de droite et la gauche n’a plus de prise sur lui. Récemment encore chef et ministre de ce parti, Lucien Bouchard et Joseph Facal ont eux aussi contribués à cet éclaircissement en signant un manifeste néolibéral.
Les progressistes ne doivent plus céder au vieux chantage péquiste qui est parvenu a kidnapper le projet d’indépendance du Québec et qui au fil des ans, en aura fait une marque de commerce, une fin plutôt qu’un moyen, un projet vide. Le PQ propose un État mais pas de pays. Il propose de remplacer une feuille d’érable par une fleur-de-lys sans que cela ne se traduise en transformation plus profonde. Il propose une indépendance bidon, fabriquée à coups de slogans réducteurs et de relations publiques, un projet élitiste et essentiellement publicitaire indigne des Québécois-es; une indépendance-tupperware.
La volonté indépendantiste n’est pas né avec le Parti Québécois. Avant lui, le Rassemblement pour l’Indépendance nationale (RIN) avait largement disséminé cette idée dans la population du Québec. Or, ce petit parti politique, qui par son interférence avait fait perdre l’élection de 1966 au Parti Libéral du Québec, était né à Morin Heights d’une fusion entre le Mouvement Socialiste (où l’on trouvait de nombreuses personnalité regroupées autour de la revue de gauche Parti Pris) et l’Alliance Laurentienne (héritière d’un vieux nationalisme fondé sur la langue et la foi). Plus tard, ce parti s’était sabordé et avait enjoint ses membres à rejoindre le jeune et dynamique Parti Québécois qui proposait à cette époque un projet de société auquel la gauche québécoise apportait un élément indispensable. C’est donc en se liant à un idéal de gauche que le PQ a pris son essor. Trente ans plus tard, il y a longtemps que les mouvements sociaux ont quitté ce parti et que l’aile gauche déprimée n’y exerce plus qu’une influence négligeable.
En 2006, les progressistes québécois rejoindront le nouveau parti politique qui naîtra en janvier de la fusion de l’Union des Forces Progressistes et d’Option Citoyenne (UFP/OC). Cette nouvelle formation connaît actuellement une grande effervescence en vertu de sa capacité à intégrer des idées nouvelles. Réunion de l’expérience politique et d’un vaste mouvement citoyen, on y retrouve déjà l’enthousiasme contagieux d’un regroupement de Québécois de plusieurs horizons qui ont accepté à l’unanimité d’abandonner leur étiquette respective afin de se travailler à la constitution d’une véritable alternative pour la société québécoise. Loin du sectarisme infertile et des divisions ayant miné trop souvent les initiatives de la gauche, le nouveau parti permet la rencontre de progressistes, d’environnementalistes, de féministes, d’altermondialistes, d’anglophones, d’une grande proportion de personnes issues des communautés culturelles ainsi que de membres habitant tout autant des milieux urbains que des milieux ruraux. Le nouveau parti UFP/OC risque fort bien de recevoir très tôt l’appui de divers mouvements sociaux, de syndicats, de l’aile de gauche marginalisée du Parti Québécois (rappelons que le SPQ-Libre a déjà tenu des conférences conjointes avec l’UFP/OC) et pourquoi pas de certains libéraux honnêtes citoyens bien conscients des incohérences du PQ et brusqués par les politiques rétrogrades du gouvernement Charest.
L’indépendance que défendra le nouveau parti de gauche sera tributaire d’une assemblée constituante sensible aux possibilités qu’offre la démocratie participative et non pas d’une stratégie électoraliste élaborée par quelques individus au sein d’un parti. En outre, l’indépendance deviendra un outil dans la réalisation d’une société plus juste et qui saura s’inspirer des avancées actuelles au niveau mondial plutôt que de sombrer dans « l’aplatvantisme » que suggèrent les secteurs de droite, hypnotisés par un modèle anglo-saxon qui requiert la destruction du modèle de société original construit par les Québécois-es depuis la Révolution tranquille. Si le Québec choisissait la voie que propose actuellement Lucien Bouchard et André Boisclair (qui somme doute, ressemble fort à celle de Jean Charest et de Paul Martin), le projet indépendantiste perdrait toute sa substance et par ce fait même, sa raison d’être.
Publié par Guilherme d'Amérique le 15 novembre 2005 à 11:01 PM
TrackBack
Commentaires (121)