Québec solidaire: une bouffée d'air frais

Guillaume Grenier a participé au Congrès de fondation de Québec Solidaire, et il nous fait parvenir ses impressions sur l'événement. Il nous fait plaisir de diffuser son texte ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.

Québec solidaire: une bouffée d'air frais

On fait souvent état du désillusionnement qu’affiche la population québécoise envers la chose politique. On note la faible participation à l’exercice électoral, une méfiance généralisée envers les politiciens, une certaine indifférence quant aux enjeux politiques du moment et une impression qu’au fond, tous les partis se valent plus ou moins - qu’en définitive, peu importe l’issue de l’élection, le résultat sera à peu près le même. Un tel portrait peut être relativisé par-ci, nuancé par-là, mais, au final, il est difficile d’en récuser les traits principaux. On peut parler à juste titre d’une déroute démocratique; on peut légitimement se préoccuper de la morosité ambiante.

Dans un tel contexte, la naissance du parti Québec solidaire, le 4 février dernier, constitue un évènement d’exception - une bouffée d’air frais. En cette occasion, un millier de Québécoises et de Québécois se sont rassemblés pour faire de la politique.

Ils (et elles, c’est entendu) ont mis du temps de côté, peut-être exécuté quelque jonglerie pour libérer leur fin de semaine, ils ont convergé vers l’Université de Montréal, se sont massés dans le hall d’honneur et les corridors attenants, ils ont constaté qu’ils n’étaient pas seuls, que déjà, ils étaient fichtrement nombreux - ça les a rendus fébriles, mais ça ne leur est pas monté à la tête (ils ont mesuré le chemin à parcourir, la colossale tâche à accomplir; ils ont résolu de parcourir et d’accomplir) -, ils ont appris à se connaître, se sont tendu la main, ont discuté avec ferveur, se sont écoutés, ont partagé des aspirations des craintes des projets des expériences du savoir des envies des certitudes des doutes des idées, ils ont opposé des points de vue, ils ont rigolé; ils ont fait le choix d’espérer, d’espérer activement, ils ont fait le choix d’avoir confiance en leur capacité de changer *des* choses (d’abord), de changer *les* choses (ensuite), le choix de *se* faire confiance, ils se sont dit « Assez! je ne regarderai pas le train filer », ils ont fait fi des rabatteurs de caquet, des philistins en tous genres, ils ont fait le choix de prendre la parole, de dire autre chose, ils ont fait le choix de se bouger le derrière, de mettre l’épaule à la roue - de mettre tout leur foutu poids à la roue -, de faire des pieds et des mains, de faire des miracles et des petits pas - ils se sont lancés; ils se sont rendu compte de la formidable énergie qu’ils détiennent, collectivement; ils ont eu le sentiment de participer à quelque chose d’historique, ils se sont souvenus des efforts passés, se sont réjouis d’une effervescence inédite, de la venue massive de néophytes, de l’ampleur du contingent féminin; ils n’ont pu faire autrement que d’être conquis par un enthousiasme contagieux - mais ne vous y méprenez pas, ils ne se sont pas bercés d’illusions, ils sont demeurés circonspects; pour coordonner leurs activités, ils ont élu des gens remarquablement intelligents/compétents/dévoués; ils ont épluché des documents, raturé des paragraphes, ils ont débattu, analysé, critiqué, soupesé, ils ont levé des petits cartons rouges (ils ont bondi de leur siège), ils ont pris des décisions, ont fait des plans, ils ont énoncé des valeurs qui leur sont communes, qui leur tiennent à coeur - leur passion était manifeste, leur détermination également; ils sont pressés d’agir mais savent fort bien qu’ils devront être patients; ils ont gardé les deux pieds solidement sur terre, ils ont regardé vers l’horizon. Ils ont beaucoup souri.

Ils ont fait de la politique et continueront à en faire. Ils grandiront en nombre. Ils et elles vont changer des choses; ils et elles vont changer les choses.

Guillaume Grenier
Publié originalement sur: http://berlue.com/2006/02/15/quebec-solidaire-une-bouffee-dair-frais/

Publié par La Tribu du Verbe le 16 février 2006 à 11:27 PM TrackBack Commentaires (19)