De l’urgence d’empêcher des enfants d’aller à l’école

Ils ont 15 et 8 ans, ils s’appellent Fernando et Brandon et sont d’origine guatémaltèque. Ils sont arrivés au Canada, via les États-Unis, il y a plus de 3 ans, en compagnie de leurs parents et de leur petite sœur (qui a aujourd’hui 5 ans). Pourquoi sont-ils venus ici ? Entre autres parce que le frère de Jaime s’est fait assassiner au Guatemala. Mais le Canada refuse de leur accorder le statut de réfugiés et a décidé de les renvoyer d’où ils viennent. La famille accepte, à contre cœur évidemment, cette décision, mais demande que les enfants soient autorisés à terminer l’année scolaire, ce qui impliquerait qu’ils restent jusqu’à fin juin. Il faut dire que l’aîné, Fernando, a déjà perdu près de 3 ans d’école, suite au départ de ses parents. Le père de famille, Jaime Rodriguez, s’est vu certifier par son employeur que son contrat de travail peut être prolongé jusqu’à ce moment-là. Mais rien n’y fait. Il y a urgence : il faut les renvoyer au plus vite et enlever ces enfants de leur classe, malgré le soutien de leurs professeurs respectifs.

Ce matin, 11 avril, 7h30 du matin, alors qu’un beau soleil nous promet l’arrivée du printemps, une trentaine de personnes solidaires de la famille Rodriguez se pressent devant les bureaux d’immigration Canada, au 1010 St-Antoine. C’est que les Guatémaltèques sont attendus à 8 heures pour être déportés vers les États-Unis. On a encore un espoir, bien mince. La professeure de Brandon tente un appel sur son cellulaire, directement de sa salle de classe de l’école Adélard-Desrosiers, dans Montréal-Nord, pour faire stopper la machine. Mais non, rien n’y fait. Il y a urgence : 2 mois de plus seraient décidément 2 mois de trop.

Les fonctionnaires de l’Agence des services frontaliers du Canada qui sont responsables du dossier des Rodriguez ont le pouvoir de retarder la déportation, mais ils n’en feront rien. À l’heure qu’il est, la famille Rodriguez est aux mains des autorités et va être expulsée vers les États-Unis.

C’était la chronique d’une déportation ordinaire.

Publié par Isabelle Baez le 11 avril 2006 à 09:34 PM TrackBack Commentaires (5)