Virage à droite pour le Canada

Les Canadiens se sont réveillés, contre tout attente, avec un nouveau gouvernement élu ce 24 janvier 2006. Un changement qui semble ne faire que des gagnants. En apparence, tous les partis, peut importe les résultats, peuvent se retrancher derrière une rhétorique stratégique. Les Libéraux fédéraux vivent une défaite minimisée qui, dans le meilleur des cas, permettra de rajeunir le parti et de refaire la base des candidats. Le Bloc Québécois a réussi à défaire deux des ministre Libéraux dont les têtes étaient mise à prix, tout en conservant presque la totalité de ses sièges. Le NPD a enfin traduit les intentions de ses sympathisants en vote concret, et peut se positionner sur l'échiquier canadien comme une alternative au Libéraux. Les Conservateur obtiennent une période d'essai qui, si elle ne leur permet pas de faire d'erreur, leur donne l'occasion d'améliorer leurs appuis dans un contexte où le pouvoir attire les amis. Cette élection, loin de concrétiser une défaite ou une victoire mémorable, se traduit plutôt comme un match nul dont la période de prolongation devrait se jouer dans moins de 24 mois.

Imprévisible il y a peine 2 mois, voici une synthèse du dénouement de cette élection fédérale canadienne 2006.

Le nouveau PMLe Parti Conservateur de Stephen Harper a réussi hier à mettre un terme à la domination libérale de plus de 12 ans sur la scène fédérale, mais l’ampleur de sa victoire, moins grande qu’espérée, maintiendra les politiciens sur le qui-vive.

Alors que l’Ouest canadien continue d’appuyer massivement le parti qu’il a fait naître, l’Ontario n’a pas répondu à l’appel de monsieur Harper. Dans les Maritimes, sur les 32 circonscriptions disponibles, le Parti Conservateur n’en a obtenu que neuf, soit deux de plus que ce qu’il possédait déjà. La répartition des comtés montre clairement que l’élection s’est gagnée au Québec. C’est moins le parti que le chef qui aurait conquis l’électorat québécois et permis aux Conservateurs de faire élire 10 députés, une première au Québec depuis 1984. La formation de Stephen Harper a récolté 37 % des suffrages.

Avec seulement 124 comté sur 308, le résultat des élections donne un gouvernement encore plus fragile que le précédent. La performance d'ensemble des Conservateurs reste mitigée au regard de ce qu'annonçaient les sondages en début de campagne. Après dépouillement de la quasi-totalité des bulletins de vote, les Conservateurs obtiennent 36,3% des voix et 124 élus à la Chambre des Communes. Un peu comme si les électeurs avaient voulu mettre en laisse un parti reconnu pour son ultra-conservatisme en lui donnant une opposition très forte.

Le NPD améliore son sort

L'objectif du Nouveau Parti démocratique (NPD) était de taille: surpasser le record établi par Ed Broadbent en 1988, avec 43 députés élus. Même s'il n'a pas réussi à gagner cet ambitieux pari, le parti de Jack Layton a tout de même réussi à améliorer sensiblement son sort hier en passant de 19 députés élus à 29.

Manifestement, l'appel du chef du NPD aux Libéraux désillusionnés a porté quelques fruits, la plupart des gains ayant été faits aux dépens du parti de Paul Martin, notamment en Colombie-Britannique et en Ontario. M. Layton avait invité les partisans libéraux à lui «prêter» leur vote le temps d'une élection afin de punir les Libéraux pour leur mandat entaché par la corruption.

Mais même avec une trentaine de sièges et un peu plus de 17 % des voix, Jack Layton n'aura pas réussi à ménager l'espace nécessaire pour imposer son parti comme le parti prédominant de centre gauche au pays. Il aura encore fort à faire s'il veut reléguer les Libéraux dans la marge en prévision du prochain scrutin.

Le NPD a toutefois réussi à conjurer le mauvais sort de 2004. À l'époque, les sondages avaient prédits 30 députés néo-démocrates à la Chambre des Communes au lendemain des élections générales, mais une douzaine de circonscriptions étaient tombées entre les mains des conservateurs et des Libéraux, la plupart par quelques centaines de voix ou moins.

Le Bloc reçoit un avertissement dont devra prendre bonne note le PQ

Vu de l'extérieur, une récolte de 50 sièges sur 75 pourrait sembler un exploit remarquable pour un parti condamné à l'opposition perpétuelle, mais le recul est bien réel. Une baisse de quatre sièges n'est pas catastrophique en soi. Ce qui est nettement plus inquiétant, c'est l'effritement du pourcentage de voix recueilli par le Bloc. À 43 %, il est très loin de l'objectif de 50 % plus un que son chef avait bien imprudemment fixé.

Monsieur Duceppe a toujours pris bien soin de préciser qu'un vote pour le Bloc n'était pas un vote pour la souveraineté, mais un vote pour un parti souverainiste. En effet, il est tout à fait possible que des électeurs désireux de punir les Libéraux, mais que les valeurs conservatrices indisposent, aient appuyé le Bloc, sans être disposés pour autant à voter OUI lors d'un éventuel référendum.

L'échec relatif du Bloc québécois dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches inquiète notamment le leader péquiste.

Les Libéraux résistent et évitent la disparition prophétisée

Le parti Libéral s’est beaucoup mieux défendu que prévu avec 30,2% du suffrage et 103 sièges. Les Libéraux de Paul Martin ont évité la disparition qui avait marquée la débâcle des Conservateurs en 1984. Le Premier ministre sortant s’en est mieux tiré que prévu, mais à néanmoins conduit ses troupes à la deuxième plus mauvaise performance depuis 1867. Il existe encore une base d’appuis à son parti, et si le parti arrive à se renouveler il évitera peut-être de devenir un parti régional confiné en Ontario.

Du nord au sud et de droite à gauche

L’Amérique du sud a lentement mais fermement basculée à gauche depuis le début du millénaire… Que faut-il penser du fait que le Canada, lui, à la suite des États-Unis, de l’Allemagne, du Royaume-Unis, bref graduellement de tout l’occident, bascule à son tour un peu plus à droite?

Publié par Guy Cardinal le 24 janvier 2006 à 09:05 PM TrackBack Commentaires (5)