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On parle de plus en plus de l'eau, de la privatisation de ses infrastructures à sa marchandisation. L'ancien ambassadeur américain au Canada déclarait il n'y a pas si longtemps qu'il est bizarre que le Canada soit enclin à vendre son pétrole et son gaz naturel, des ressources non renouvelables, mais non son eau, qui est renouvelable. Le sujet est tellement d'actualité que l'on croirait presque assister à une préparation de l'inévitable dans l'opinion publique par des spins-doctors patentés. Il ne faut pas donc pas extrapoler beaucoup pour imaginer un scénario dans lequel une corporation tenterait de s'approprier une partie de l'eau du Québec, sans regard pour les conséquences environnementales, afin d'approvisionner le Midwest américain par pipeline. C'est l'intrigue, malheureusement trop réaliste, à laquelle nous convie le livre H2O inc., présenté avec justesse comme un "thriller écologique".
L'auteure, Varda Burstyn, fût vice-présidente de Greenpeace Canada de 1996 à 2004. Bien qu'elle aie choisie d'utiliser la fiction pour dépeindre les manigances corporatives, médiatiques et politiques qu'impliqueront un tel projet de marchandisation massive de l'eau, son expérience dans le domaine du militantisme environnemental transparaît à chaque page, ce qui donne beaucoup de crédibilité au récit. En dehors de l'intrigue principale et de ses protagonistes, qui sont fictifs, tous les exemples mentionnés pour étoffer son propos sont authentiques et documentés. Une marchandisation de l'eau risque de se dérouler sensiblement comme elle le décrit dans son oeuvre.
Je me suis entretenu avec l'auteure...
BA: Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre?
VB: Il faut se replonger dans le contexte de 1999. Le sujet de la marchandisation de l'eau n'était pas aussi répandu qu'aujourd'hui, à part dans le discours militant. J'habitais les États-Unis, et je n'avais jamais vu une telle commercialisation. Tous les endroits publics et les édifices semblaient commandités. On assistait également à une vague de chaleur sans précédent cet été-là, entraînant des sécheresses dans plusieurs États du Midwest américain. De plus, certaines corporations transnationales commençaient à tenter de s'approprier les droits à l'eau potable dans plusieurs pays d'Amérique du Sud. Voilà le contexte qui m'a inspiré ce livre.
BA: Oui, mais avec votre expertise, pourquoi ne pas avoir écrit un essai plutôt qu'un roman? Est-ce pour rejoindre un public plus vaste, du moins différent?
VB: Il y a un peu de ça, mais après 20 années passées à écrire des rapports et des textes plus sérieux, j'avais envie d'écrire une fiction, pour plusieurs raisons... Il existait déjà quelques ouvrages sérieux sur le sujet, comme l'excellent Blue Gold de Maude Barlow et Tony Clarke... Je voulais parler des gens qui ne peuvent penser qu'en termes de profit et entreprennent de tels projets criminels, sans me faire poursuivre en Cour pour diffamation (rires). Voilà pourquoi j'ai choisi d'utiliser des corporations et des personnages fictifs... Lors d'une entrevue, Sheila Copps me demandait très sérieusement si les écologistes éprouvaient parfois du plaisir dans la vie... Je voulais donc aussi décrire le genre de personnes qui s'investissent dans des causes écologistes, leurs motivations, leur mode de vie.
BA: Vous avez choisi le Québec pour situer votre action. Est-ce parce que vous connaissez le Québec que vous y avez planté l'intrigue, ou pensez-vous que la province risque de se voir à l'avant-scène d'une marchandisation de l'eau?
VB: Je connais bien et j'aime le Québec, mais je pense aussi qu'il serait possible qu'une telle marchandisation de l'eau y survienne. Tout d'abord, il y a évidemment beaucoup d'eau au Québec, mais dans le livre, je fais référence au "cordon sanitaire" qui entoure le Québec ... Souvent, les médias québécois et canadiens ne rapportent pas les mêmes événements de la même façon. Une telle entreprise au Québec ne serait pas nécessairement rapportée dans les médias canadiens, ce qui permet à un certain secret de se maintenir...
BA: Justement, la vision des médias que l'on retrouve dans votre livre est assez cynique... Contrôle et suppression de l'information se déroulent allègrement, en toute simplicité.
VB: Ma vision des médias est malheureusement documentée. Les exemples de contrôle politique ou économique de l'information sont nombreux. D'ailleurs, tous les exemples cités dans le livre sont véridiques, à part ceux qui sont reliés à l'intrigue principale qui elle, est fictive...
BA: Pourtant, tout au long du livre, on assiste à une course à l'information de la part des militants, comme si le simple fait de révéler ces tractations secrètes, par le biais des médias, pouvait les contrecarrer...
VB: Je ne voudrais en aucune façon laisser penser que l'information, à elle seule, peut infuencer de telles situations. D'ailleurs, il n'y a pas de happy-end dans le roman, ce n'est que partie remise, les protagonistes n'ayant fait que retarder l'inévitable. Il faut demeurer vigilants en tout temps, et s'impliquer dans le débat. C'est la seule façon de vraiment empêcher que de tels projets se produisent.
BA: Avez-vous l'intention d'écrire d'autres thrillers écologiques?
VB: Oui, je prépare un autre roman, qui se déroulera cette fois-ci dans le monde de l'industrie pétro-chimique, des pesticides, et certains personnages de H2O risquent de se retrouver également dans ce prochain livre, puisque ce sont souvent les mêmes corporations qui se retrouvent derrière plusieurs de nos problèmes écologiques...
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H2O Inc.
Varda Burstyn
Traduction de Mario Pelletier
320 pages
Lanctôt Editeur
ISBN: 1859845967
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