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"O Croyants, si vous adoriez Mohammed, apprenez que Mohammed est mort,
mais si vous adoriez Allah, alors sachez qu'Allah est Le Vivant"
L'appel d'Abou Bakr le jour du décès du prophète Mohammed.
C'est bien du prophète des musulmans que tout le monde parle depuis quelques semaines? Alors appelons-le par son vrai nom. Mohammed. À l'oreille d'un arabo-musulman, Mahomet sonne faux.
Né le 20 août 571 après JC. À sa mort en 632, Mohammed laisse derrière lui une civilisation naissante qui se nourrira de son message et s'étendra de l'Atlantique à l'Inde. Aujourd'hui, 1 milliard 300 millions de musulmans partagent tous le même sentiment d'appartenance au prophète Mohammed. Mais en font-ils tous le même portrait?!
Il y a 26 ans, un peintre arabo-musulman a eu l'audace d'exposer un portrait de Mohammed illustrant le premier appel que le prophète a reçu de l'ange Gabriel. Des milliers de musulmans se sont arrêtés devant cette fresque durant de longues moments. Aucune indication sur le tabeau ne précisait de qui il s'agissait. Mais les gens reconnaissaient vite le personnage par son visage illuminé. Ses regards effrayés par le premier appel. Ils étaient tellement admiratifs devant la beauté du tableau qu'ils oubliaient que dans la tradition musulamane la reproduction de l'image du prophète est interdite. Aujourd'hui, dans ce même pays arabo-musulman, cette exposition n'aurait pas eu lieu. Le regard a changé parce que le monde a changé un peu.
Comme tous les musulmans, croyants ou pas, je me sens attaché aux valeurs de paix et de fraternité du prophète Mohammed, mais je ne me suis pas rendu à la manifestation du 11 février à Montréal. Non par crainte de dérapage. Simplement parce que je ne me sentais pas vraiment très concerné par ces fameuses caricatures. Encore moins insulté par leur publication. Mais je ne porterai jamais un regard méprisant envers les manifestants musulmans dans le monde qui ont tenu à exprimer leurs colères, aussi violentes soient-elles. Je comprends parfaitement leurs frustrations.
À mon avis, ces colères trouvent leurs racines dans les conséquences d'une situation économique et politique qui ne cesse de se détériorer depuis les 30 dernières années. Une situation qui sépare les riches, de plus en plus riches, des pauvres, de plus en plus pauvres. En Égypte, ils sont maintenant deux millions de personnes à vivre dans les cimetières du Caire. La colère est légitime. Ne pas la comprendre, c'est être complice d'un mépris de plus en plus grand.
Pour quand des caricatures sur les acteurs de la colère? Appelons-les par leur noms: Le FMI, la BM, la pauvreté, la misère, l'absence d'espoir pour des millions de jeunes et l'absence de démocratie. Lumumba, Sankara, Ben barka, Mahmoud Taha (fondateur des Frères républicains au Soudan) et bien d'autres démocrates des pays d'Afrique et d'Orient ont été assasinés avec la complicité des démocraties occidentales, pour tuer dans l'oeuf tout eveil démocratique. Serions-nous rendu à réagir à de vulgaires caricatures si de tel crimes n'avaient pas été commis? Avec ou sans publicaion des caricatures, la situation aujourd'hui est à ce point explosive que le moindre mépris est perçu par les jeunes desespérés comme une atteinte à ce qui leur reste de dignité...
Un exemple de mépris encore plus grave que celui des caricatures a été démontré par la réaction de peur disproportionnée des démocraties occidentales suite aux élections palestiniennes qui ont donné le Hamas gagnant. Voilà un exemple flagrant de mépris envers un effort de démocratisation. Au lieu de saluer l'effort, on lance une campagne de peur qui cultive les préjugés et l'amalgame. Ariel Sharon, reconnu comme le boucher de Sabra et Chatila, n'a t-il pas changé radicalement une fois élu Premier Ministre? N'a t-il pas lui-même mis fin à la colonisation de la Bande de Gaza? Si Sharon a changé, le Hamas peut changer aussi.
Un autre exemple de mépris, celui de reprocher à ces manifestants de ne pas retourner leurs colères envers les régimes politiques qui les exploitent et les manipulent. Mais par qui ces régimes sont-ils soutenus? Par qui ont-ils été mis en place? Et pourquoi le faire, si c'est pour subir le même sort que les Lumumba, les Sankara, les Ben barka et les Mahmoud Taha? Dernièrement, 12 filles saoudiennes ont été brûlées vives, abandonnées par les pompiers, parce qu'elles n'étaient pas voilées. Joël Le Bigot sur un ton de reproche se demandait pourquoi les manifestants contre la publication des caricatures n'ont pas réagis à ce crime. Lorsque les démocraties occidentales arrêteront de soutenir l'Arabie Saoudite en échange de pétrole, le commentaire du célèbre animateur aura plus de sens et de cohérence.
Plus proche de nous, certaines personnes ont vu dans la manifestation du 11 février à Montréal un risque de dérapage, mais son annulation aurait fait peut-être plus de tort. Si la liberté d'expression des caricaturistes danois a provoqué des violences, il faut reconnaître que la manifestation de quelques centaines de musulmans montréalais a permis plutôt de calmer des tensions. D'ailleurs, lors de cette manifestation, des dialogues ont eu lieu dans le calme entre les musulmans insultés par la publication des caricatures et les tenants de la liberté d'expression. En regardant la télé, j'ai bien noté que le journaliste de RDI avait retiré son micro juste au moment ou un dialogue civilisé était entamé entre une musulmane et un manifestant qui revendiquait le droit de diffuser les caricatures!
Malgré leurs différences de langues et de cultures, faute d'un Pape musulman, le prophète Mohammed demeure un lien qui rassemble une grande partie de l'humanité. Mais, contrairement à l'impression que des médias occidentaux donnent, si la majorité des musulmans se sentent interpellés par la publication des fameuses caricatures, ils ne réagissent pas tous avec la même violence des images diffusées. Tous les musulmans ne font pas non plus la même lecture de la publication des caricatures. Le fait que des musulmans de Montréal ne soient pas d'accord pour tenir une manifestation démontre la variété des lectures sur un même événement. Peut-être que cela révèle aussi différentes façons de concevoir la personnalité du prophète Mohammed lui-même.
Si Mohammed devait réapparaître aujourd'hui, juste le temps de nous dire ce qu'il pense lui-même de cette polémique planétaire, il répéterait peut-être une de ses paroles tel que "Le ressentiment n'est point dans mon caractère". Il faut rappeler que de son vivant, le prophète Mohammed avait été critiqué et insulté par des non musulmans. Il n'est écrit nulle part que le prophète réagissait violemment aux insultes. De tous les courants philosophiques de l'Islam, le soufisme est celui qui incarne le mieux le message du prophète. Le terme Islam est étroitement associé aux notions de paix (Salam), et de non violence. Jamais dans l'histoire de l'Islam une guerre n'a été déclenchée par des Soufis.
Mais par définition, le soufisme des Soufis est discret. Les Soufis ne crient pas sur tous les toits leur valeurs et leur vision du monde. La noblesse de caractère qu'ils cultivent en s'inspirant de la vie même de Mohammed (La Sira) leur donne une confiance et une force intérieure qu'aucune caricature sur le prophète ne réussira à ébranler.
Le soufisme a été marginalisé par les pouvoirs en place. Il demeure grandement inconnu parce qu'il n'a jamais cherché de voix politique. Le fondateur du soufisme c'est le prophète Mohammed lui-même, qui a choisi deux de ses compagnons, dont le premier khalife et le quatrième khalife, pour transmettre le secret de ses voies. Mais le soufisme n’a été codifié qu’après sa mort (comme d’ailleurs le Coran qui n’a été transcrit qu’avec l’initiative du troisième khalife du prophète). Le soufisme est considéré comme une science du coeur. Soufi vient du mot «sofa» qui veut dire laine. Les premiers Soufis portaient des peaux d’agneau.
Il n'est pas étrange de noter que c'est dans les pays musulmans d'Afrique ou subsiste encore des traditions soufistes qu'on retrouve moins de réactions violentes à la publication des caricatures. Mais tous les musulmans ne sont pas des Soufis. Certains sont un peu prophètes, mais pas dans leurs pays!
Le soufisme a donné de grands philosophes comme Al Ghazali, Ibn Alrabi et Djalal Eddine Al Roumi. Ce dernier a écrit Les Dedans traduit par l’écrivaine française Eva de Vitray-Meyerovitch, une grande spécialiste et traductrice du soufisme.
Il existe des zaouïas à Montréal où des méthodes soufis sont pratiquées et ou le prophète des musulmans est désigné par son vrai nom. Mohammed ibn Abdallah (SAW).
Mohamed Lotfi
Journaliste et réalisateur radio
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