Accommodements

Une religion cherche des accommodements. La commission des droits de la personne tranche à la Salomon. Madame Boileau, dans un éditorial du Devoir où les mots sont pesés, souligne. Cet automne, un débat sur la laïcité et la religion. Brièvement, amorçons la discussion. Il suffit de s’interroger: comment une religion peut-elle songer à demander des accommodements? Surtout dans une cité où ce sont les valeurs immanentes à la Déclaration des droits de la personne qui modulent le droit et la vie sociale. C’est un paradoxe!

On demande des accommodements parce qu’il y a une exigence incontournable. C'est dire que le religieux n'accepte aucun compromis: sa déclaration demeure sans appel. La croyance est ainsi faite; elle est inchangeable, non examinable, surtout par une raison autre. On fait appel au raisonnable. Or, le raisonnable du point de vue de la croyance est d'emblée soumis à la croyance. La foi l'exige, l'exégèse aussi, ainsi que la théologie. Ou bien, la foi secrète son propre raisonnable. Et, il n'y en a pas d’ autre.

Démarche curieuse tout de même: le religieux fait appel à une instance autre, fondée sur un raisonnable différent, pour que lui soit accordé telle ou telle place dans la cité. Pourtant, ce même religieux ne reconnaît pas la valeur de cet autre raisonnable ou rationalité parce que la rationalité du religieux relève d'une autorité qui en est la source et le fondement. À mon sens, pour le religieux, une autre rationalité n'a aucune légitimité puisqu'elle n'existe pas. Elle ne peut exister, selon la foi.

Quel que soit le « religieux », chrétien, juif, musulman, bouddhique, hindouiste, etc., il relève strictement de la croyance et celle-ci dorénavant ne peut qu’être personnelle et subjective. En tant que tel, il n’a aucune place dans la cité. Pourquoi? Parce que la vie dans la cité se fonde sur la négociation permanente entre des personnes souveraines. C’est un vouloir commun qui est en cause, le vouloir de créer une société de personnes libres. La seule autorité légitime, c’est celle qui est acceptée librement par l’ensemble des personnes. Ce sont elles qui créent les valeurs et les incarnent dans des institutions selon et selon. C’est une raison partagée et constamment en état critique qui est inventée par les humains.

Ceci peut sembler abstrait. Mais c’est tout le contraire, car ce sont des personnes concrètes qui sont appelées à négocier sans cesse; ce sont elles qui spécifient quel bien tous cherchent à incarner. Nous sommes ici dans une société qui a opéré, malgré ses hésitations, une révolution majeure, celle de rompre avec les dictatures issues de toutes les mythologies du monde. Dorénavant, toutes les mythologies subissent l’examen d’une intelligence critique qui invente les pesées et les critères de celle-ci afin de mieux connaître l’animal humain d’une part et d’inventer une humanité d’autre part.

Vous pensez que le paradis est ailleurs; vous pensez que vous êtes gouvernés par un extra-univers; vous pensez que quelqu’un d’il y a un millénaire et plus a détaillé un plan de vie, a déterminé des obligations et a planifié votre vie. Vous pensez que des ouvrages passés concoctés au hasard de luttes, de pertes, de transmissions orales ont une valeur autre que celle d’être un indice d’une mentalité locale. Vous pensez que un décret d'il y a un millénaire est immuable. Que le repas sacrificiel cannibalistique autour de la table-autel se répète des millions de fois depuis des millénaires? Qu’une attitude mentale spécifie une race, un peuple. Qu’une terre conquise il y a quelques millénaires et reconquise par d’autres vous revient de droit? Et ainsi de suite...

Qui donc a décidé que cette vision, cette pensée, ces décrets, ces institutions sont sacrés? Qui a ainsi le pouvoir de décréter que telle ou telle doctrine, ou rite sont immuables, non critiquables et éternels. Qui dit qu’il est nécessaire que toute l’humanité soit un troupeau servile sous la dominance de clercs non élus, maîtres du savoir et de l’ignorance? Maintenant, examinons ces songes qui habitent l’encéphale de l’animal égaré parmi les galaxies et les nébuleuses; ces songes qui lui font inventer mille carnages; ces songes qui le mènent selon la crainte et la récompense; ces songes qui lui offrent le miroir où il se cache en regardant sans se voir; ces songes qu’il adule et qui le réduisent à n’être qu’un pantin ou une girouette en désarroi; ces songes qu’il bénit du statut de “réalité supra réelle”.

Dire que tel groupuscule se pavane sous un habillement des siècles passés et enseigne une science vieille de 2,500 ans. Un autre où les mâles agissent comme de petits potentats. Et tel qui sème la terreur en tronçonnant impunément sans aucune loi, aucun honneur, aucune dignité.

Serait-ce être humain que de nier la radicalité de l’unicité de la personne, la radicalité de sa capacité de s’auto-créer, la radicalité du pouvoir de spécifier toutes ses valeurs, ses lois, ses moeurs, ses institutions, ses plaisirs, bref son bonheur. Serait-ce être humain que de proclamer haut et fort que l’humain est seul dans un univers qu’il lui est impossible de mesurer avec l’intelligence qu’il possède actuellement, que l’humain est seul pour déterminer son destin et le sens des “choses”, que l’humain est une espèce particulière d’animal non régulée par des instincts tout en demeurant conditionnée et qu’il doit à la fois développer les meilleurs moyens pour survivre, affronter seul les “éléments muets” et surmonter tant et tant de propension à toutes sortes de violences. Il est en cela si unique qu’il crée à partir de rien la loi de son existence afin qu’un “amour” polarisé par le bonheur puisse un jour exister pour tous ceux et celles qu’il décide d’ engendrer. Il est seul pour connaître ce qu’il en est de l’ amour et de la loi. Mais, tel n’est pas actuellement notre mode d’exister. Nous sommes en tant qu’espèce devant une question transcendantale : serons-nous un jour des humains, qui nous nous interrogeons en toute liberté sur ce que c’est que d’être humain?

Publié par Hermès le 26 mars 2006 à 06:06 PM TrackBack Commentaires (0)