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Voici un petit commentaire pour donner suite au dernier article de Pierre Dubuc "Cout’donc, le Bloc es-tu troisième au Québec?", paru dans l'Aut'journal, qui met le doigt sur le manque d'équité de Radio-Canada dans la couverture médiatique de la présente campagne électorale.
Pour la plupart des journalistes et animateurs de la branche francophone de Radio-Canada dont le nationalisme est davantage bleu que rouge, chaque fois qu'il s'agit de couvrir ou de commenter une campagne électorale, le dilemme prend la forme d'une question existentielle. Entre objectivité ou apparence d'objectivité, entre l'intérêt personnel ou celui de la collectivité, entre garder sa job ou exprimer sa "souveraineté" lequel de ces choix passe en priorité ?
Le manque de solidarité envers l'expulsion de François Parenteau de la part de ses collègues de l'émission Samedi et rien d'autre, répond en bonne partie à cette question. C'est un exemple flagrant d'une frilosité caractérisée dont même Joël LeBigot en a fait la preuve en réagissant à cette expulsion tardivement et avec beaucoup de modération. Lui dont on pourrait croire qu'il n'a plus rien à perdre!
Pourquoi Parenteau n'a pas été remercié bien avant ou bien après la présente campagne électorale fédérale? Les patrons de Radio-Canada auraient-ils jugés que la foi souverainiste de Parenteau aurait été mal venue dans le contexte de la campagne électorale? Jugée trop contagieuse? L'humour de Parenteau serait soudain devenu dangereux? Il est vrai qu'il se distingue d'autres humoristes, à la Juste pour rire, qui envahissent de plus en plus les émissions de Radio-Canada. On dirait que cette expulsion tombe bien pour certains, et j'aurais aimé ajouter mal pour d'autres, si cette expulsion avait été dénoncé d'une façon spectaculaire par certaines institutions et personnes associées à la défense de la souveraineté...
La plupart des journalistes et animateurs de Radio-Canada, dont LeBigot lui-même, ont probablement voté OUI lors des deux derniers référendums sur la souveraineté. Mais jusqu'à quel point sont-ils prêts à défendre leurs convictions souverainistes? Du moins, à quel point seraient-ils assez audacieux pour se permettre les mêmes libertés qu'on peut observer du côté de la couverture anglophone (comme le décrit Pierre Dubuc)? Si l'expulsion de François Parenteau a été perçue par certains auditeurs comme une attaque directe à la liberté d'expression, à mes yeux, c'est une attaque indirecte à la cause souverainiste elle-même. Le fait que les responsables de cette décision soient des francophones ne devrait pas nous en cacher les motivations réelles.
Radio Canada aurait reçu 150 commentaires suite à l'expulsion de Parenteau. C'est beaucoup pour certains. Trop faible pour moi. Encore plus faible, pour ne pas dire lâche, cette absence de réaction de ses propres collègues. Oui, il y a eu la démission d'un collègue Zapartiste et le commentaire tardif de Joël, mais cela est trop peu devant le danger de l'autocensure qui regagne du terrain à Radio-Canada. Cette expulsion est aussi un message envoyé à d'autres chroniqueurs qui ne cachent pas leur allégeance politique.
Mon estime pour Joël LeBigot a grandi le jour ou j'ai entendu Parenteau à son émission. Quelqu'un devrait tendre le micro à cet homme brillant dont le style et l'audace force l'admiration. Je ne partage pas toujours ses points de vue, mais j'admire la vigueur et l'esprit de cet homme. Au delà de sa foi souverainiste, Parenteau brille par son style et cela faisait le bonheur d'un grand nombre d'auditeurs devenus fidèles au rendez-vous.
150 commentaires ont été envoyés à la direction de Radio-Canada pour contester cette expulsion. Ce n'est pas rien, mais pas assez pour lui donner un sens qui va au delà du principal concerné. On a su marquer le début d'une révolution, aussi tranquille soit-elle, après l'expulsion de Maurice Richard du Canadien, il y a 60 ans. Parenteau n'est pas Richard, mais je reconnais et je ressens le même mépris qui a conduit l'un et l'autre à l'expulsion. Dans le cas de Parenteau, le mépris, sous forme de peur, vient directement de nous.
Cette façon de se constituer son propre ennemi me rappelle cette histoire passée totalement sous silence et qui a conduit en 1994 le Président de l'ADQ, Mouncef Guittouni, à une démission forcée. Un reportage du Point a été diffusé un an avant le référendum de 1995, pour salir la réputation de cet homme et le forcer à démissionner de la Présidence du parti et de la politique active. Guittouni est un québécois d'origine tunisienne, souverainiste de conviction. C'est Francine Pelletier qui venait d'être engagée au Point, qui a réalisé ce reportage, pour soi-disant brosser un portrait du premier immigrant à la tête d'un parti politique. Le reportage s'est révélé une attaque en règle contre la vie professionnelle et privée de cet homme. Le soir même de la diffusion de ce reportage, Guittouni a été invité à la démission par Mario Dumont. En 1998, ce dernier a reconnu avoir agi trop vite.
En 2000, la Cour supérieure du Québec condamne Radio-Canada pour diffamation. La société d'État à dû payer à Moncef Guittouni une compensation de 635 355$ avec intérêts. Les détails de cette affaire sont racontés dans Le complot, un livre de Daniel Martin publié en 2002. Ni la décision de la Cour, ni les révélations scandaleuses du livre n’ont soulevé la moindre tempête. Pas la moindre réplique et encore moins d’excuses. Aucun commentaire de protestation envoyé à Radio-Canada.
Francine Pelletier est une souverainiste déclarée. Si elle avait compris que l'accès d'un immigrant souverainiste à la tête d'un parti politique est un avantage pour la cause souverainiste, aurait-elle réalisé son reportage avec l'intention de nuire à la vie d'un homme? Comment ne pas faire de lien entre le résultat des votes et l'opération de démolition contre Guittouni un an plutôt? Si Guittouni n'avait pas été exclu d'une participation à la campagne référendaire, le fameux vote ethnique n'aurait-il pas changé le destin d'un peuple? (Voir http://www.vigile.net/ds-chroniques/docs/sd-02-9-27.html). Quand je pense que c'est la même Francine Pelletier qui a réalisé, 10 ans plus tard, un documentaire sur Parizeau espérant lui soutirer un semblant d'excuses pour sa fameuse déclaration!
L'expulsion de Guitouni de l'ADQ a duré plus que le temps d'un référendum. Celle de Parenteau va t-elle durer le temps d'une campagne électorale? Je crains que la peur ne nous prive du meilleur de nous-même à force de cultiver l'art de se tirer dans les pieds.
Mohamed Lotfi
Journaliste collaborateur à Radio-Canada
et réalisateur radio.
C’est la réflexion que me faisait un de mes bons amis en prenant à témoin la couverture médiatique de la campagne électorale fédérale. En effet, un Martien qui serait débarqué sur terre au cours des dernières semaines et qui chercherait à s’informer sur la campagne électorale en lisant La Presse ou en écoutant Radio-Canada aurait certainement l’impression que le Bloc québécois est un obscur tiers parti.
Au bulletin de nouvelles, on commence par la campagne de Harper, puis celle de Martin - avant c’était Martin, puis Harper - avec clips sonores et images à l’appui. Suivent quelques images de la campagne de Duceppe, souvent sans clips sonores - parfois après la couverture de la campagne de Layton.
Pourtant, le Bloc domine largement avec un score qui frôlerait les 50% des intentions de vote et plus de 60% chez les francophones. Dans son livre Le référendum de 1995, l’ancien ombudsman de Radio-Canada expliquait que - objectivité oblige ! - le réseau français de Radio-Canada avait eu comme politique lors du dernier référendum d’accorder un traitement égal aux camps du Oui et du Non, mais que le réseau anglais s’était senti autorisé d’accorder plus de temps au camp du Non parce cette option dominait chez les anglophones.
En vertu de cette dernière logique, il aurait fallu accorder plus de temps d’antenne au réseau français au camp du Oui puisqu’il obtenait l’appui de 60% des francophones ! Même chose aujourd’hui. Il faudrait ouvrir le téléjournal avec Duceppe, suivre avec Harper et/ou Martin et finir avec. Léo-Paul Lauzon, le seul candidat NPD connu au Québec ! D’autant plus que Lauzon se plaint de l’absence de son chef au Québec pour appuyer ses candidats.
Mais le triturage et le fricotage de l’information ne s’arrêtent pas là. Le lendemain de la publication du livre de Lester et Philpot sur Option-Canada, la journaliste Julie Miville-Deschênes y allait d’un reportage-fleuve sur des dépenses de 25 millions du gouvernement du Québec en 1995. Le lendemain matin, Paul Martin reprenait bien entendu l’argumentaire développé par Miville-Deschênes : les 5 millions d’Option-Canada étaient tout à fait justifiés étant donné que le gouvernement du Québec avait dépensé 25 millions.
Petit détail, les 25 millions du gouvernement du Québec ont été dépensés AVANT la campagne référendaire et doivent être comparés aux dépenses de 35 millions du fédéral pendant la même période. Les 5 millions d’Option-Canada ont été dépensés ILLÉGALEMENT pendant la période référendaire proprement dite.
Quelques jours plus tard, nouveau reportage de Julie Miville-Deschênes. Cette fois, elle s’est rendue à Huntingdon où elle a trouvé un groupe d’ex-travailleuses qui rendent leur carte de membre du Bloc Québécois. Pourquoi? Parce que le Bloc n’aurait rien fait pour empêcher la fermeture de leur usine !? Pourtant, c’est bel et bien le Bloc qui, le 1er juin dernier, a proposé, devant l’inaction du fédéral, un plan d’action détaillé comprenant l’instauration, au besoin, de quotas sur les importations chinoises en vertu du protocole d’accès de la Chine à l’OMC.
Mais il faut montrer que le Bloc est inutile à Ottawa. C’est le message de Martin, Harper et. Dumont ! Le Bloc a l’appui du mouvement ouvrier. Il faut fissurer cet appui. Aujourd’hui, Duceppe a reçu l’appui informel de l’UPA et de son président Laurent Pellerin. Parions que, demain, la petite Julie aura trouvé une famille d’agriculteurs qui « en a long à dire sur l’inutilité du Bloc à Ottawa pour les agriculteurs du Québec ».
Non seulement la société Radio-Canada sert de centre de recherche et de documentation au Parti Libéral, mais elle censure les quelque rares voix discordantes, comme celle du zapartiste François Parenteau remercié de ses services à l’émission de Joël Le Bigot juste avant les vacances de Noël. Il n’aurait pas respecté son contrat en transformant sa chronique « d’humeur » en chronique « éditoriale ». Le seul humour politique toléré est celui du cynisme à la Gérard D. Laflaque où l’on valorpe tout le monde. Parenteau avait le courage de ne pas camoufler ses convictions souverainistes.
Malgré la désinformation et les manigances de l’empire médiatique fédéraliste, la puissance du mouvement de libération continue de s’exprimer, élection après élection, à travers le Bloc Québécois, ses candidates, ses candidats et son chef.
Alors, il ne reste aux fédéralistes qu’à se préparer à tenter de faire avaler à l’opinion publique que le Bloc subira une « cuisante défaite » s’il ne récolte pas plus de 50% des suffrages et au moins 60 circonscriptions, mais que les Conservateurs auront remporté une « éclatante victoire » s’ils forment un gouvernement minoritaire et qu’ils vont chercher 15% des voix au Québec, sans faire élire un seul député!
Publié par Mohamed Lotfi le 17 janvier 2006 à 09:42 PM
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