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Il aura fallu à peine 100 jours pour que le torchon brûle entre la presse parlementaire et le Premier Ministre du Canada, Stephen Harper. Une première décision visant à restreindre l'accès médiatique à l'étage du Parlement où se tiennent les rencontres du cabinet (mesure qui, dans les faits, soustrait les ministres aux questions rarement embarassantes des journalistes) a lancé les hostilités. L'abolition des traditionnels "scrums" n'aura pas contribué à améliorer la situation, pas plus que la décision du gouvernement d'empêcher les médias de filmer les cercueils des soldats canadiens de retour d'Afghanistan. Mais c'est définitivement l'obligation pour les journalistes de s'inscrire à une liste à partir de laquelle le bureau du PM donnera l'autorisation de poser des questions qui scelle les mauvaises relations entre la presse et le Premier Ministre... Déjà avec cette pratique, des journalistes qui ont écrits des articles "critiques" envers le gouvernement se voient refuser systématiquement le droit de poser une question lors de conférences de presse du Premier Ministre... Pour un Parti qui pronait la transparence et l'imputabilité lors de la campagne électorale, voici une belle façon d'allier le geste à la parole!
On tente de justifier ces décisions en expliquant que le gouvernement Harper veut "contrôler son message"... Est-ce un aveu que le Parti Conservateur ne peut laisser s'exprimer librement ses membres au fond Allianciste sans crainte de dérapage verbal, ou plutôt une façon polie de dire que le gouvernment Harper désire faire de la propagande? Probablement un peu des deux.
Le chef du Parti Conservateur déclare que la tribune de la presse "semble vouloir jouer le rôle de l'opposition". Il n'a probablement jamais entendu parler du quatrième pouvoir dans un système démocratique, qui se doit d'agir en chien de garde, au nom de la population. Si des reproches doivent être formulés envers la presse actuelle, c'est bien au contraire sa mollesse devant la langue de bois des politiciens, quand ce n'est pas carrément sa complaisance envers les personnalités du pouvoir.
Stephen Harper met en doute l'objectivité de la presse. Pas besoin d'être à la tête du pays pour comprendre que les corporations médiatiques sont justement des corporations, dont le but est de vendre un auditoire à des annonceurs bien plus que de produire de la nouvelle. Il faut tout de même apporter une certaine distinction entre les médias et ceux et cellles qui y oeuvrent. Mais étant donné la propriété croisée et la convergence médiatique, les employeurs se font de plus en plus rares, et de moins en moins de journalistes sont prêts à mettre en jeu un poste permanent pour des questions de pincipes.
Les journalistes n'en appellent aux grands idéaux démocratiques que lorsque leurs conditions de travail sont mises directement en cause (conflit à la SRC, jeu de pouvoir avec le gouvernement). Les voir boycotter une conférence de presse et laisser en plan le Premier Ministre est jouissif, mais malheureusement exceptionnel. Le reste du temps, ils acceptent les conditions de plus en plus restreignantes qui, dans les faits, les transforment en relationnistes de presse davantage qu'en journalistes. La solidarité envers ce groupe professionel n'est donc pas spontanée, mais toute cette question va beaucoup plus loin que les acquis de la presse corporative, et devrait nous préoccuper tous et toutes au plus haut point.
Si l'on combine ces nouvelles directives aux ministres et ministères qui ne donnent de l'information aux médias que sous la menace de la loi à l'accès à l'information, aux tendances similaires que l'on peut observer de la part du gouvernement de Jean Charest, qui a récemment décidé de "centraliser" les différents organismes de communication du gouvernement afin de, lui aussi, "mieux contrôler son message", nous pouvons observer un asservissement de l'appareil d'État à des fins de propagande soviétique, propagande habituellement reprochée avec vigueur à la gauche.
Une retombée positive? Stephen Harper annonce qu'il boycottera l'annuel dîner de la presse, ce qui nous évitera les habituelles blagues indécentes de mauvais goût qui ont cours lors de ce genre de réunion de connivence entre la presse et le pouvoir politique...
Photo: Diner de la presse 2004
Crédit: CP / Jonathan Hayward
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