« janvier 2006 | Main | mars 2006 »

février 27, 2006

Frulla Delorosa

square_dolorosa.jpg
C'est l'impayable www.vigile.net qui a affublé ce titre évocateur à notre ex-chantre locale de la culture. La descente aux enfers de Lisa Frulla, est un exemple frappant des velléités politiques qui guettent ceux qui s'imaginent pouvoir améliorer la condition des Québécois via la confédération. Notre fière défenderesse avait pourtant fait ses preuves, au provincial, en faisant adopter la première politique culturelle du Québec, en 1992, puis en créant  le Conseil des Arts et des Lettres du Québec, en 1995.

La culture sans la souveraineté, c'est les mots sans les choses.

Son passage à Ottawa s'est terminé en queue de poisson sur une liste d'épicerie de bonnes intentions et de nombreux déboires. Il n'en reste que des promesses d'élection, comme celle de doubler le budget du Conseil des arts. Dans les faits, les résultats sont assez troubles.  

Malgré un front commun exemplaire du milieu artistique québécois, le dumping américain, via radio satellite, a été approuvé. Merci pour l'unilatéralisme et la compréhension (www.adisq.com/doc/press-communiques-43.html). 

Sous sa veille, le secteur de l'information de la SRC a vu son budget coupé de 4 millions de dollars, et 21 postes fûrent abolis. Le ras le bol exprimé par une centaine d'universitaires, intellectuels et scientifiques, n'y a rien fait. Le lockout à la CBC ajoutait alors au malaise. Rabinovitch continuait sa job de bras (www.ondespubliques.ca/index.php?page=1389&PHPSESSID=3f8f9a58a697646e63926d9c7f38eaac).

Plus cheap encore : après les livres, c'est au tour des magazines de perdre leur statut préférentiel de Poste Canada. Une mesure crasse et sans vision. Les Canadiens doivent trop lire? ( www.ledevoir.com/2005/09/12/90153.html?255).

Tout se déroule comme si on avait compris qu'il est plus facile de se faire élire par une gang de gnochons incultes, nourrit essentiellement à la tivi.

La pauvre culture québécoise n'a jamais pu trouver de gouvernements (PQ y compris) pour remplir la promesse plancher de consacrer un maigre 1% de son budget pour adresser les besoins de l'âme du peuple et de la nation. Pourtant, la dernière fois que l'on a tabulé, en 96, les retombées économiques directes du secteur culturel, elles totalisaient 43 milliards de dollars, soit 4,8 % du PIB. Pas des peanuts!

Comme l'enfant abandonné qu'il est, le milieu trouvait Lisa Frulla quasi-béatifiable, juste parce qu'elle leur adressait la parole. Les faits sont malheureusement irréfutables pour l'ex ministre Frulla, qui ne cessait de trompetter les valeurs du fédéralisme dans le domaine de la culture.

Vu qu'elle s'est rétractée et excusée d'avoir accusé Normand Lester de s'être fait congédier de Radio Canada pour manque de rigueur; serait-elle maintenant prête à avouer que son détour à Ottawa n'a accouché que d'une souris, en plus de réduire encore plus l'expression de la culture québécoise?

Laissez-moi en douter. Quand les libéraux font leur lit, ils couchent dedans et ce malgré l'odeur ou la malpropreté des draps!
 
"Depuis 1763, nous n'avons plus d'Histoire, sinon celle, par réfraction, que nos conquérants veulent bien nous laisser vivre, pour nous calmer. Cette tâche leur est d'autant plus facile que nous secrétons nos propres bourreaux".
Léon Dion

février 25, 2006

L'Institut Économique de Montréal recrute!

J'ai eu la surprise cette semaine de recevoir cette proposition à un moment où je dois me téter des prêts...

Cette annonce a été distribuée à l'ensemble des professeurs de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM. Il ne serait donc pas surprenant qu'elle ait circulé dans l'ensemble de cette institution...

Alors... si vous avez des "intérêts marqués pour les questions de politiques publiques", dépêchez-vous!

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

Bonjour à vous

L’Institut économique de Montréal (www.iedm.org) offre un stage rémunéré pour un étudiant ou une étudiante au cours de l’été 2006. Vous seriez aimable de faire circuler l’information auprès de vos étudiants. Le stage débutera le lundi 8 mai et se terminera le vendredi 25 août. Les candidats doivent avoir un intérêt marqué pour les questions de politiques publiques.

Les personnes intéressées doivent faire parvenir leur C.V. accompagné d’une lettre de présentation à l’attention de M. Jasmin Guénette par courriel au jguenette@iedm.org

Les candidats doivent étudier à temps plein dans un cégep ou une université québécoise durant l’année scolaire 2005-2006 et devront fournir les pièces justificatives nécessaires. Une excellente maîtrise du français écrit est exigée. Le bilinguisme est un atout important.

La date limite pour soumettre sa candidature est le 14 avril. Les candidats choisis pour une entrevue seront contactés durant la semaine du 17 avril.

Pour toute information, veuillez communiquer avec M. Jasmin Guénette, coordonnateur aux événements et aux publications, par courriel ou par téléphone (514-273-0969).

Ce stage est commandité par The Manning Centre for Building Democracy.

Très cordialement,

Jasmin Guénette
Coordonnateur, événements et publications
Coordinator of events and publications
Institut économique de Montréal
Montreal Economic Institute
6708, rue St-Hubert
Montréal (Québec)
Canada H2S 2M6
www.iedm.org

L’IEDM est le fruit d'une initiative commune d’entrepreneurs, d’universitaires et d’économistes de Montréal. Il ne reçoit aucun financement public.

The MEI is the product of a collaborative effort between Montreal-area entrepreneurs, academics and economists. The Institute does not accept any public funding.

février 24, 2006

0,01% pour les pauvres

Audetdinner.jpg

0,01% du budget de l'État Québécois. C'est ce que représentent les 3 mesures que réclament le Front Commun des Personnes Assistées Sociales du Québec et Action Plus de Sherbrooke pour les moins nantis de notre société lors du dépôt du prochain budget Audet.

Les inégalités se poursuivent…appauvrissement inacceptable…

Selon le porte parole d’Action Plus de Sherbrooke, monsieur Sébastien Aubé, le gouvernement aura une fois de plus l’occasion de corriger les inégalités ou le tir alors qu’il déposera d’ici quelques semaines son prochain budget.

Malgré la mise en place d’une Loi cadre visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion social (décembre 2002) le gouvernement continue d’appauvrir, année après année les personnes assistées sociales, dites sans contraintes sévères à l’emploi de rajouter monsieur Aubé.

Pour en finir avec la pauvreté!

Action Plus de Sherbrooke réclame 3 mesures urgentes pour améliorer le sort des plus démunis de notre société , entre autres :

L’indexation complète des prestations d’aide sociales. ( 29 M$ )

Lors des deux derniers budgets Libéraux, le gouvernement n’a indexé qu’à moitié les prestations des personnes assistées sociales sans contrainte à l’emploi, ce qui va à l’encontre des obligations de la Loi 112.

Selon M. Aubé, : “refuser l’indexation complète des prestations équivaut à moyen et à long terme, à réduire considérablement la capacité des prestataires à assurer la couverture de leurs besoins essentiels." À l’heure actuelle, la prestation pour les personnes sans contraintes à l’emploi est de 543,00$.


Le rétablissement de la gratuité des médicaments pour tous les prestataires de l’aide sociale. (17 M$ )

Les prestataires de l’aide sociale avaient accès à la gratuité des médicaments jusqu’en 1998. Selon le porte parole d’Action Plus, "à l’heure actuelle, le refus d’accorder aux prestataires cet accès aux médicaments coûte à notre système de santé une somme supérieure aux 17 M$ que requiert cette mesure. [...] C’est inacceptable et inhumain de demander à des personnes souffrantes de choisir entre la nourriture et les médicaments." Rappelons que cette mesure était une promesse libérale lors de la dernière campagne électorale.


L’exemption totale de la pension alimentaire reçue pour enfant du montant de la prestation d’aide sociale. ( 33M$ )

En janvier 2006, le parti libéral a honoré sa promesse de rétablir le 100$ d’exemption de la pension alimentaire sur les prestations d’aide sociale. "C’est un pas dans la bonne direction. Mais, ce n’est pas suffisant!" rajoute monsieur Aubé.

Malheureusement, au-delà du 100$ exempté, le gouvernement continue de détourner le reste des pensions alimentaires, peu importe le montant des pensions et le nombre d’enfants à la charge de ces familles, qui sont dans la plupart des cas monoparentales.

Enfin, Action Plus de Sherbrooke, souhaite ardemment, que le gouvernement démontre une fois pour toutes, un désir d’améliorer le sort des personnes assistées sociales et que celui-ci reconnaisse enfin le droit à un revenu décent. Les miettes ça suffit! La richesse doit être répartie!


-30-


Sébastien Aubé, Intervenant social et porte-parole d’Action Plus
(819) 564-4418


Cyberpresse et Power Corporation aiment la SAQ

Les rumeurs de privatisation animent l'attention que porte Cyberpresse à la SAQ

Depuis quelques jours, la Société des alcools du Québec attire l'attention des grands médias et fait quotidiennement la une des journaux. Accusations contre le conseil d’administration, transactions douteuses, Vice-Présidents congédiés, déclaration du Ministre des finances Audet, attaque de l'ADQ contre le pdg, puis commission d'enquête... la SAQ accuse une forte perte de crédibilité, et les rumeurs de privatisation fusent de partout. L'intérêt pour la privatisation dans l’opinion publique coïncide justement avec une avalanche d’article provenant du quotidien La Presse. Depuis le début de 2006, c’est plus de 40 articles, chroniques, billets et textes d’opinion concernant la SAQ qui ont été publiés sur le site Cyberpresse.ca.

Le Ministre des finances du Québec songerait même à privatiser l'organisme.

La SAQ est une société d'État qui a pour mandat de faire le commerce des boissons alcooliques. Extrèmement rentable pour l'état, la SAQ génère des ventes brutes qui s'élèvent à 2,5 G$ et le dividende déclaré atteint 545 M$ pour un montant total de 1,14 G$ en recettes gouvernementales versées à Québec et à Ottawa. Elle remet également des dividendes de plus de 500 millions à l'état Québécois et alimente le budget de la province.

Je m'interroge donc à savoir pourquoi le quotidien La Presse, possédé par la grande multinationale Power Corporation, ne ménage pas la société d'état en publiant pratiquement à chaque jour depuis 2006 des articles traitant de la SAQ dont 80% sont à tendance négative? Sans oublier les chroniques d'opinions appuyant la privatisation ne cessent de se multiplier dans ses pages. Aujourd'hui encore, La Presse révèle un autre écart de la SAQ: info ou intox... On peut se le demander.

Si tout va si mal au pays de la SAQ, qui voudrait acheter la SAQ? Faut-il se méfier. Pourquoi le privé aurait-il intérêt à acheter une société d'état qui semble aller si mal? La seule raison possible reste les 500 millions de profits

Liens pertinents:

Privatisation: L'alberta vend à perte

Source: http://www.iris-recherche.qc.ca/privatisation_alberta.htm

Unibroue dans le toupet

Si jamais certaines personnes d’entre vous consommiez encore de la bière Unibroue en pensant ce produit « microbrassé » comme un produit du terroir et de cheu-nous, eh bien, détrompez-vous!

Après que la filiale de Sleeman aie mené une lutte inégale contre plusieurs micro-brasseries québécoises offrant aussi d'excellent produits, en les tassant des tablettes ou en les sortant des bars (Bieropholie, Micro-Brasserie Charlevoix, la brasserie Le Chaudron, L’Alchimiste...), et après la sortie de deux nouvelles bières insipides, elle réserve au marché québécois une bien belle surprise: une bière spéciale quinzième anniversaire, la 15, qui sera exclusivement en vente… aux États-Unis!

Pour plus de détails sur cette bière en vente actuellement, vous pouvez aller visiter ce site de notations de bière:

http://www.ratebeer.com/Beer/unibroue-15/56186/

La filiale de Sleeman vous remercie! Et entre-temps, elle vous demande malgré cela d’encourager ses produits macrobrassés qui ne cessent de dépérir depuis quelques années!

Wal-Mart: L'exploitation c'est payant

2005 Les revenus sont en hausse pour Wal-Mart au détriment des travailleurs

Bentonville - Le géant mondial de la vente au détail Wal-Mart a annoncé hier que ses profits du quatrième trimestre ont augmenté de 13,4 %, portant ceux de l'exercice dans son ensemble au niveau record de 11,2 milliards $ US, à l'aide d'une campagne publicitaire musclée pendant la période des Fêtes qui a permis de gonfler le chiffre d'affaires de 8,6 %.

Le bénéfice net a grimpé à 3,6 milliards de dollars (US), ou 86¢ (US) par action, pour le trimestre se terminant le 31 janvier, comparé à 3,2 milliards de dollars (US), ou 75¢ (US) par action il y a un an. Les profits du plus récent trimestre comprennent un gain exceptionnel de 103 millions, qui a gonflé le bénéfice net de 2¢ (US) par action. Le détaillant avait annoncé le mois dernier qu'il s'attendait à un bénéfice net par action plus près des 82¢ (US) que des 86¢ (US). Des analystes de la Thomson Financial avaient prévu un bénéfice de 83¢ (US) par action.

Wal-Mart a fait état d'un chiffre d'affaires net de 89,3 milliards au quatrième trimestre, et de recettes globales de 90,1 milliards. Au sein de la filiale Wal-Mart, le chiffre d'affaires a augmenté de 8,6 %, à 60,2 milliards au cours du dernier trimestre. On a constaté une augmentation de 9,6 %, à 18,4 milliards, au sein de la filiale internationale.

Pour l'exercice

Pour l'exercice au complet, Wal-Mart a enregistré un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars (US), ou 2,68$ (US) par action, en hausse de 9,4 % par rapport à 2004, alors que ses ventes nettes se sont accrues de 9,5 % pour atteindre 312,4 milliards de dollars (US).

Wal-Mart s'est dit optimiste en ce qui concerne la prochaine année financière en vertu de son projet d'offrir des produits davantage à la mode. La compagnie espère que les nouvelles marchandises et la rénovation de ses magasins inciteront ses clients déjà existants à varier davantage leurs achats et donc, à dépenser davantage chez elle.

Wal-Mart a déjà annoncé des rénovations pour 1800 de ses 3200 magasins aux États-Unis au cours des 18 prochains mois, afin de leur donner une allure plus invitante pour les consommateurs.

Une clientèle sourde aux critiques

Malgré les critiques répétées à travers le monde, la multinationale engrange les profits. Les consommateurs continuent à se ruer chez Wal-Mart, même s'ils ont été informés que la chaîne contribue à la pauvreté générale de la planète et se retrouve mêlée à de nombreux scandales anti-syndicaux. Sans oublier les accusations confirmées de faire travailler des enfants dans des pays "émergents".

Source: Echo-Actu, AP, Radio-Canada, Le Devoir et Manu-Militari.

Note:

Nous citons ici un commentaire de Manu-Militari (un site très bien documenté):

"Si le fordisme a été responsable de l’apparition de la "classe moyenne", la walmartisation elle sera responsable de l’apparition des "workings poor".

D'ailleurs une récente étude de Berkeley:

"A recent study by researchers at UC Berkeley’s Labor Center has quantified what happened to retail wages when Wal-Mart set up shop, drawing on 15 years of data on actual store openings. The study found that Wal-Mart drives down wages in urban areas, with an annual loss of at least $4.7 billion dollars in earnings for retail workers". (University of California, Berkeley)

En gros, Wal-Mart en 15 ans d'activité a contribué à baisser la masse salariale mondiale de 4,7 milliards de dollars pour le secteur de la vente au détail. Cela en excluant l'exploitation de sous-traitants dans des pays sous-développés qui emploient souvent des enfants, comme l'expliquait récemment la très bonne émission en Zone Libre sur Radio-Canada.

Projection du documentaire Les Messagers

Lundi prochain, le 27 février 2006, Cinéma Politica-UQÀM présentera le documentaire Les Messagers de Helen Doyle (Québec, Canada). Présence de Helen Doyle, réalisatrice du documentaire et de Louise Déry, directrice de la Galerie de l’UQÀM et spécialiste en art engagé. La soirée débute à 18h au Bar Le Grimoire de l'UQÀM (Pavillon Hubert-Aquin, local A-M640). Toutes les soirées sont gratuites et ouvertes à tous.

Le film est en français. En voici le synopsis:
 
Les Messagers

À travers le monde, des artistes s’engagent contre la guerre et la barbarie. Les Messagers fait écho au parcours de certains d’entre eux, à leurs convictions et à leurs doutes. Les artistes qu’Helen Doyle a rencontrés n’ont pas attendu le soir du 11 septembre 2001 pour dénoncer « la grande bêtise ». Visionnaires lucides, ce sont aussi des personnages lumineux qui nous invitent à prendre action pour un meilleur lendemain. (Québec-Canada, 2003, 65 minutes, Produit par InformAction Films, en français)
 

Programmation à venir:
 
28 mars 2006
Soirée spéciale du Collectif des Lucioles
Présentation d'une série de courts métrages engagés sur les thèmes sociaux
politiques de l'heure avec artistes invités.

11 avril 2006
Soirée spéciale grève étudiante.
Débat et projection de films inédits sur la grève.

25 avril 2006
Retour sur le Sommet des Amériques (Québec 2001)
Divers films portants  sur l’impact du Libre-Échange dans les Amériques.


Cinéma Politica - UQÀM
Courriel: cinemapoliticauqam@yahoo.ca
Site web: www.cinemapolitica.org

février 21, 2006

Harel contre la proportionnelle avant l'accession du Québec à la souveraineté

Louise Harel s'oppose à l'instauration d'un scrutin proportionnel au Québec avant son accession à la souveraineté

Montréal - Disant parler en son nom personnel, Louise Harel, chef de l'opposition péquiste à l'Assemblée nationale, a déclaré, hier soir, qu'elle s'opposait à l'instauration d'un scrutin proportionnel au Québec avant son accession à la souveraineté. Elle a expliqué qu'elle pouvait prendre cette position parce que le Parti québécois est une « coalition » qui permet de telles divergences d'opinions en son sein. On sait que le programme du P.Q. contient, depuis 1969, l'engagement d'instaurer un tel scrutin proportionnel et que ce dernier a été renouvelé, lors de la dernière campagne électorale lorsque l'ex-premier ministre Bernard Landry avait promis l'instauration de la proportionnelle « avant les prochaines élections » s'il était reporté au pouvoir.

Mme Harel, députée d'Hochelaga-Maisonneuve, a fait cette déclaration dans le cadre d'un débat portant sur la réforme du mode de scrutin au Québec et la question nationale organisé par le Collectif féminisme et démocratie et l'Institut du nouveau monde au moment même où une commission parlementaire effectue la tournée du Québec pour consulter la population sur un avant-projet de loi qui réforme le mode de scrutin majoritaire actuel en proposant de le remplacer par un scrutin mixte qui contient des éléments de proportionnalité. La députée de Maisonneuve-Hochelaga était accompagnée d'un militant péquiste, le politicologue Denis Monière. Louise Paquet, ex-présidente du Mouvement national des Québécois et un militant souverainiste, le politicologue Pierre Serré, ont insisté de leur côté sur l'urgence de remplacer le mode de scrutin actuel par un scrutin proportionnel afin de permettre l'expression du pluralisme politique à l'Assemblée nationale, de corriger les distorsions entre les voix et les sièges qui empêchent les tiers partis d'être traités avec équité, ainsi que de permettre une représentation politique égale des femmes et des hommes.

Aux yeux de la députée d'Hochelaga-Maisonneuve, le scrutin majoritaire et le scrutin proportionnel sont « tout aussi démocratiques l'un que l'autre ». Elle a dit craindre l'effet de la réforme proposée sur l'avenir de la nation québécoise. Quant à M. Monière, il boycotte la consultation en cours parce que le projet de réforme libéral « affaiblirait le Parti québécois » et « affaiblirait le Québec vis-à-vis le Canada. ». Il voudrait qu'une réforme du mode de scrutin ne soit discutée qu'après un référendum gagnant alors qu'une assemblée constituante préparerait de la loi fondamentale d'un Québec souverain. Au contraire, Pierre Serré, qui est l'auteur d 'une thèse prouvant que le scrutin majoritaire affaiblit le vote des francophones. estime que l'introduction de la représentation proportionnelle est urgente parce que le poids relatif de ces derniers au niveau des circonscriptions prenables par le P.Q ne cesse de diminuer d'élection en élection au profit des anglophones.

Mme Harel voudrait aussi que les sympathisants du nouveau parti de gauche, Québec solidaire, joignent plutôt les rangs du P.Q. parce que « la dispersion du vote entre plusieurs partis souverainistes lors des prochaines élections serait de nature à empêcher la souveraineté ». Elle a présenté ce dernier comme une « vaste coalition », seule force politique capable de réaliser ;la souveraineté.

Louise Paquet a répliqué qu'elle était d'accord avec la formation d'une coalition, mais pas au sein du Parti québécois. « Où on en est rendu présentement on n'embarque plus dans ce discours-là. Les gens n'ont plus le goût de se rallier au P.Q. en se disant qu'ils n'ont pas le choix, a-t-elle commenté en dénonçant « l'attitude dogmatique » de ce dernier qui « veut tout contrôler et qui se voit toujours comme le seul dépositaire de l 'option souverainiste ». Elle a conclu que dorénavant l'alliance entre souverainistes « devra se faire à travers la diversité ».

Quant à M. Monière, il considère que le nouveau parti de gauche Québec solidaire est « le principal adversaire du Parti québécois ». Il a contredit un intervenant qui soutenait que la définition d'un projet de société doit primer sur la souveraineté. Il a soutenu au contraire que cette dernière demeurait toujours l'objectif central et que le projet de société « devrait être subordonné au projet national ».

février 18, 2006

Humour, humeur... Who cares? 

square_dieu.jpg
La caricature est un exercice de résistance au pouvoir, comme le calembour l'est du refus de l'ordre établi. L'hystérie ambiante est un sérieux rappel de la guerre de civilisation en cours et du clivage grandissant entre le civil/laïque et la mouvance intégriste catho et islamique.

"L'inverse de l'humour, ce n'est pas le sérieux, c'est la soumission".
-Guy Bedos

Que le 21ième siècle soit celui du retour séculaire de la guerre de religion est une navrante démonstration du chemin qui reste à parcourir à l'humanité! C'est comme si les avancements du siècle des lumières étaient périmés. C'est 300 ans d'efforts de la pensée scientifique qui foutent le camp. La guerre à l'ignorance et à l'obscurantisme demeure la plus cruciale pour l'humanité. 

Nous sommes terrorisés!

Aujourd'hui c'est Mohammed. Who's next? Que les médias soient terrorisés de l'exhortation au djihad est compréhensible. L'appel aux martyrs n'a pas la cote en occident. Par contre, l'importance toute relative que les médias accordent à la libre expression et à leur responsabilité éditoriale est révélatrice. Soulignons que les médias canadiens n'ont pas reproduit les caricatures blasphématoires, alors qu'au Québec, oui! Les deux solitudes? Voltaire sévit aussi au Nouvel Observateur et chez Charlie Hebdo...

http://permanent.nouvelobs.com/medias/20060202.OBS4859.html

"Man will never be free until the last king is strangled with the entrails of the last priest".
-Thomas Jefferson

L'obscurantisme s'étend. La bête intégriste gruge le droit d'expression à l'interne grâce à Ratz 1ier et Doh-bel-ya qui se sont immédiatement rangés du coté des fondamentalistes. Surpris?

"La liberté la plus funeste. La liberté exécrable, pour laquelle on n'aura jamais assez d'horreur... Nous voulons dire la liberté de la presse et de l'édition".
-Grégoire XVI  Pape de 1831 à 1846

Le retentissant silence de la communauté musulmane modéré est tout aussi... symptomatique. Alors, on fait quoi? On conjugue le verbe, je suis terrorisé, au présent et au futur en popant encore plus d'antidépresseurs?

Vive le cyber moyen age et la néo-démocratie!

"L'humour est la politesse du désespoir".
-George Duhamel

Ce n'est pas d'aujourd'hui que les caricatures soulèvent l'ire de leurs victimes. Tendance lourde: les caricaturistes voient leurs postes disparaîtrent. Un numéro spécial sur le sujet, issu de l'université d'Harvard est gratuitement disponible ici : www.nieman.harvard.edu/reports/04-4NRwinter/V58N4.pdf.

Les faits nous le confirment; les caricaturistes politiques font face à la censure, comme jamais. Examinez les implications de leurs actions à travers le monde, ici: www.wittyworld.com/cnsrshp.html

Des histoires de la caricature politique sont disponibles, ici: http://perso.wanadoo.fr/art-deco.france/caricature.htm et www.amnestyinternational.be/doc/article2144.html

Il n'y a pas d'humour innocent.

J'obéis aux médias! Pas toi?

caribw.jpg

AVIS pollue impunément!

David Marquis nous fait parvenir ce texte à propos des pratiques "écologiques" de la compagnie de location de voitures AVIS à l'îlot voyageur du centre-ville de Montréal, ainsi que de l'indifférence des autorités concernées. Il nous fait plaisir de le diffuser ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.

AVIS pollue impunément!

Bonjour à vous,

Je vous écris pour vous faire part de ma consternation. Suite à la décision de l'UQAM de reconfigurer l'Îlot voyageur (qui incitera au stationnement de 500-800 automobiles de plus au centre-ville), la compagnie de location AVIS a été relocalisée en arrière de chez nous, en arrière de la Grande Bibliothèque. Ses bureaux sont demeurés au même endroit, mais son petit parc-auto a changé de place. Or, depuis maintenant plus d'un mois, un gros colon dans un véhicule automobile y fait tourner son moteur à l'arrêt. De 7h30 à 17h30, 7 jours sur 7, je le répète, depuis maintenant plus d’un mois! Les seuls moments où cette personne ne s'y trouve pas, c'est lorsqu'elle doit aller chercher de clients ou pour aller faire le plein de gaz.

Si vous vous rendez sur place, vous constaterez que la compagnie d’autobus, voisine de stationnement du AVIS, a pris une mesure considérablement moins polluante en y installant des cabines de bois chauffées à l’électricité… Mais, quand même à titre de rappel, cette personne travaillant pour le AVIS n’est là que pour surveiller des automobiles…

J'ai appelé la compagnie pour m'en plaindre, j'ai parlé au gérant (M. Rebuli 514-866-2847) et je l'ai menacé voilà plus d'une semaine de lui faire une mauvaise pub dans les médias... et il m'a dit qu'il verrait ce qu'il peut faire pour "régulariser la situation". De plus, cette même journée, j'avais appelé la police pour m'en plaindre comme j'en avais mon *?@?*&$ de voyage de voir cette journée un gros bonhomme confortablement assis dans son gros 4x4, la fenêtre ouverte, en attente d'un appel ou pour s'assurer que les automobiles de son stationnement ne se sauveront pas...

Les policiers se sont rendus sur place, ont attendu quelques minutes derrière le 4x4 et un policier est sorti de son véhicule, est allé causer au gros colon et est reparti sans lui donner aucune contravention. Le gros colon a continué toute la journée à faire rouler son gros 4x4!

Aujourd'hui, en me levant, 17 automobiles fonctionnaient! Toutes en même temps parce que ce même gros colon voulait pas dégivrer à main! Pendant 45 minutes, elles ont roulé... et maintenant, le gros est encore confortablement assis dans son char! J'ai appelé les policiers encore pour me plaindre, et 35-40 minutes plus tard, ils m'ont rappelé pour me demander si encore les autos fonctionnaient! Il y en avait encore quatre qui fonctionnaient, et je leur ai dit de se dépêcher en leur rappelant le règlement municipal qui interdit un tel comportement... J'ai dit au policier que la compagnie était une plus que récidiviste, et j'ai dû apprendre au policier la disposition de la loi qui fait qu'à plus de 4 minutes, les policiers "sont en droit" (donc devraient être dans l'obligation) de donner une contravention ! C’est curieux comme quelques fois l’application de certains règlements est soumise à une certaine subjectivité policière… En général, lorsque vient le temps d’arrêter des gens pour « avoir troublé la paix » ou pour « attroupement illégal », ces derniers font preuve de zèle et n’en perdent pas une occasion (au point même que la police de Montréal a été blâmée à l’ONU pour ses pratiques anti-démocratiques!).

Il m'a ensuite dit que malgré ce qui se dit dans les médias, aucune contravention n'est donnée pour de tels comportements! Il m'a dit qu'en dernier recours, je pouvais attendre les flics à l'extérieur et leur demander de donner une contravention au gars... Pour votre information, 45 minutes plus tard après avoir parlé à ce policier, je n’ai vu aucun policier passer… Soit une heure et demie après mon premier appel au 911!

Ridicule!

À cette heure-ci, encore, son automobile roule... Et je parie qu'elle roulera encore toute la journée... et demain, et après demain...

Je vous invite à contacter cette compagnie, et/ou à diffuser cette nouvelle dans vos réseaux et/ou propager cette absurdité dans différents journaux. Vous avez le nom et le numéro de téléphone du Gérant de cette compagnie…

Si on souhaitait réellement atteindre les objectifs de Kyoto, faudrait commencer à s’attaquer à une des sources importantes de pollution atmosphérique et de gaz à effet de serre. Je vous rappelle qu’un char fonctionnant à l’arrêt pollue incroyablement plus qu’un char roulant normalement. J’présume que pour en savoir davantage sur ce sujet des chars qui roulent à l’arrêt, Greenpeace doivent avoir des infos là dessus!

Merci, et je vous souhaite de bons hivers mouilleux!

David Marquis

Bing Bang rente dedans!!!

View image
C'est tout de même un peu rigolo des annonces de "Mon volant" qui nous invite au "plein gaz" à côté de ça...

février 17, 2006

De l'essence de la liberté d'expression

« [Il] est de l’essence même de la liberté d’expression de ne pas imposer une obligation de respect. On ne peut en effet interdire la publication de propos du seul fait qu’ils sont irrespectueux d’un ordre établi, d’une croyance partagée même si celle-ci le serait par la majorité de la population. »

Nicole Filion
présidente de la Ligue des droits et libertés

Source : La Presse

février 16, 2006

Québec solidaire: une bouffée d'air frais

Guillaume Grenier a participé au Congrès de fondation de Québec Solidaire, et il nous fait parvenir ses impressions sur l'événement. Il nous fait plaisir de diffuser son texte ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.

Québec solidaire: une bouffée d'air frais

On fait souvent état du désillusionnement qu’affiche la population québécoise envers la chose politique. On note la faible participation à l’exercice électoral, une méfiance généralisée envers les politiciens, une certaine indifférence quant aux enjeux politiques du moment et une impression qu’au fond, tous les partis se valent plus ou moins - qu’en définitive, peu importe l’issue de l’élection, le résultat sera à peu près le même. Un tel portrait peut être relativisé par-ci, nuancé par-là, mais, au final, il est difficile d’en récuser les traits principaux. On peut parler à juste titre d’une déroute démocratique; on peut légitimement se préoccuper de la morosité ambiante.

Dans un tel contexte, la naissance du parti Québec solidaire, le 4 février dernier, constitue un évènement d’exception - une bouffée d’air frais. En cette occasion, un millier de Québécoises et de Québécois se sont rassemblés pour faire de la politique.

Ils (et elles, c’est entendu) ont mis du temps de côté, peut-être exécuté quelque jonglerie pour libérer leur fin de semaine, ils ont convergé vers l’Université de Montréal, se sont massés dans le hall d’honneur et les corridors attenants, ils ont constaté qu’ils n’étaient pas seuls, que déjà, ils étaient fichtrement nombreux - ça les a rendus fébriles, mais ça ne leur est pas monté à la tête (ils ont mesuré le chemin à parcourir, la colossale tâche à accomplir; ils ont résolu de parcourir et d’accomplir) -, ils ont appris à se connaître, se sont tendu la main, ont discuté avec ferveur, se sont écoutés, ont partagé des aspirations des craintes des projets des expériences du savoir des envies des certitudes des doutes des idées, ils ont opposé des points de vue, ils ont rigolé; ils ont fait le choix d’espérer, d’espérer activement, ils ont fait le choix d’avoir confiance en leur capacité de changer *des* choses (d’abord), de changer *les* choses (ensuite), le choix de *se* faire confiance, ils se sont dit « Assez! je ne regarderai pas le train filer », ils ont fait fi des rabatteurs de caquet, des philistins en tous genres, ils ont fait le choix de prendre la parole, de dire autre chose, ils ont fait le choix de se bouger le derrière, de mettre l’épaule à la roue - de mettre tout leur foutu poids à la roue -, de faire des pieds et des mains, de faire des miracles et des petits pas - ils se sont lancés; ils se sont rendu compte de la formidable énergie qu’ils détiennent, collectivement; ils ont eu le sentiment de participer à quelque chose d’historique, ils se sont souvenus des efforts passés, se sont réjouis d’une effervescence inédite, de la venue massive de néophytes, de l’ampleur du contingent féminin; ils n’ont pu faire autrement que d’être conquis par un enthousiasme contagieux - mais ne vous y méprenez pas, ils ne se sont pas bercés d’illusions, ils sont demeurés circonspects; pour coordonner leurs activités, ils ont élu des gens remarquablement intelligents/compétents/dévoués; ils ont épluché des documents, raturé des paragraphes, ils ont débattu, analysé, critiqué, soupesé, ils ont levé des petits cartons rouges (ils ont bondi de leur siège), ils ont pris des décisions, ont fait des plans, ils ont énoncé des valeurs qui leur sont communes, qui leur tiennent à coeur - leur passion était manifeste, leur détermination également; ils sont pressés d’agir mais savent fort bien qu’ils devront être patients; ils ont gardé les deux pieds solidement sur terre, ils ont regardé vers l’horizon. Ils ont beaucoup souri.

Ils ont fait de la politique et continueront à en faire. Ils grandiront en nombre. Ils et elles vont changer des choses; ils et elles vont changer les choses.

Guillaume Grenier
Publié originalement sur: http://berlue.com/2006/02/15/quebec-solidaire-une-bouffee-dair-frais/

février 14, 2006

SVP, appelez-le par son nom!

"O Croyants, si vous adoriez Mohammed, apprenez que Mohammed est mort,
mais si vous adoriez Allah, alors sachez qu'Allah est Le Vivant"
 
L'appel d'Abou Bakr le jour du décès du prophète  Mohammed.

C'est bien du prophète des musulmans que tout le monde parle depuis quelques semaines? Alors appelons-le par son vrai nom. Mohammed. À l'oreille d'un arabo-musulman, Mahomet sonne faux.

Né le 20 août 571 après JC. À sa mort en 632, Mohammed laisse derrière lui une civilisation naissante qui se nourrira de son message et s'étendra de l'Atlantique à l'Inde. Aujourd'hui, 1 milliard 300 millions de musulmans partagent tous le même sentiment d'appartenance au prophète Mohammed. Mais en font-ils tous le même portrait?!

Il y a 26 ans, un peintre arabo-musulman a eu l'audace d'exposer un portrait de Mohammed illustrant le premier appel que le prophète a reçu de l'ange Gabriel. Des milliers de musulmans se sont arrêtés devant cette fresque durant de longues moments. Aucune indication sur le tabeau ne précisait de qui il s'agissait. Mais les gens reconnaissaient vite le personnage par son visage illuminé. Ses regards effrayés par le premier appel. Ils étaient tellement admiratifs devant la beauté du tableau qu'ils oubliaient que dans la tradition musulamane la reproduction de l'image du prophète est interdite. Aujourd'hui, dans ce même pays arabo-musulman, cette exposition n'aurait pas eu lieu. Le regard a changé parce que le monde a changé un peu.   
 
Comme tous les musulmans, croyants ou pas, je me sens attaché aux valeurs de paix et de fraternité du prophète Mohammed, mais je ne me suis pas rendu à la manifestation du 11 février à Montréal. Non par crainte de dérapage. Simplement parce que je ne me sentais pas vraiment très concerné par ces fameuses caricatures. Encore moins insulté par leur publication. Mais je ne porterai jamais un regard méprisant envers les manifestants musulmans dans le monde qui ont tenu à exprimer leurs colères, aussi violentes soient-elles. Je comprends parfaitement leurs frustrations.
 
À mon avis, ces colères trouvent leurs racines dans les conséquences d'une situation économique et politique qui ne cesse de se détériorer depuis les 30 dernières années. Une situation qui sépare les riches, de plus en plus riches, des pauvres, de plus en plus pauvres. En Égypte, ils sont maintenant deux millions de personnes à vivre dans les cimetières du Caire. La colère est légitime. Ne pas la comprendre, c'est être complice d'un mépris de plus en plus grand.  
 
Pour quand des caricatures sur les acteurs de la colère? Appelons-les par leur noms: Le FMI, la BM, la pauvreté, la misère, l'absence d'espoir pour des millions de jeunes et l'absence de démocratie.  Lumumba, Sankara, Ben barka, Mahmoud Taha (fondateur des Frères républicains au Soudan) et bien d'autres démocrates des pays d'Afrique et d'Orient ont été assasinés avec la complicité des démocraties occidentales, pour tuer dans l'oeuf tout eveil démocratique. Serions-nous rendu à réagir à de vulgaires caricatures si de tel crimes n'avaient pas été commis? Avec ou sans publicaion des caricatures, la situation aujourd'hui est à ce point explosive que le moindre mépris est perçu par les jeunes desespérés comme une atteinte à ce qui leur reste de dignité... 
 
Un exemple de mépris encore plus grave que celui des caricatures a été démontré par la réaction de peur disproportionnée des démocraties occidentales suite aux élections palestiniennes qui ont donné le Hamas gagnant. Voilà un exemple flagrant de mépris envers un effort de démocratisation. Au lieu de saluer l'effort, on lance une campagne de peur qui cultive les préjugés et l'amalgame.  Ariel Sharon, reconnu comme le boucher de Sabra et Chatila, n'a t-il pas changé radicalement une fois élu Premier Ministre? N'a t-il pas lui-même mis fin à la colonisation de la Bande de Gaza? Si Sharon a changé, le Hamas peut changer aussi.
 
Un autre exemple de mépris, celui de reprocher à ces manifestants de ne pas retourner leurs colères envers les régimes politiques qui les exploitent et les manipulent. Mais par qui ces régimes sont-ils soutenus? Par qui ont-ils été mis en place? Et pourquoi le faire, si c'est pour subir le même sort que les Lumumba, les Sankara, les Ben barka et les Mahmoud Taha? Dernièrement, 12 filles saoudiennes ont été brûlées vives, abandonnées par les pompiers, parce qu'elles n'étaient pas voilées. Joël Le Bigot sur un ton de reproche se demandait pourquoi les manifestants contre la publication des caricatures n'ont pas réagis à ce crime. Lorsque les démocraties occidentales arrêteront de soutenir l'Arabie Saoudite en échange de pétrole, le commentaire du célèbre animateur aura plus de sens et de cohérence.
 
Plus proche de nous, certaines personnes ont vu dans la manifestation du 11 février à Montréal un risque de dérapage, mais son annulation aurait fait peut-être plus de tort. Si la liberté d'expression des caricaturistes danois a provoqué des violences, il faut reconnaître que la manifestation de quelques centaines de musulmans montréalais a permis plutôt de calmer des tensions. D'ailleurs, lors de cette manifestation, des dialogues ont eu lieu dans le calme entre les musulmans insultés par la publication des caricatures et les tenants de la liberté d'expression. En regardant la télé, j'ai bien noté que le journaliste de RDI avait retiré son micro juste au moment ou un dialogue civilisé était entamé entre une musulmane et un manifestant qui revendiquait le droit de diffuser les caricatures!  
 
Malgré leurs différences de langues et de cultures, faute d'un Pape musulman, le prophète Mohammed demeure un lien qui rassemble une grande partie de l'humanité. Mais, contrairement à l'impression que des médias occidentaux donnent, si la majorité des musulmans se sentent interpellés par la publication des fameuses caricatures, ils ne réagissent pas tous avec la même violence des images diffusées. Tous les musulmans ne font pas non plus la même lecture de la publication des caricatures.   Le fait que des musulmans de Montréal ne soient pas d'accord pour tenir une manifestation démontre la variété des lectures sur un même événement. Peut-être que cela révèle aussi différentes façons de concevoir la personnalité du prophète Mohammed lui-même.  
 
Si Mohammed devait réapparaître aujourd'hui, juste le temps de nous dire ce qu'il pense lui-même de cette polémique planétaire, il répéterait peut-être une de ses paroles tel que "Le ressentiment n'est point dans mon caractère". Il faut rappeler que de son vivant, le prophète Mohammed avait été critiqué et insulté par des non musulmans. Il n'est écrit nulle part que le prophète réagissait violemment aux insultes. De tous les courants philosophiques de l'Islam, le soufisme est celui qui incarne le mieux le message du prophète. Le terme Islam est étroitement associé aux notions de paix (Salam), et de non violence. Jamais dans l'histoire de l'Islam une guerre n'a été déclenchée par des Soufis.   
 
Mais par définition, le soufisme des Soufis est discret.  Les Soufis ne crient pas sur tous les toits leur valeurs et leur vision du monde. La noblesse de caractère qu'ils cultivent en s'inspirant de la vie même de Mohammed (La Sira) leur donne une confiance et une force intérieure qu'aucune caricature sur le prophète ne réussira à ébranler.  
 
Le soufisme a été marginalisé par les pouvoirs en place. Il demeure grandement inconnu parce qu'il n'a jamais cherché de voix politique. Le fondateur du soufisme c'est le prophète Mohammed lui-même, qui a choisi deux de ses compagnons, dont le premier khalife et le quatrième khalife, pour transmettre le secret de ses voies. Mais le soufisme n’a été codifié qu’après sa mort (comme d’ailleurs le Coran qui n’a été transcrit qu’avec l’initiative du troisième khalife du prophète). Le soufisme est considéré comme une science du coeur. Soufi vient du mot «sofa» qui veut dire laine. Les premiers Soufis portaient des peaux d’agneau. 
 
Il n'est pas étrange de noter que c'est dans les pays musulmans d'Afrique ou subsiste encore des traditions soufistes qu'on retrouve moins de réactions violentes à la publication des caricatures. Mais tous les musulmans ne sont pas des Soufis. Certains sont un peu prophètes, mais pas dans leurs pays!
 
Le soufisme a donné de grands philosophes comme Al Ghazali, Ibn Alrabi et Djalal Eddine Al Roumi. Ce dernier a écrit Les Dedans traduit par l’écrivaine française Eva de Vitray-Meyerovitch, une grande spécialiste et traductrice du soufisme.
 
Il existe des zaouïas à Montréal où des méthodes soufis sont pratiquées et ou le prophète des musulmans est désigné par son vrai nom. Mohammed ibn Abdallah (SAW).
 
 
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio

Le sectarisme d'une étiquette verte

On reconnaît le sectarisme par le refus de discuter, par les nécessaires affirmations erronées qui découleront de cette attitude et, en bout de ligne, par l'effet contre-productif du résultat. C'est un exemple de cela que nous offre la lettre de Samuel Dupéré dans Le Devoir du 14 février 2006 (http://www.ledevoir.com/2006/02/14/101964.html). Dans ce texte, au nom du Parti vert du Québec, l'auteur explique pourquoi il lui semble important de garder ses distances avec l'actuelle gauche en effervescence.

À écouter les Verts, on s'aperçoit qu'ils ne se sont pas contenté de prendre leurs distances avec la gauche, ils s'en sont complétement coupé. Comment expliquer alors qu'ils ignorent que la gauche du XXIe siècle fait de la démocratie participative l'un de ses chevals de bataille? Pourquoi ne savent-ils pas qu'à Québec Solidaire, un comité travaille exclusivement à développer un modèle plus démocratique qui, une fois appliqué au parti, pourrait en suite inspirer un nouveau modèle à notre société? Les Verts s'égarent aussi complétement lorsque qu'ils abordent le thème de l'État au yeux de la gauche. Alors que M. Dupéré écrit vouloir se défaire des vieux réflexes, il n'a pas trouvé mieux que de faire une critique du modèle économique proposé par la gauche des années 70-80, le modèle d'économie centrale planifiée avec laquelle la gauche n'a plus rien à voir depuis belle lurette même si elle croit bel et bien pouvoir développer une alternative solide et plausible au néolibéralisme ambiant, l'économie coopérative et participative étant certainement les pistes actuellement les plus stimulantes. Porte-parole femme de Québec Solidaire, Françoise David répondait ainsi aux allégations insensées: "Ce n'est pas vrai qu'on veut privatiser le dépanneur du coin !"

Le Parti vert du Québec. Manque de vision d'un petit groupe postmoderne capricieux qui crient bien haut tenir à leur étiquette internationale afin d'en venir à des petits accords pragmatiques qui se montrent utiles pour redorer le blason de quelques pollueurs privés ou gouvernementaux mais qui ne sert pas à grand chose lorsqu'on veut défendre réellement notre environnement. Les écologistes conséquents sont habituellement d'avis que la gravité de l'action l'humaine rend nécessaire une réforme profonde et même carrément structurelle. Lorsqu'on adopte cette position, on rejoint le camps des progressistes qui veulent évoluer vers quelque chose de meilleur, et pas se contenter de "patcher" un ordre socio-économique injuste, destructeur et qui pollue de façon abject. C'est ça la gauche, c'est pas seulement une couleur ou une étiquette, comme semble le croire M. Dupéré. Dans le système britannique archaïque qu'il nous faut toujours endurer au Québec et au Canada, les verts sectaires ne sont voués qu'à faire de l'obstruction.

D'ailleurs, si ces même verts s'étaient montré plus ouverts à la discussion avec la gauche québécoise en unification (un très vaste éventail de gens, aurais dû noter M. Dupéré qui accuse on ne sait trop pourquoi la gauche de manquer d'ouverture), il y aurait maintenant une commission environnementale à Québec Solidaire (dont l'un des quatre grands principes est l'écologisme), proposition auquelle il a manqué quelques votes seulement au congrès de fondation les 3, 4 et 5 février. C'est là aussi un exemple du pragmatisme des Verts? Le Parti vert ne s'est pas contenté de prendre ses distances: il a n'a même pas daigné répondre aux nombreuses invitations de la gauche en gestation.

Lorsque Françoise David en a eu assez des lettres de non-recevoir des gouvernements dirigés par des partis institutionnalisés, elle a décidé de passer à l'offensive dans l'arène électorale. Les mouvements sociaux (qui jadis appuyaient un jeune et prometteur Parti québécois) sont en voie de se joindre à la gauche dans la foulée d'une vague très forte. Les Verts ont jusqu'à maintenant décidé de regarder passer le défilé parce que, disent-ils, ils ont une étiquette internationale. Établissez vos priorités; l'environnement ou l'étiquette? Espérons seulement que les électeurs québécois, eux, ne seront pas bernés.

Richard Bergeron est congédié par l’AMT


Chronique d’un congédiement politique

J’ai aujourd’hui porté plainte auprès de la commission des normes du travail du Québec pour congédiement injustifié par l’Agence métropolitaine de transport, l’AMT.

Depuis six ans, j’occupe à l’AMT les fonctions de responsable des analyses stratégiques. Il s’agit essentiellement d’un rôle de chercheur portant sur l’analyse et le suivi des principaux déterminants de la fréquentation du transport collectif. Au fil des ans, je me suis fait connaître, entre autres, pour mes travaux portant sur la problématique des changements climatiques, pour ma critique virulente de l’automobile autant que de l’étalement urbain qui en découle, ainsi qu’en tant que promoteur acharné du Nouveau Tramway.

En plus d’avoir publié de nombreux documents pour le compte de l’AMT, j’ai régulièrement proposé des textes aux médias, en plus d’avoir publié L’économie de l’automobile au Québec, à l’automne 2003 (Hypothèse), puis Les Québécois au volant : c’est mortel, à l’automne 2005 (Les Intouchables).

En 2004, étant arrivé à la conclusion que le principal blocage à un véritable développement du transport collectif et de la ville idoine se situait au niveau politique, j’ai fondé Projet Montréal. Tout le monde à l’AMT, incluant son président et directeur général, Joël Gauthier, a suivi avec intérêt le développement graduel de Projet Montréal. Personne n’avait toutefois envisagé que ce parti connaisse le succès lors de l’élection de novembre dernier : tout au plus s’attendait-on à ce qu’il recueille 4 ou 5 % des voix, sans faire élire aucun candidat, il va sans dire. C’est pourquoi mon élection a pris tout le monde par surprise, incluant à nouveau Joël Gauthier.

Étapes et conditions de mon congédiement

Dès mon retour au travail, après les félicitations d’usage, le président de l’AMT m’a demandé quand je comptais quitter mon poste. J’ai répondu que je ne comptais aucunement quitter, à tout le moins pas à court terme. À moyen terme, suivant que Pierre Bourque démissionnerait ou non de son poste de chef de l’opposition officielle, et suivant les changements que cela entraînerait ou non pour Projet Montréal, il pourrait devenir nécessaire que je me consacre totalement à la politique municipale. Mais à ce stade, ces considérations me paraissaient prématurées, ai-je conclu. C’est alors que pour la première fois, Joël Gauthier a émis l’opinion que je me trouvais en situation de conflit d’intérêt puisque, selon lui, on ne peut à la fois être employé d’une société publique relevant du Gouvernement du Québec et élu municipal.

Comme Gérald Tremblay avait demandé un recomptage judiciaire contre moi, il était temporairement inutile de pousuivre cette discussion. Finalement, mon élection fut confirmée et je prêtai serment comme élu municipal, jeudi le premier décembre 2005.

Dans l’intervalle, j’avais réfléchi à la situation de double rémunération publique dans laquelle je me trouvais désormais, puisque je continuerais de toucher mon salaire d’environ 80 000 $ par an de l’AMT, tout en touchant 45 000 $ supplémentaires à titre d’élu municipal. Les mêmes contribuables n’ont pas à me payer deux fois, une fois en tant qu’employé du Gouvernement du Québec, une autre en tant qu’élu de la Ville de Montréal, ai-je conclu.

Après avoir vérifié auprès d’un comptable que je n’en subirais pas de pénalité fiscale, j’ai résolu de donner la moitié de mon salaire d’élu à l’Accueil Bonneau, l’autre moitié à la Old Brewery Mission, deux institutions à la réputation irréprochable offrant des services d’hébergement aux itinérants. Fier de ma décision, je fis l’erreur d’en parler dans mon entourage avant de l’avoir rendue publique dans le cadre d’une conférence de presse, laquelle était prévue pour le mardi 29 novembre dernier. C’est ainsi que j’eus la surprise, vendredi le 25 novembre, en toute fin d’après-midi, d’être convoqué par la vice-présidente finances de l’AMT. Celle-ci me recommanda d’attendre avant de procéder à une annonce publique, parce qu’il n’était pas du tout évident que l’AMT partageait mon opinion à l’effet qu’il me serait possible de conserver mon emploi. En conséquence, la conférence de presse fut décommandée.

A suivi une série de discussions de plus en plus serrées, au fil desquelles Joël Gauthier a admis subir de nombreuses pressions pour que je quitte l’AMT (sujet abordé plus longuement en dernière partie de ce texte). Cette période ambivalente a pris fin le 20 décembre dernier, moment où me fut remise une lettre ne me laissant que deux choix : accepter un congé sans solde d’une durée de quatre ans ou renoncer définitivement à mon emploi, en contrepartie du versement de quatre mois de salaire, tel que prévu à mon contrat d’emploi. À défaut d’accepter l’une où l’autre de ces deux options, je serais congédié « pour motif ». On me demandait de donner ma réponse dans les 24 heures, délais que l’on consentit volontiers à porter à 48 heures. Dans l’intervalle, on m’ordonnait aussi de ne plus me présenter à mon bureau.

Après deux années d’investissement dans Projet Montréal et, qui plus est, au sortir d’une campagne électorale certes modeste, mais qui avait néanmoins entraîné quantité de frais, il était notoire que ma situation financière personnelle était au plus mal. L’offre d’un congé sans solde avait dans ce contexte tout d’une ruse, puisqu’on savait qu’à court terme, je ne pourrais accepter une baisse drastique de mon revenu. Je devais par conséquent accepter les 25 000 $ à 30 000 $ de prime de séparation qu’on m’offrait. Ainsi, pour me forcer à démissionner de mon emploi, on utilisait contre moi l’arme économique et ce, à un moment où l’on avait toutes les raisons de penser que cette arme serait d’une redoutable efficacité.

Venons-en maintenant à l’ordre qu’on me donna de ne plus me présenter à mon bureau et, jusqu’à ce que les conditions de mon départ soient arrêtées, de tout y laisser en l’état. J’en ai eu les jambes sciées : On croirait que je passe de Boeing à Airbus, ou d’une grande banque à une autre, ai-je répondu. Ce type d’exigence est tout à fait déplacé dans une institution publique : je n’y vois rien de moins qu’une insulte personnelle. Comprenez qu’ayant toujours travaillé en amont des projets, je ne suis détenteur d’aucun secret de l’AMT, si tant est qu’il en existe. Vous le savez, c’est ma production intellectuelle des quinze dernières années qui est dans les classeurs et étagères de mon bureau et sur le disque dur de mon ordinateur. Si je ne peux accéder à ces informations, aussi bien dire que je ne peux plus travailler. Rien n’y fit : Joël Gauthier maintint sa position.

C’est pourquoi, depuis le 20 décembre dernier, je n’ai ni remis les pieds à mon bureau, ni eu accès à aucun de mes dossiers. D’une certaine façon, ceux-ci furent retenus en otage : Dès que tu auras signé ta démission, à nos conditions, tu auras accès à ton bureau. Pas avant. On ne saurait imaginer pression plus sournoise à l’endroit d’un professionnel qui, confiant en l’éthique autant qu’aux usages d’une institution publique, ne se méfiant donc de rien, avait graduellement domicilié toute sa vie intellectuelle à son bureau.

J’admets être sorti ébranlé de cette rencontre du 20 décembre dernier: j’avais été viré, sans ménagement, comme si j’avais de longue date été l’ennemi que l’on n’attendait qu’une occasion d’abattre.

J’ai mis à profit les 48 heures de délais qui m’étaient accordées pour prendre un avocat. Celui-ci a d’abord obtenu un délai supplémentaire au lundi 9 janvier, pour étudier mon dossier. Constatant ensuite que la situation s’enlisait, je décidai, le lundi suivant, 16 janvier, de me présenter au bureau comme si de rien était. Je pris toutefois soin, préalablement, de téléphoner à la secrétaire de Joël Gauthier pour lui annoncer mon arrivée. Quelques minutes plus tard, après avoir parlé à son patron, celle-ci me rappelait pour me dire qu’il m’ordonnait de ne pas me présenter au bureau. Toutefois, si je souhaitais le rencontrer, il serait disponible en fin d’après-midi. Je me rendis à ce rendez-vous. Après une heure et demie d’échanges, il apparut que nous étions arrivés à une entente suivant laquelle l’AMT, d’une part, consentait à doubler la prime de départ prévue à mon contrat de travail et, d’autre part, me permettrait de procéder rapidement au déménagement de mes dossiers.

Entre le 16 janvier et aujourd’hui, 14 février, ce ne furent que procédures tatillonnes. L’AMT ne m’offrait plus huit mais sept mois de prime de départ. De plus, elle faisait remonter son offre au premier décembre 2005, date de mon assermentation, ce qui réduisait l’offre à six mois. Enfin, elle considérait la seule rémunération de base, ce qui l’amputait encore d’un mois. Pour ce qui était de mes dossiers, il faudrait désormais rédiger un protocole serré m’empêchant de sortir de l’AMT tous les dossiers « top secret » prétendument en ma possession. L’écart entre l’interprétation qu’en faisait l’AMT et la mienne me conduisit à la conclusion qu’il n’y avait aucunement eu entente lors de la rencontre du 16 janvier.

Le jeudi 2 février, je constatai que mon salaire ne m’était plus versé. Techniquement, c’est à ce moment précis que mon congédiement prit effet.

Les motifs invoqués pour me congédier

Comme je l’ai dit plus tôt, le premier motif invoqué pour forcer mon départ de l’AMT fut celui d’un prétendu conflit d’intérêt. C’est bien mal me connaître que de me soupçonner de vouloir utiliser des informations obtenues dans le cadre de mes fonctions d’élu municipal pour m’avantager financièrement, comme le suggère cette notion de conflit d’intérêt. En fait, par ma décision de me répartir de mon deuxième salaire au profit d’organismes charitables, je renonçais à tout avantage financier découlant de ma situation d’élu... ce qui constitue l’exact inverse d’un conflit d’intérêt, réel ou appréhendé.

Dans sa lettre du 20 décembre, l’AMT a reconnu l’évidence en ne parlant plus que « d’apparence de conflit d’intérêt ». Le motif premier de mon congédiement devenait tout autre, et je cite : « Il est manifeste et évident qu’il y a notamment incompatibilité entre votre charge d’élu municipal et votre fonction à l’AMT, à titre de responsable des analyses stratégiques ».

Contrairement au conflit d’intérêt, cette notion d’incompatibilité n’a pas de fondement juridique clairement défini. Il s’agit d’un simple mot du dictionnaire, que chacun est libre de comprendre et d’utiliser comme il l’entend.

Pour tenter d’y voir clair, on doit d’abord prendre en considération que le Québec compte 1 288 municipalités, dirigées par environ 7 500 élus municipaux. Si l’on ajoute les commissions scolaires, le Québec doit compter au bas mot 10 000 élus locaux. Parmi eux, plusieurs centaines, sans doute, sont fonctionnaires ou para-fonctionnaires en exercice des gouvernements du Québec ou du Canada. S’il y a incompatibilité dans mon cas, il y a donc incompatibilité pour des centaines d’autres élus locaux.

L’AMT étant une agence du Gouvernement du Québec, Montréal une ville, on se situe d’entrée de jeu plutôt en situation de synergie et de complémentarité que d’incompatibilité. Puisque lors de la dernière séance du conseil, je fus nommé à la Commission du conseil municipal sur la mise en valeur du territoire, l'aménagement et le transport collectif, il appert que même sous l’angle de ma tâche de travail, mes statuts d’élu municipal et de responsable des analyses stratégiques à l’AMT sont désormais parfaitement réconciliés.

J’en prendrai pour exemple l’offre que j’ai faite au Maire Gérald Tremblay, lors de notre rencontre du 16 décembre dernier, de lancer une étude globale sur le potentiel du Nouveau Tramway à Montréal.

Chacun sait que je suis le principal promoteur du retour du tramway. À partir du printemps 2002, j’ai préparé une mission en Europe (Pays-Bas et France), laquelle a eu lieu en octobre de la même année. J’ai ensuite rédigé un document général sur le tramway, qui fut publié à 300 exemplaires par l’AMT. Puis j’ai préparé une conférence Nouveau Tramway, que j’ai prononcée à une bonne vingtaine d’occasions: à l’AMT même, dans le cadre des Mercredis de l’AMT, devant le comité exécutif de la ville de Québec, à l’invitation du maire Jean-Paul L’Allier, à l’édition 2003 du colloque de l’Association québécoise du transport et des routes, etc. Enfin, et pour s’en tenir à l’essentiel, j’ai publié un article dans la revue Routes et Transport ainsi qu’un autre dans Le Devoir. Puisque tout cela fut fait dans le cadre de mes fonctions à l’AMT, celle-ci ne peut nier, par mon intermédiaire, avoir été l’institution porteuse de la réflexion sur le retour du tramway à Montréal.

C’est dans cette foulée que j’ai tenté de convaincre le maire Tremblay de lancer une étude qui irait au fond de cette question du tramway. Dans une lettre que je lui remettais le 19 décembre, résumant ce que je considérais être les acquis de la rencontre du 16, j’ai parlé d’une « Étude du réseau Nouveau Tramway de Montréal et de sa région. Redéfinition en conséquence des priorités en matière de transport collectif et de transport routier, des personnes et des marchandises dans ce second cas », précisant plus loin que « le Nouveau Tramway, agissant il va de soi en synergie avec les réseaux de métro, de trains de banlieue et d’autobus, deviendra la clef de nouveaux mécanismes d’aménagement et de développement urbain ».

En parlant de Montréal et de sa région, des autres priorités en matière de transport, des synergies à créer entre tous les modes et des conséquences en matière d’aménagement et de développement urbain, j’évoquais implicitement un montage institutionnel qui impliquerait une variété d’acteurs et de partenaires. L’AMT serait forcément l’un de ceux-là, d’une part parce que c’est d’elle que dépend la planification métropolitaine en matière de transport collectif, d’autre part parce qu’elle est la principale détentrice d’une expertise en matière de tramway, de systèmes légers sur rail (SLR), de trains de banlieue, de métro ainsi que de l’articulation du développement urbain aux grandes infrastructures de transport collectif (TOD, pour Transit Oriented Development).

Le fait que moins d’un mois après mon élection j’aie pu identifier cette extraordinaire opportunité de collaboration entre la Ville et l’AMT suffit à prouver qu’il n’y a aucunement incompatibilité entre mon travail et ma nouvelle responsabilité de conseiller mais, au contraire, parfaite complémentarité entre les deux.

Exit donc les motifs du conflit d’intérêt et de l’incompatibilité, qui ne résistent ni l’un ni l’autre à l’analyse. De toute évidence, les raisons de mon congédiement se situent ailleurs.

Un motif plus probable: je parle trop

« L’AMT a pour mission d’améliorer l’efficacité des déplacements des personnes dans la région métropolitaine de Montréal en favorisant l’utilisation des transports collectifs ». Depuis six ans que je suis à l’AMT, on n’aura pas vu plus acharné que moi à défendre la mission de mon institution d’appartenance: pour ce qui est de promouvoir les transports collectifs, on peut compter sur moi! Les frictions épisodiques que j’ai pu avoir avec mes autorités ont précisément résulté de l’énergie dont j’ai fait montre dans l’exercice de ce qui, chez moi, est beaucoup plus qu’une simple travail.

On a ainsi pu me reprocher de publier mes opinions dans les journaux, sans avoir d’abord soumis mes textes à la direction des communications de l’AMT, pour approbation. Ceci dit, la plupart des dites opinions soit n’ont aucunement dérangé l’AMT (Le Nouveau Tramway, Le Devoir, 23 mars 2004), soit ont contribué à la sortir d’embarras (Métro de Laval, Le Devoir, 21 septembre 2004). Mais il est aussi arrivé que certaines opinions soient mal reçues. Par exemple, on n’a pas aimé cette remarque à l’effet que personne, au ministère des Transports du Québec, n’ait jamais paru se soucier que des adolescents risquent en permanence leur vie aux guidons de motocyclettes capables de filer à plus de 300 km/h (Louis-Gilles Francoeur, Une moto propre, Le Devoir, 16 juillet 2005). Quant à ma réplique cinglante à l’annonce par l’AMT d’investissements supplémentaires de 829 M$ dans les trains de banlieue – pour les banlieusards, on investit des milliards –, on devine l’effet qu’elle fit (François Cardinal, Le projet de l’AMT est applaudi, La Presse, premier novembre 2005 et Michelle Lalonde, Suburban trains “going wrong way”, The Gazette, 13 février 2006).

Concernant mes interventions dans les médias, j’ai toujours été stupéfait que l’on mette cavalièrement de côté 99 % de mon propos pour ne retenir qu’une phrase ici ou là, en l’occurrence, la seule phrase susceptible de heurter tel ou tel autre acteur politique. Je soutiens que remises dans leur contexte, ces quelques phrases pèsent peu de chose par comparaison aux bénéfices qu’a pu retirer l’AMT de ma visibilité médiatique.

Par ailleurs, il faut prendre en considération le fait que je suis urbaniste de profession. Même s’il ne s’agit pas d’une techno-sience aussi rigide que la médecine ou l’ingénierie civile, il reste que l’urbanisme a pour chaque époque ses règles de l’art, desquelles on ne saurait trop déroger sans se nier soi-même en tant que professionnel de l’urbanisme et, plus grave, sans trahir ses engagements à l’endroit du public. J’estime en toute humilité que mes travaux et écrits des dernières années respectent les règles de l’art internationalement reconnues en ce début de XXI e siècle en matière d’organisation des transports et de développement urbain.

Il peut advenir, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la techno-science de l’urbanisme, qu’un acteur politique – le ministre des transports avec le pont de l’A-25, ou encore le ministre de la santé dans le cas de la construction d’un stationnement de 1 600 places sous le nouveau CHUM, à titre d’exemples – prenne une décision qui contrevient à ce que prescrivent les règles de l’art de l’urbanisme. En tant que fonctionnaire, je suis tenu à un devoir de réserve vis-à-vis ce type de décisions. Mais en tant que professionnel de l’urbanisme, je suis aussi tenu d’informer le public de mon désaccord. La question est de savoir où faire passer la ligne de démarcation entre ces deux devoirs. En toute bonne foi, je crois avoir géré cette perpétuelle contradiction potentielle de manière responsable.

Reste ce cas limite où l’on me dirait que l’AMT s’occupe des transports collectifs en dehors de l’île de Montréal et là seulement et, en conséquence, qu’on me serait gré de ne plus formuler d’opinion sur ce qui se passe sur l’île. Strictement sous l’angle de ma responsabilité professionnelle, je n’ai pas le droit de souscrire à une telle conception, parce qu’elle déroge aux règles de l’art internationalement reconnues en matière d’organisation des transports et d’urbanisme.

Récemment, nous avons eu droit à un chercheur de la Nasa qui a contredit George W. Bush sur la question des changements climatiques, à des ingénieurs du ministère des Transports qui ont contredit leur propre ministre sur l’état du réseau routier québécois, ainsi qu’à des biologistes du ministère de l’Environnement qui ont contredit HydroQuébec et les promoteurs de la Société du Havre sur l’impact écologique d’un éventuel barrage fluvial, à la sortie du bassin de La Prairie. Ces trois exemples suffisent à démontrer la nécessité, en société démocratique, de pouvoir compter sur des professionnels neutres osant au besoin prendre la parole. Du reste, ce n’est pas par bravade ou caprice qu’un professionnel pourra être amené à diffuser certaines informations, voire à contredire publiquement ses autorités; il s’agit plutôt pour lui, au sens premier du terme, d’une obligation professionnelle.

Nous apprenions récemment que les 300 agents d’information et les 22 directeurs des communications des ministères et agences gouvernementales relèveront désormais, directement, du Conseil exécutif, qui constitue le ministère du premier ministre (Denis Lessard, Charest contrôlera l’info, La Presse, 7 février 2006). Les professionnels comme moi devront donc dorénavant soumettre tous leurs textes à un expert en communication, qui les transmettra ensuite au Comité exécutif, lequel autorisera ou non sa publication, après épuration. D’un côté, c’est le triomphe assuré de la langue de bois. De l’autre, toute personne travaillant pour l’État sera ainsi forcée de faire de la politique.

En troisième lieu et enfin, c’est le renoncement forcé, à mon sens illégal, des professionnels à leur premier devoir, qui est de défendre l’intérêt public.

Souhaitons qu’il se trouvera suffisamment de professionnels pour faire fi de ces nouvelles directives, dignes de la Russie stalinienne. Pour ma part, j’annonce qu’après avoir réintégré l’AMT, je continuerai, chaque fois que je le jugerai nécessaire, de rendre publiques certaines de mes opinions.

Un autre motif probable: je ne fais pas partie de la bonne gang

Joël Gauthier m’a à plusieurs occasions fait part des pressions qu’il subissait au conseil d’administration de l’AMT, de la part de certains élus municipaux qui y siègent, ainsi que des coups de téléphone qu’il recevait épisodiquement du cabinet du ministre des transports. Le monde politique n’étant pas très vaste, on m’a également rapporté de première main des propos qu’auraient tenu à mon endroit nombre de personnalités politiques, parmi lesquelles Messieurs Gérald Tremblay, Claude Dauphin et André Lavallée. Le sujet est même venu sur le tapis lors de ma rencontre du 16 décembre avec Gérald Tremblay: il a été très clair à l’effet que je ne pouvais à la fois siéger au conseil municipal et conserver mon poste à l’AMT; quel que soit l’angle par lequel j’aie tenté d’argumenter sur le sujet, il a maintenu obstinément la thèse du conflit d’intérêt flagrant.

Je souligne combien cette position du maire Tremblay est paradoxale. Car s’il souhaite que les intérêts de Montréal soient pris en compte et défendus par l’agence gouvernementale qu’est l’AMT, il a tout intérêt à ce que j’y demeure.

Quoi qu’il en soit, force est de conclure qu’une puissante constellation d’acteurs politiques a fait pression sur Joël Gauthier pour que je sois congédié sans plus tarder. Il s’agit donc, au sens strict, d’un congédiement politique.

Mon congédiement doit être comparé à l’extraordinaire complaisance dont on fait montre à l’endroit de certains. Lors de la plus récente séance du conseil municipal, en réponse à une question posée avec beaucoup de doigté par le jeune Nicolas Montmorency, Gérald Tremblay est monté sur ses grands chevaux: Qu’osez-vous insinuer? J’ai totalement confiance en l’intégrité exemplaire de Claude Dauphin, qui à Option Canada n’a occupé qu’un poste de président honoraire! Président honoraire d’un organisme secret, faut-il le rappeler: défense de rire! Un autre exemple qui saute aux yeux est celui de Michel Labrecque, président-directeur général du Festival Montréal en lumière, propriété de la toute puissante Équipe Spectra d’Alain Simard. Il faut voir que le Conseil des gouverneurs de ce festival compte parmi ses membres Guy Crevier, président et éditeur de La Presse, Monique Jérôme Forget, présidente du Conseil du trésor, Bernard Lamarre, que l’on a vu partout depuis un bon demi siècle et, dernier mais pas le moindre, Gérald Tremblay, maire de Montréal. On comprend que pareil aréopage tue dans l’oeuf toute présomption de conflit d’intérêt ou d’incompatibilité.

Ceci sans parler de ces nombreux agents d’immeubles et autres gens d’affaires qui siègent au conseil municipal de Montréal sans que personne n’ait l’idée de soulever la question ni d’un conflit d’intérêt potentiel, encore moins d’une incompatibilité. Ce vocabulaire, on le réserve au seul Richard Bergeron. Dans son cas, mieux vaut ne courir aucun risque, tant le danger appréhendé est flagrant.

Tant qu’il ne s’agissait que de lancer un nouveau parti politique qui, croyait-on, n’avait aucune chance d’effectuer une percée, on s’est amusé des efforts déployés par un certain Richard Bergeron: Il est tellement naïf! Pourquoi se priver d’une si amusante distraction? Mais voilà que les choses sont subitement devenues bien plus dangereuses qu’on l’avait cru: Si on ne voit pas à l’arrêter tout de suite, cet hurluberlu pourrait finir par représenter une sérieuse menace! Solution: Faisons-lui perdre son poste à l’AMT. Le temps qu’il va mettre à s’en relever, on ne l’aura plus dans les pattes!

En fin d’analyse, la seule raison pour laquelle on me congédie de l’AMT est que je ne fais pas partie de la bonne gang. Comme du reste je ne fais partie d’aucune gang, on ne court aucun risque à me congédier. À tout le moins, c’est ce que l’on croit.

- 30 -

Pour information : Émilie Thuillier, attachée politique, (514) 390-0792

Les députés membres de la CSLE sont en conflit d'intérêts

En conflit d'intérêts, les députés sauront-ils faire abstraction de la ligne de parti pour tenir compte des points de vue des citoyens?

Le ministre et les huit députés membres de la commission parlementaire chargée de consulter sur l'avant-projet de loi réformant le mode de scrutin sont à l'œuvre depuis novembre dernier. Ils ont d'abord entendu les représentants des partis et une quinzaine d'experts. Depuis le 24 janvier, ils effectuent une tournée de consultation régionale. D'ici le 9 mars, ils auront rencontré des centaines de groupes et de citoyens dans 16 villes couvrant l'ensemble du Québec.

Plusieurs estiment que ces parlementaires sont en situation de conflit d'intérêts partisan en statuant seuls sur le mode de scrutin dont dépendent leur avenir politique et celui de la formation à laquelle ils appartiennent. L'Union des forces progressistes et le Mouvement pour une démocratie nouvelle avaient réclamé que la consultation soit confiée à une commission composée pariitairement d'élus et de citoyens. Mais en mettant sur pied la Commission spéciale sur la loi électorale (CSLE) le 15 juin dernier, l'Assemblée nationale n'a consenti qu'à y adjoindre un Comité citoyen de type consultatif.

Un dérapage survenu lors des auditions que la CSLE a tenues à Gatineau, le 2 février, illustre bien cette situation de conflit d'intérêts dans laquelle sont plongés les membres de la commission. Représentant du Parti québécois sur la commission, l'ex-ministre Sylvain Simard a alors mis de côté son devoir de réserve pour réclamer, comme l'avait fait précédemment la présidente de sa formation, Monique Richard, que le nombre de députés de circonscription élus au scrutin majoritaire soit augmenté au dépens du nombre de députés de compensation qui ont pour but de corriger les distorsions dues à ce mode de scrutin.

Dans l'avant-projet de loi actuellement soumis à la consultation, le ratio est de l'ordre de 60/40 (77 circonscriptions au majoritaire et 50 sièges de compensation pour un total de 127). Celte disposition a fait l'unanimité parmi les nombreux intervenants devant la CSLE jusqu'ici, sauf deux : le Parti libéral et le Parti québécois qui veulent une augmentation du nombre de circonscriptions; ce qui aurait pour d'abaisser le niveau de proportionnalité des résultats. À la lumière de la déclaration du député Simard, il ne faudrait donc pas se surprendre si la CSLE reculait sur ce point crucial que le gouvernement avait pourtant déjà concédé et qui fait l'unanimité chez les citoyens.

Un autre point de friction entre la position des citoyens et celle de la majorité des députés de la commission a trait à la question du nombre de votes. On sait que l'avant-projet de loi, tout en se réclamant du système mixte compensatoire à l'allemande, en exclut la principale caractéristique : deux votes. Au lieu d'élire les députés de compensation au scrutin proportionnel de liste comme ça se passe dans tous les autres pays, la proposition gouvernementale voudrait qu'on se serve du scrutin majoritaire pour pourvoir les deux types de sièges privant ainsi les électeurs d'un véritable choix et perpétuant le syndrome du vote stratégique. La raison invoquée : voter deux fois, ce serait trop compliqué pour les Québécois qui le font pourtant depuis toujours au niveau municipal! La véritable raison : le scrutin proportionnel avantagerait trop les tiers partis au goût des libéraux et des péquistes.

Plus de 90% des intervenants devant la CSLE ont réclamé jusqu'ici qu'il y ait deux votes et on prévoit que cette tendance se maintiendra. Mais le Parti libéral s'y est opposé formellement et le Parti québécois attend frileusement la fin des auditions pour prendre position là-dessus. Il ne faudrait pas se surprendre si la position des députés libéraux et péquistes membres de la CSLE penche encore du côté de leurs intérêts partisans.

Une autre disposition importante de l'avant-projet de loi fait l'unanimité des intervenants contre elle, sauf le Parti libéral : l'attribution des 50 sièges de compensation sur la base de quelque 25 districts électoraux qui ne compteraient que cinq sièges (3 de circonscriptions, 2 de compensation). Cet arrangement fixerait à plus de 15% le seuil effectif de votes qu'un parti devrait récolter pour pouvoir faire élire des députés dans la quasi-totalité des districts. Dans les autres pays ce seuil dépasse rarement 5%. Cela signifie que des formations en émergence, comme le nouveau parti Québec Solidaire, auraient beaucoup de difficultés à pénétrer à l'Assemblée nationale et que le tripartisme PLQ-PQ-ADQ existant depuis 1994 serait consolidé. Bref, le statu quo.

Les intervenants - sauf le Parti libéral et le Parti québécois qui ne s'est pas encore prononcé sur cette question non plus - réclament que l'attribution des 50 sièges de compensation se fasse soit au niveau national comme en Nouvelle-Zélande; soit au niveau régional comme en Écosse qui compte seulement 9 districts électoraux pour un nombre de députés équivalent à celui du Québec. Encore là que feront les députés membres de la CSLE. Oseront-ils enfreindre la ligne de parti ?


Paul CLICHE,
auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique : le SCRUTIN PROPORTIONNEL

février 12, 2006

Le NPD expulse Buzz Hargrove des TCA

Le NPD a décidé d'expulser de ses rangs Buzz Hargrove président du syndicat des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), en raison de l'appui que ce dernier a accordé au Parti libéral du Canada au cours de la dernière élection fédérale. On se rappellera qu'Hargrove avait agi de la façon afin d'éviter de voir l'élection d'un gouvernement conservateur majoritaire.

Je peux comprendre un peu la réaction du NPD, il ne peut pas accepter qu'un de ses membres que l'on peut considérer "d'influent" ait appuyé un autre parti que le sien, mais en agissant ainsi, ne brime-t-on pas quelqu'un de sa liberté d'expression et d'opinion qui est chère en démocratie? Un membre d'un parti politique doit-il vraiment suivre la seule ligne de parti?

S'il doit suivre seulement la ligne de parti, il existe alors un problème, puisque si tout le monde décide de penser ou de dire la même chose, il n'y a aucun moyen de faire progresser la société. Car comme le disait si bien Winston Churhill:

"Si deux hommes ont toujours la même opinion, l'un d'eux est de trop".

Le NPD est toutefois prêt à redonner la carte de membre à Buzz Hargrove, mais à la condition qu'il s'engage à ne plus appuyer un parti autre que le NPD, et ce dernier refuse de le faire. Pourquoi le ferait-il? D'autant plus que les TCA ont déjà décidé par le passé, de ne plus appuyer aucun parti politique en particulier, d'y aller au cas par cas selon les circonstances.

D'autres syndicats ont d'ailleurs une politique semblable à celle des TCA, est-ce que le parti va toujours expulser de ses rangs des leaders syndicaux qui décident de ne pas les appuyer pour des raisons stratégiques ou autres? Si ça devait devenir le cas, le NPD risque de finir par se sentir bien seul, puisqu'une bonne parti de ses membres proviennent du milieu syndical et du monde du travail

De toute façon, mêm