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Un parti dirigé par Lucien Bouchard et Mario Dumont ferait plaisir à la bourgeoisie bien-pensante.
Le Devoir veut Bouchard. C’est avec ce gros titre qu’aurait été plus honnête la « une » du quotidien du 6 mai 2006. Mais entre journalisme de combat (conservateur) et journalisme d’information, Le Devoir n’a pas choisi. Il a donc titré : « Les Québécois veulent Bouchard ». Évidemment, on ne sait rien de la méthodologie employée par les sondeurs, qui accordent 41 % des « intentions de vote » (sic !) à un éventuel tandem Lucien Bouchard – Mario Dumont.
Mais les « analyses » de M. Jean-Marc Léger laissent peu de doute sur la commande qui lui a été passée : « la population recherche un leader avec du coffre, de l’expérience et la capacité de prendre en compte les intérêts du Québec ». Par-dessus ces lieux communs entendus et imprimés mille fois, le sondeur rajoute une louche de sa bouillie : « Lucien Bouchard est positionné là où se situe la population ». On ne précise pas de quelle « position » il s’agit là, mais, n’en déplaise aux esprits scabreux, on sous-entend que les Québécoises et les Québécois partageraient les positions politiques contenues dans le manifeste Pour un Québec lucide.
Une « analyse » pour le moins téméraire, quand on se souvient avec quelle froideur a été accueilli le manifeste en octobre 2005. Quelques semaines après sa publication, devant l’avalanche de messages outrés, on avait retiré du site des « lucides » la section « forum » ! Le sondeur fait également mine d’ignorer la franche hostilité suscitée par tous les projets défendus par M. Bouchard : le CHUM à Outremont, le déménagement du casino à Pointe-St-Charles, la hausse des frais de scolarité…
Selon Mme Kathleen Lévesque, le sondage « tend à démontrer » que le potentiel conservateur est grand au Québec (70 % des Québécois « seraient » satisfaits du gouvernement Harper). Ce dont Le Devoir prend acte, en amorçant un virage éditorial qui, bien que pas tout à fait inattendu, risque de bouleverser le petit monde médiatique du Québec.
En effet, à la « une » de la même édition, M. Michel David y va d’un portrait aussi machiste que dithyrambique de Monseigneur Bouchard : « homme de la situation », « vrai chef », celui que Le Devoir appelle à la rescousse saura rassurer les Québécois, car « ils auraient au moins l’assurance qu’une main ferme tiendrait la barre ».
En page éditoriale de la même édition, c’est le directeur du Devoir lui-même, M. Bernard Descôteaux, qui donne le ton de ce nouvel alignement du journal. Après avoir inscrit Lucien Bouchard dans la lignée des « leaders inspirants » (les Honoré Mercier, Jean Lesage et René Lévesque), la plume du directeur fourche et laisse paraître le caractère proprement politique de ce « sondage ». En effet, avec une candeur inespérée, M. Descôteaux avoue : « Un tel sondage s’imposait car la confiance qu’ont les Québécois envers leurs leaders actuels est à la baisse. »
Qui donc a « imposé » cette commande au Devoir ? On le saura peut-être lorsque les commanditaires du futur parti Bouchard – Dumont seront connus…
M. Descôteaux, imperturbable devant ceux et celles qui pourraient l’accuser de colporter des clichés, conclue que « l’observation qui a été faite par Léger Marketing alimentera certainement la réflexion de tous ceux qui aimeraient que le Québec soit dirigé par un homme capable de proposer une vision stimulante de son avenir ».
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Au-delà de l’insolence qui consiste à prétendre connaître ce que « veulent » les Québécois et les Québécoises par des sondages risibles ou des élections encore plus ridicules, Le Devoir, par le biais de cette vraie fausse nouvelle, nous montre comment se rallier (au conservatisme) tout en présentant ce ralliement comme la suprême contestation (d’une classe politique « en crise »). La recette est simple : une petite série d’omissions, quelques faux étonnements, une neutralité affectée et hop !, l’honneur journalistique est sauf.
Que ce journal passe de l’indigeste à l’intolérable en lâchant le PQ pour les conservateurs, c’est son droit. Mais l’hypocrisie qui consiste à présenter ce choix politique comme étant la volonté populaire est odieuse.
Claude Rioux
Publié par Claude Rioux le 08 mai 2006 à 08:43 PM
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