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Suite aux révélations du quotidien Le Devoir (27 avril) sur l'intention du gouvernement Charest de présenter une version revisée de l'histoire évacuant toutes notions conflictuelles entre les deux peuples fondateurs dans la création du Canada, j'ai obtenu une copie du "futur programme d'histoire et d'éducation à la citoyenneté pour le secondaire III" rédigé au ministère de l'éducation. L'essentiel des propos du Devoir sont confirmés. Vous pouvez en apprendre encore plus sur cette "histoire réécrite" que le gouvernement Charest se propose de faire entrer dans les écoles dès 2007-2008.
Aujourd'hui, le quotidien Le Devoir affirmait à sa une que le document, qui a été présenté mardi dernier à Montréal, est considéré comme «complet à 98 %». Il ne restait que «quelques virgules à déplacer et quelques coquilles à corriger».
Mardi dernier, plusieurs maisons d'édition intéressées à rédiger des manuels ont rencontré le «responsable des programmes du domaine de l'univers social» du ministère, Marius Langlois. Celui-ci a indiqué aux représentants des maisons d'édition qu'il leur était possible d'entamer immédiatement la rédaction des manuels puisque ceux-ci étaient pour ainsi dire quasi achevé. Une façon de répondre aux nombreuses inquiétudes des éditeurs de manuels scolaires, car les manuels pour le cours d'histoire et citoyenneté de secondaire III doivent être publiés au plus tard en mai 2007 afin d'être utilisables au mois de septembre suivant. «On est déjà en retard», a confié un rédacteur de ce type de volume au Devoir.
Malgré l'existence du document, le ministre nie
Le ministre Fournier a d'abord catégoriquement nié cette version des faits : «[Les éditeurs] ne travaillent pas aujourd'hui sur les manuels parce qu'ils n'ont pas le programme. Et vous savez pourquoi ils n'ont pas le programme ? Parce que je ne l'ai pas autorisé encore.» Son attachée de presse, Marie-Claude Lavigne, a toutefois précisé par la suite que la rencontre de mardi entre les éditeurs et le ministère a bel et bien eu lieu.
«Les gens essaient d'apprendre des erreurs qui ont été commises au début 2000, où les volumes n'étaient pas prêts à temps» lors de l'application de la réforme, a-t-elle expliqué. Il s'agit donc de mettre dans le coup les éditeurs en leur présentant «la structure» du cours à venir, a-t-elle dit. Mme Lavigne a aussi confirmé au Devoir que le «document pour fins de validation» a été retravaillé en fonction des commentaires d'une commission des programmes d'études (CPE) du MELS qui avait prescrit une cure minceur au projet de programme d'histoire dans un avis remis au ministre en juin 2005 : «Il est primordial de réduire l'ampleur du contenu de formation afin de favoriser le développement des compétences et la construction des connaissances», écrivait la CPE.
Extaits du documents: d'autres faits choquants
Comme le mentionnait Le Devoir hier, la conquète de la Nouvelle-France par les Britanniques est présentée comme une simple passation de régime. Sans parlé de la guerre, de la résistance et de l'imposition du régime monarchique britannique.
Le nombre d'omissions historiques du document est tout simplement injustifiable et inqualifiable. Dans la partie couvrant la fin du 19ième siècle et le début du 20ième siècle, il n'est carrément pas fait mention de René Lévesque. Pour qualifier la période s'étalant de la révolution tranquille au référendum de 1980, le document emploie une formulation qui laisse perplexe et passe sous silence le débat politique sur la souveraineté "la société québécoise devient le théâtre d'important changements d'attitudes et de valeurs", peut-on simplement lire.
De même pour sa partie intitulé "Les enjeux de la société québécoise depuis 1980", le document ne mentionne même pas le référendum tenu par la province du Québec en 1980. Il se contente d'écrire que "Les enjeux qui animent la société québécoise exigent de faire des choix qui sollicitent l'engagement". Ce passage est suivi quelques lignes plus loin par le récit de l'enchâssement de la Charte canadienne des droits et libertés dans la constitution canadienne. Encore une fois, il n'est nul part fait mention que le rapatriement de la constitution canadienne se fait sans l'accord du Québec.
La lecture du document ne permet pas non plus de retrouver des passages mentionnant la crise d'octobre, l'accord du Lac Meetch ou le referendum de Charletown.
La Société des professeurs d'histoire du Québec dénonce le document
Par ailleurs, Laurent Lamontagne, président de la Société des professeurs d'histoire du Québec, qualifie le projet de programme de «dangereusement biaisé». Un texte publié aujourd'hui dans les pages Idées du quotidien Le Devoir par ce dernier et le didacticien Félix Bouvierde l'UQTR, dénonce «le parti pris nettement tendancieux et obscurcissant des contenus et des concepts disciplinaires» qu'on trouve dans le projet de programme.
MM. Bouvier et Lamontagne précisent que dans son état actuel, «il s'agit de rien de moins qu'un pur exercice de propagande fédéraliste qu'on veut imposer à l'enseignement secondaire québécois en histoire nationale. En soi, c'est un scandale d'interprétation en regard de notre présent et, surtout, de notre histoire».
Le problème du document
Un historien, Jocelyn Létourneau, de l'Université Laval, a tenu à nier hier qu'il ait été mêlé à la préparation de ce document. «Je n'ai pas été consultant pour le ministère dans cette affaire», a-t-il dit, se souvenant de n'avoir rencontré Marius Langlois, chargé de piloter ce dossier au MELS, qu'une fois seulement.
Éric Bédard, historien à la Télé-Université de l'UQAM et membre du Collectif pour une éducation de qualité (CEQ), souligne qu'il est totalement normal que l'histoire enseignée évolue en fonction des découvertes et des nouveaux intérêts. Selon lui, le problème de ce document est ailleurs, il repose sur son caractère «socio-constructiviste». C’est-à-dire, qu’ «on souhaite que les jeunes "interprètent" les réalités sociales tout de suite, mais on discrédite par ailleurs l'apprentissage des "faits"». Une approche illogique «car c'est la connaissance des faits qui permet par la suite d'interpréter le passé et le présent». M. Bédard souligne qu'avant d'écrire des romans ou un traité de philosophie, «il faut connaître ses règles de grammaire». Les faits sont « la grammaire de l'histoire, sa matière brute, à partir de laquelle on peut travailler, habiter le passé, saisir une continuité».
Pour Robert Comeau, titulaire de la chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec à l'UQAM, le projet de programme du gouvernement Charest abolirait ni plus ni moins l'histoire «nationale». «On aurait pu s'attendre à quelque chose de plus solide. Les fonctionnaires n'ont d'autre choix que de refaire leur travail», conclut-il.
Une volonté de formé des citoyens...
La lecture de ce document laisse sans voix. On ne parle pas de cours d'histoire ni non plus de cours de citoyenneté. L'histoire doit comporter des faits et des dates, ce qui n'est pas le cas. La citoyenneté s'apparente au civisme, à la façon de se comporter dans une société organisée et non d'une pensée unique. S'il est vrai que ce document veut présenter l'histoire du Québec et du Canada on peut douter sincèrement des objectifs du comité en charge de le rédiger. La citoyenneté présentée dans ce document est fédéraliste et ne tolère aucune mention du nationalisme Québécois bien établi au Québec depuis 1960.
Après les accusations de propagande et la levée de bouclier contre le Conseil de la souverainneté et son livre "Parlons souverainneté à l'école"... On peut simplement ajouter qu'il est plus facile de voir une poussière dans l'oeil du voisin que la poutre dans le sien pour le gouvernement de Jean Charest.
Liens pertinents:
- Collectif pour une éducation de qualité
- Société des professeurs d'histoire du Québec
- Réaction du Collectif
- Lettre ouverte au ministre du président de la Société des professeurs d'histoire du Québec
- Blogue de Patrick Labbé sur Canoe
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