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Le 25 novembre dernier, 3 jours avant le lancement officiel de la grande guignolée des médias à Montréal, les représentants des groupes de lutte à la pauvreté ont reçu un communiqué de presse en provenance du cabinet de la Ministre de l'Emploi et de la solidarité sociale, Michelle Courchesne, annonçant que les prestations des personnes assistées sociales dites "aptes au travail" ne seraient indexées qu'à la moitié de l'augmentation du coût de la vie en 2006.
En 2005, faute d'avoir été indexée adéquatement et annuellement au coût de la vie, la prestation d'aide sociale pour une personne ne présentant pas de contraintes sévères à l'emploi est de 537$ par mois. Elle serait minimalement de 793$ par mois si elle avait été aussi indexée à chaque année depuis la fin des années '80. L'appauvrissement des personnes les plus pauvres de notre société est essentiellement le fait de choix politiques délibérés, et ce depuis plus de 20 ans.
Au sein de ce groupe sélect des personnes dites "sans contraintes sévères à l'emploi", on retrouve environ 260 000 adultes, catégorisées non pas sur les aptitudes de ces personnes, mais bien sur leur santé physique. De ces personnes, le gouvernement a affirmé dans deux lois successives (Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale et Loi sur l'aide aux personnes et aux familles) qu'elles étaient : "...les premières à agir pour transformer leur situation et celle des membres de leur famille". Une fois cette affirmation faite, et ce dans le cadre de lois québécoises, comment le gouvernement pourrait-il justifier le maintien d'une politique d'appauvrissement annuel pour plus des trois quarts des ménages à l'aide sociale?
La réponse du gouvernement est on ne peut plus surprenante : "C'est en s'appuyant sur le Plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, qui sous-tend un investissement de 2,5 milliards de dollars sur cinq ans, que nous agissons de façon à améliorer de façon durable la situation des Québécois les plus démunis»
Tout en reconnaissant résolument la nécessité d'aider les familles et les travailleurs et travailleuses à faible revenu, grands gagnants du plan d'action, bon nombre de groupes de lutte à la pauvreté ont décrié ce dernier depuis sa parution en 2004. La raison de cette opposition est que, dans la réalité, le gouvernement n'aide qu'une minorité de personnes, et encore là ce ne sont pas nécessairement les plus pauvres. De plus, la réthorique gouvernementale est efficace: 2,5 milliards sur 5 ans impressionnent plus que 500 millions par année, d'autant plus que deux des cinq années dont on parle sont déjà derrière nous.
La réalité de l'aide sociale, c'est que 65,8% des personnes assistées sociales sont des personnes seules. Encore une fois, la question n'est pas ici d'affirmer que les familles ne méritaient pas une aide accrue du gouvernement. Au contraire. Il faut simplement que le gouvernement Charest cesse de tordre la vérité pour la rendre plus acceptable. En deux ans, les personnes les plus démunies, comme se plaisent à les appeler les politiciens -histoire d'éviter le mot "pauvres"- ont continué de s'appauvrir en ne voyant pas leur prestation indexée en entier. D'abord de 14 millions en 2005, puis de 29 millions pour 2006, selon les estimations du gouvernement. Cela fait donc 43 millions qui n'ont pas été affectés à l'indexation des prestations d'aide sociale pour ces seules années.
Ainsi, 3 jours après cette annonce très discrète par le gouvernement, la Grande Guignolée des médias prenait son essor. Cette année, les organisateurs disaient vouloir récolter plus de 1,5 millions de dollars et dépasser le montant récolté l'an passé. Ce qui est on ne peut plus louable; trop de Québécois crèvent injustement de faim alors que l'on ne cesse de créer de la richesse. Mais toutes ces personnes de bonne foi savaient-ils que le gouvernement venait tout juste de décider d'appauvrir 260 000 ménages d'une somme de 29 millions de dollars, soit près de 15 guignolées?
La société doit faire pression sur ce gouvernement pour qu'il arrête cette hémorragie. Sinon, l'an prochain, la saignée se poursuivra, puisque le plan d'action préconise une demi-indexation pour encore 3 ans, et que les Libéraux de Jean Charest y font mention comme s'il s'agissait d'une loi incontournable. D'ailleurs, il est ironique de constater que, entre la loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale et le plan d'action de lutte à la pauvreté, on contourne sans cesse la loi pour se conformer à la lettre au plan d'action. Pour chaque brique que l'on place dans la construction d'un Québec sans pauvreté, le gouvernement en enleve 15. Ainsi, plutôt que de bâtir une maison sans pauvreté, notre propre gouvernement creuse un puits sans fonds pour y jeter les pauvres.
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