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Si l'on désire que les gens délaissent l'automobile pour les transports en communs, il faudrait peut-être améliorer la convivialité du service et investir ailleurs que dans des caméras de surveillance pour contrer de très hypothétiques attentats terroristes. Line Bonneville nous fait justement parvenir un texte sur le sujet, qu'il nous fait plaisir de diffuser ici en vous invitant, comme toujours, à nous envoyer vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.
L'effet sardines
Pendant 15 ans, j'ai occupé un emploi à Montréal, ailleurs qu'au centre-ville; comme c'était à distance de marche de chez moi, je me rendais au travail à pied, une marche de quelque 30 minutes, ou j'avais un lift de mon chum, quand ça adonnait: quatre minutes, pas plus, pour être prête à travailler. Le soir, retour de l'une ou l'autre manière.
Mais depuis six mois, je travaille au centre-ville. Pas question d'utiliser la voiture; ça coûte les yeux de la tête et de toute façon je suis contre, ce serait ridicule. Plus question de marcher toutefois. Je suis à Hochelaga-Maisonneuve, c'est trop loin. Le vélo, hélas, à 50 berges je n'ai plus la forme et la circulation me stresse trop. Donc, retour aux... transports en commun.
Les transports en commun c'est l'autobus con à plancher bas, ou le métro à bestiaux surchauffé. En compagnie - très très en compagnie! - de mes concitoyens et concitoyennes. J'ai compris rapidement pourquoi y a tant de bagnoles sur la route. Serait-pour éviter de se taper...
1. L'attente
Vous commencez par attendre. C'est l'heure de pointe, vous êtes un citoyen actif qui fait "marcher" la société, mais qu'à cela ne tienne: vous allez attendre qu'un wagon veuille bien s'avancer. Vous êtes sur le quai de la station Viau, à 8h30 du matin, un 3e train vient de passer - VIDE - en direction Est, sous votre nez et celui des 150 personnes qui poireautent avec vous pour aller vers l'ouest. Enfin, 6 minutes après votre arrivée, le train arrive.
2. L'effet sardines
Il arrive, oui, mais il est PLEIN. Vous êtes debout serré-serré parmi la foule catatonique qui feuillette, crac, crac, crac, le prospectus illustré de Québécon et vous vous demandez si ce matin c'est encore un élève au volant qui conduit: si oui, il y aura tout plein de coups de frein-éclair, de démarrages et d'arrêts en saccades, à moins de la variante arrêt-entre-deux-stations-sans-annonce-au-micro sous le ventilateur qui souffle un air chaud sentant vaguement le pet, décoiffant plaisamment les voyageurs. Qui sont nombreux! Qui n'ont pas tous eu le temps de prendre une douche depuis les derniers jours, ou de faire une petite brassée de lavage depuis les dernière semaines. Vous savez que quelqu'un parmi cette foule a mangé des frites, et des oignons frits, très frits, en fumant beaucoup. Il y en a aussi qui ont fait l'amour comme des bêtes, parce que ca sent vraiment le bouc (et la chèvre). Ça ne sent pas la sardine mais vous êtes tout de même entassés comme des.
3. La bonne chaleur
Il fait CHAUD. Il fait chaud l'été, quand c'est 35 degrés dehors, et que vous ne pouvez plus rien enlever sans que la police vous arrête pour grossière indécence. Il fait aussi chaud, sinon plus, l'hiver, quand vous avez votre doudoune à collet de fourrure, votre foulard, etc. et que vous êtes en sardines avec les autres voyageurs, dont certains n'ont pas eu le temps de laver leur parka depuis les dernières années.
4. Les surprises
"Ding-dong! Code 132, code 132 - communiquez". Vous êtes bons pour la marinade totale: un connard a décidé de mettre fin à ses jours ce matin dans le métroooo, pour être sûr d'avoir son 15 minutes de gloire. Ça y est, là vous vous dites: fuck le métro, dès demain je prends l'autobus. L'autobus à plancher bas.
Tout d'abord, quelques postulats.
Ceux qui ont conçu l'autobus à plancher bas :
1. N'utilisent jamais les transports en commun.
2. Utilisent encore moins l'autobus à plancher bas.
3. Ont pensé aux parents qui trimbalent des bébés en poussette.
4. Ont pensé aux personnes en chaise roulante.
5. Ont pensé au confort des chauffeurs d'autobus qui passent des heures dans leur siège de conduite.
6. Ont pensé aux personnes âgées ou à mobilité réduite.
Quant aux autres, ils sont en pleine forme et n'ont aucun problème, donc il n'ont qu'à se la fermer, les chanceux.
L'expérience de l'autobus à plancher bas commence par les points 1, 2 et 3 plus haut. Faut rajouter un nouveau point 4: l'allée centrale de ce véhicule mal foutu, prévue au départ pour permettre aux voyageurs de circuler ou de se tenir debout (n'oublions pas: sardines!!) se transforme chaque matin en parking à poussettes pour enfants qui ne marchent pas. Attention! Je parle ici d'enfants dont le seul handicap est d'être dotés de parents imbéciles persistant à trimbaler des enfants de 4 ans en poussette. (Faudrait pas qu'ils marchent ces pauvres petits: il pourraient arriver déjà fatigués à la garderie, et alors, s'ils rencontrent des traces d'arachides ou des gras trans... Brrrr!! Je n'ose y penser).
Les personnes en chaises roulantes évitent soigneusement les autobus à plancher bas, surtout en hiver. Elles préfèrent de loin continuer à utiliser le transport adapté, merveilleusement conçu à cet effet et très efficace.
Les personnes âgées ou à mobilité réduite n'ont jamais de place pour s'asseoir parce qu'il n'y a presque pas de bancs et que les plus proches de la porte d'entrée sont occupés par des jaseux-de-chauffeur qui ne s'aperçoivent même pas qu'il y a quelqu'un d'autre dans l'autobus.
Notons que l'autobus à plancher bas a quand même aussi un plancher haut, tout au fond, une sorte de mezzanine, de salon semi-privé pour adolescents baveux, remarquablement casse-gueule pour les passagers non avertis grâce à ses marches mal visibles.
Le chauffeur de l'autobus jouit d'un siège ultra-ergonomique, bien isolé du reste du véhicule, bien entouré d'appareils de chauffage, ce qui lui permet d'ignorer - grand bien lui fasse! - le sort de ses passagers.
Reste le passager (il faut dire l'usager, car il use du service de tranport en commun).
Le passager est intelligent. Il est d'ailleurs plus intelligent que les autres citoyens, en particulier ceux qui se déplacent en voiture: c'est une publicité qui l'a dit, il y a quelques années. Une publicité que les automobilistes ne voyaient pas, pour éviter de leur faire de la peine, car elle n'était affichée que dans les transports en commun.
C'était un secret que les passagers partageaient entre eux: bien tassés comme des sardines dans une canne qui brasse, je suis certaine que comme moi aujourd'hui, ils devaient arborer un sourire arrogant, supérieur, parce qu'ils faisaient déjà, eux, sans le savoir, leur part pour Kyoto.
Je suis certaine que lea automobiliste qu'on voit chaque matin seuls dans leur voiture, immobilisés dans les embouteillages qui ceinturent la ville, se sentent bien nonos, bien inférieurs aux sardines.
Réactions, s'il vous plaît!
Line Bonneville
Publié par La Tribu du Verbe le 01 décembre 2005 à 11:08 AM
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Commentaires (9)