Un Français à Montréal

Gilles Ferre nous fait parvenir ce texte traitant du télémarketing et qui, selon ses propres mots, n'a d'autre prétention que de divertir... Il nous fait plaisir de le publier ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse webmestre@latribuduverbe.com.

Un Français à Montréal

Assis dans mon box, l'index de ma main droite dans le nez et mes godasses raclant le sol, je ne peux m'empêcher d'acquiescer aux vitupérations d'une mémé hargneuse tout juste réveillée en sursaut. Pour l'énième fois de ce premier jour de travail, je me demande bien ce que je fous là. Emmerder des gens au téléphone à neuf heures du soir à essayer de leur refourguer un contrat d'endettement ne correspond pas vraiment à l'idée que je me faisais de mon intégration dans la société Québecoise.

J'imaginais plutôt œuvrer à la noble cause des loisirs dans une agence de voyages. Tout un bureau aux petits soins et de ravissantes collègues souriantes et célibataires. En matière d'accroche syllabique, « Acapulco » enfonce littéralement « carte de crédit ». En règle générale, les gens ont tendance à se montrer plus réceptifs à la Riviera qu'à tous les taux avantageux de la terre. Pourtant, la Riviera, enlevez les palmiers, les seins à l'air, les carlingues et le fric (l'été, en somme) et il ne reste plus que des mémés hargneuses, justement. Et des plages de galets. Ceux qui se sont déjà allongés sur une plage de galets savent à quel point les plages de galets sont inconfortables. Mais allez, quoi, je me remets à bonimenter pour l'argent du bifteck et de la Labatt bleue, depuis le temps que je cherchais un travail ! Deux semaines que je me promène, que je me démène et que je la ramène. Et voilà que sur un coup de fil hasardeux suivant une annonce dans le journal Metro, je me retrouve dans un bureau des ressources humaines au 17è étage d'un gratte-ciel de verre bleu-vert à exposer ma motivation à me faire envoyer chier sans discontinuer toute la semaine de 1h à 9h du soir.

Tout a l'air possible ici à Montréal. On peut entrer dans un palace y déposer son CV et se retrouver à discuter avec le responsable des ressources humaines de petites choses telles que le tailleur de celui-ci ou la couleur des yeux de sa blonde. C'est bien simple, j'ai répandu mon CV dans tout Montréal. Un peu plus et je le distribuais à la sortie du métro. Mais on ne m'a rappelé que deux fois sur une centaine de candidatures, et bien évidemment aucun de ces coups de téléphone ne provenait du palace en question.
Tout à l'air possible à Montréal. On vous sourit, on vous promet de parler de vous aux cadres, on s'ébahit de vos expériences. Alors pourquoi tant de jeunes à la rue ? Qu'est-ce qui ne va pas ?

Et qu'est-ce que c'est que ce système de crédit ? On ressasse à qui veut entendre que les québecois sont endettés jusqu'aux tempes. Mais pour autant que je puisse en juger, le système actuel pousse les gens à utiliser ces fameuses cartes de crédit, ces dangereuses « réserves d'argent ». Peu importe les 3 dollars et demie que ça me rapporterait de convaincre mon interlocuteur, je me sens soulagé chaque fois qu'on me dit quelque chose équivalent à « votre crédit, c'est de la connerie, on n'en veut pas de vos cartes à la con » (c'est du moins ce qu'on répondrait en France où les gens ne s'embarrassent pas de politesse). Je ne vais pas faire long feu dans cette compagnie, c'est certain. Qu'ils m'éjectent ! Je trouverais bien autre chose.

Tout à l'air possible à Montréal.

Tout est-il possible à Montréal ?

Gilles Ferre

Publié par La Tribu du Verbe le 27 mars 2006 à 01:59 PM TrackBack Commentaires (4)