The Yes Men

theyesmen.jpgLe groupe des Yes Men s'est élaboré à partir d'un détournement web particulièrement efficace. En 2001, Andy Bichlbaum et Mike Bonanno (les deux fondateurs du groupe) réussissent à mettre la main sur le nom de domaine www.gatt.org, en référence au GATT et à la World Trade Organisation, dont le site se trouve plutôt à l'adresse www.wto.org. En parodiant subtilement le site original de l'Organisation Mondiale du Commerce, ces activistes veulent révéler le véritable discours des représentants de la mondialisation, vidé de son hypocrisie. Mais un élément imprévu vient s'ajouter au canular. La parodie est si subtile que plusieurs personnes cherchant à contacter l'OMC tombent sur le site contrefait, et certains vont jusqu'à solliciter des entrevues et des conférences aux Yes Men, pensant s'adresser aux véritables représentants de l'Organisation Mondiale du Commerce.

Sautant sur l'occasion, les Yes Men décident de se consacrer activement à la personnification de porte-paroles officiels de l'OMC, un peu partout à travers le monde, sous différents noms et titres fictifs. Un genre de vol d'identitié politique. En utilisant le même langage creux (et des présentations Power Point), ils parodient habilement le discours dominant en l'éxagérant graduellement afin de révéler son absurdité. À leur grande surprise, presque toutes leurs présentations satyriques seront reçues sans objections majeures par des auditoires composés de leaders économiques et politiques qui ne semblent pas se douter le moindrement qu'ils sont victimes d'une énorme supercherie. La plupart de ces conférences se retrouvent dans le documentaire et constituent de véritables trésors d'audace humoristique et politique.

Après quelques années, comme la médiatisation de leurs actions rendait plus ardue la réussite de tellles usurpations, les Yes Men décident d'enfoncer le clou du cercueil avec une dernière action en tant que "représentants" de l'OMC. Profitant d'une invitation à parler d'agro-business à Sidney, en Australie, ils anoncent rien de moins que la dissolution de l'Organisation Mondiale du Commerce, devant le constat de son échec à créer une mondialisation juste pour tous. Plusieurs personnes fûrent encore une fois bernées par le canular, et les échos se fîrent ressentir jusqu'à notre Parlement, lorsque John Duncan, un député de la défunte Alliance Canadienne, demanda au gouvernement Libéral ce qu'il comptait faire suite au communiqué de presse, parvenu dans l'après-midi à son bureau, annonçant la fin prochaine des activités de l'OMC...

Le DVD du documentaire est disponible en anglais seulement, mais des sous-titres français sont offerts. Le spectacteur est convié dans le feu de l'action, dans l'intimité de l'élaboration des coups, et ce, sur plusieurs années. Le tout est entrecoupé d'images d'archives, et d'entrevues avec diverses personnalités, dont l'inévitable Michael Moore. Je vous en conseille le visionnement, pour voir, encore une fois, qu'il est possible d'associer ludisme et militantisme...

The Yes Men
Documentaire réalisé par Chris Smith, Dan Ollman et Sarah Price

Produit par Free Speech, LLC
80 minutes, États-Unis, 2004

Publié par Bob L'Aboyeur le 02 janvier 2006 à 05:45 PM TrackBack Commentaires (10)