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L'année 2005 fût remplie pour notre Ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier. En avril dernier, La Tribu publiait plusieurs préoccupations quant au projet du Ministre d'enseigner l'anglais aux étudiants de la province dès la première année du primaire. Aujourd'hui, c'est Guillaume Lamy (de l'excellent site Manu Militari) qui nous fait parvenir un texte à propos de l'initiative controversée. Il nous fait plaisir de le diffuser ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.
Le ministre de l'éducation, entêté ou étêté?
Dans le contexte de contestation bouillante que suscite les politiques du gouvernement en place, il évident que certains sujets de société soient noyés dans le brouhaha de débats plus bruyants que d'autres. C'est ce qui s'est produit notamment avec le projet d'introduction de l'enseignement de l'anglais (une heure et demie par semaine) dès la 1ère année du primaire. Ce programme de réforme est ouvertement annoncé depuis 3 ans, il figure dans la plate-forme électorale du parti Libéral de mars-avril 2003.
Le ministre de l'éducation fait face à un mouvement contestataire de tout horizon. Malgré cela, le ministre Jean-Marc Fournier ne compte pas suspendre l'implantation de ce programme. Voici un bref survol des oppositions que suscite cette politique :
La grande majorité des intervenants qui se sont prononcés qualifient le programme du ministre de "saupoudrage" prolongé d'anglais inefficace, contrairement à une immersion ou un apprentissage intensif pouvé scientifiquement comme étant efficace. Des études rapportent même qu'un apprentissage précoce de l'anglais pourrait nuire à l'apprentissage de la langue seconde :

L'ACSQ
(L'association des cadres scolaires du Québec)
ajouter une heure d'enseignement de l'anglais à chacune des années du premier cycle ne fait qu'accentuer l'effet de saupoudrage déjà présent en étalant le temps d'enseignement sur six ans plutôt que sur quatre, sans toutefois augmenter le temps réel global de l'enseignement de l'anglais, langue seconde, accordé au primaire et sans favoriser la mise en place d'activités pédagogiques interdisciplinaires.
[...]
les recherches réalisées au Québec par Mme Patsy Lightbown de l'Université Concordia, de même que celles qui sont menées à l'extérieur par John Bissell Carroll, révèlent qu'un élève de 10 ou 11 ans est capable d'un apprentissage plus efficace qu'un enfant plus jeune si un enseignement intensif lui est donné. Ce scénario correspond à la position prise par de nombreux experts en didactique des langues qui considèrent que la langue maternelle doit être solidement acquise avant l'enseignement d'une langue seconde non seulement pour réduire l'impact des interférences linguistiques de la deuxième langue sur la première mais aussi pour s'assurer des capacités de l'enfant à analyser sa démarche d'apprentissage et effectuer les transferts qui vont faciliter sa maîtrise des deux langues.
(Société pour la promotion de l'enseignement de l'anglais, langue seconde, au Québec)
Lettre au ministre de l'éducation 8 mai 2003
Vous avez annoncé votre intention de voir l'enseignement de l'anglais commencer en 1ère année du primaire. L'avènement de l'enseignement de l'anglais en 3e année du primaire ayant conduit à une diminution du nombre total d'heures consacrées à l'anglais à la fin du primaire, nous sommes inquiets des conséquences de cette nouvelle mesure. De nombreuses études le démontrent, l'étalement des heures de donne pas de résultats probants. Ces mêmes études démontrent aussi que deux facteurs sont essentiels à un apprentissage efficace, soit le nombre d'heures que l'on y consacre et la concentration de ces heures. Nous réitérons donc notre demande de rendre obligatoire l'enseignement de l'anglais à raison de 2 heures par semaine au primaire à compter du 2e cycle.
Avril 2005
Avis au ministre de l'éducation
L'anglais langue seconde
Considérant :
que l'introduction de l'anglais au 1er cycle du primaire apparaît insuffisamment justifiée par le gouvernement;
que l'efficacité de la formule proposée dans le projet de règlement n'est pas démontrée;
qu'il y a absence de consensus au sujet de la modification proposée;
qu'il y va de l'intérêt de tous de procéder au préalable au bilan des expériences en cours au Québec, tant dans le secteur francophone que dans le secteur anglophone;
qu'il est souhaitable de tirer les meilleurs enseignements des formules d'apprentissage d'une langue seconde ailleurs au Canada et à l'étranger,
le Conseil recommande :
5.3.8 de SURSEOIR à la proposition d'introduire l'enseignement de l'anglais au 1er cycle du primaire.
Par ailleurs, le Conseil recommande :
5.3.9 de créer un groupe de travail chargé d'examiner, d'un point de vue tant organisationnel que pédagogique, la question de l'enseignement de l'anglais, langue seconde, et de remettre son rapport dans les plus brefs délais, si possible avant la mise en application de la nouvelle grille-matières, en septembre 2006.
Également, les États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec se positionnent contre la promesse électorale du gouvernement. Ils soutiennent le maintient de l'ALS au début du 2e cycle tout en proposant l'ajout d'un apprentissage intensif de l'ALS à la fin du primaire. Les États généraux soutiennent également que ce sera une bonne façon d'envoyer un message clair aux immigrants comme quoi le français est la première langue au Québec.
Il reste également le problème des ressources d'enseignants spécialisés en anglais qui fait défaut. Le COFPE (Comité d'orientation de la formation du personnel enseignant) affirme qu'il y a pénurie. Pour remédier à la situation, le ministre songe faire appel à des enseignants des autres provinces.
Non seulement le COFPE ne souscrit pas à la pertinence de l'enseignement de l'anglais au premier cycle du primaire, maceis il constate déjà une pénurie de spécialistes de l'anglais langue seconde dans l'enseignement primaire et secondaire en plusieurs milieux. De plus, il considère que les commissions scolaires ne doivent pas utiliser le droit de gérance prévu à l'article 5.3.133 de la convention collective pour engager du personnel non qualifié.
Du seul point de vue de la préparation d'un nombre suffisant d'enseignantes et d'enseignants qualifiés pour la fonction, la décision concernant l'introduction de l'anglais au premier cycle du primaire semble, pour le moins, prématurée et improvisée et engendrera des difficultés de gestion dans les commissions scolaires.
Par ailleurs, rendre plus intensif l'enseignement de l'anglais à la fin du primaire et, conséquemment, reporter cette mesure, serait plus avantageux pour les élèves et donnerait le temps de former adéquatement les enseignants supplémentaires dans cette discipline.
Guillaume Lamy
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