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La présente est pour dire notre étonnement face à certains silences importants dans l'exposition L'AVENTURE CINÉMA que vous tenez dans notre Musée de la Civilisation.
Par leurs choix et leurs interprétations de l'histoire de notre aventure, les consultants à la tâche ont choisi la voix du génocide par omission: aucune mention du travail et du combat formidable des films et vidéos créés autour de Cinéma Libre, Films du Crépuscule, Vidéo-femmes, Vidéographe, Vent d'Est, Rapide blanc, Les Films de l'Autre, etc. Et le cinéma non-francophone, allophone? Aucune allusion aux partenaires de ces aventures: Conseil des Arts du Canada, Conseil des arts et lettres, l'aide artisanal de l'ONF, etc.
Nous avions entendu parler de ce projet lorsqu'une recherchiste avait contacté l'un des signataires pour être mise en contact avec le producteur de À Soir on fait peur au monde. Lorsqu'il s'était étonné que personne n'ait trouvé bon d'envisager en savoir plus sur le travail des “frères Gagné” comme producteurs et/ou cinéastes nous avions dit notre ébahissement. Mais elle nous avait dit qu'elle ne choisissait pas, on lui disait qui et quoi rechercher. Nous n'étions pas sur sa liste.
Admettons ici que nous nous sommes faits une idée par ce que nous avons pu lire, ou par ce qu'on a pu apprécier sur le site. Admettons que c'est avec tout cela que nous nous permettons tout de go de conclure à une certaine orientation éditoriale qui n'est pas digne du travail de notre Musée de la Civilisation, véhicule de présentation de phénomènes de société pour permettre que le spectateur-trice se fasse une idée, un portrait le plus juste possible.
Par exemple, pour qu'il y ait cinéma, il faut de la lumière. Il n'est pas nécessaire que tout soit dans l'ombre ou tout dans la lumière. C'est un peu la même chose quand on fait une exposition, on essaie de placer les éléments dans un mixage de la lumière et de l'ombre, ce de manière à créer un certain équilibre. On doit se prémunir contre des envies de mettre totalement “sous-ex” ce qu'on n'aime pas ou ce qu'on ne veut pas que les gens connaissent. On ne “sur-expose” pas ce qu'on considère comme notre vision pour ne pas choquer ceux-celles qui pourraient chercher des signes qu'ils savent exister et qui dans le plan d'ensemble disparaîtraient en raison d'une sous-exposition trop évidente.
Nous aurions crû qu'une exposition qui dit présenter une vision du cinéma québécois dans l'aventure cinéma aurait eu à coeur de s'intéresser à tous les aventuriers ou du moins, s'il faut parler d'impossibilité et d'inutilité à avoir tout le monde, de trouver comment présenter un échantillonnage en dosant des flux de lumière et des zones d'ombre de manière à offrir une mosaïque capable de montrer et/ou suggérer, en premier plan et/ou en arrière-plan, tous les cinémas que constituent ce travail collectif que cinéastes et vidéastes s'évertuent, se sont évertués et s'évertueront à fabriquer pour la société des hommes et des femmes d'ici.
Si nous étions mettons 2 suédois qui visitaient cette exposition, nous n'aurions pas une vision exacte de l'histoire de notre aventure cinéma. Bien sûr, en tant que suédois, nous ne saurions pas qu'il y manque un pan de mur important pour comprendre et apprécier l'énorme capacité d'expression qui a été manifesté par moult complices, en complémentarité, en concordance, en différence de cette aventure cinéma mitigée que l'exposition présente.
Force nous est de penser que si ce qu'on nous en a dit s'ajoutant à ce que nous avons lu et entendu s'avère exact, serait-il possible que notre Musée ait failli à sa mission? Sommes-nous si dans le champ que cela de penser, d'exiger que notre Musée garde toujours une intégrité hors de tout doute? Connaissant assez bien le sujet dont il est question dans cette exposition, pouvons-nous vous dire que les responsables, ou chargés de recherche et d'orientation ne vous ont pas tout dit ou n'ont pas tout voulu dire ou ont choisi de ne pas tout dire ou ont eu des directives de ne pas tout dire? Pouvons-nous vous dire que c'est inadmissible et terrible de sens?
Pourquoi ne devrait-on pas penser qu'ils ont fait un travail de consultants à la tâche, probablement bien exécuté, mais de consultant à la tâche?
Cette exposition est plutôt un vigoureux éditorial qui dans ses choix prêche pour une tendance dominante qui sert très bien les intérêts des “corporate bums” qui ont high jacké le navire. Elle démontre aussi très bien jusqu'où les cadres administratifs de services ou des spécialistes ahanent pour être repêchés par le système du cinéma de l'entertaining subventionné et totalement irresponsable dans ses choix.
Est-il possible de savoir d'où sont venues les directives ou qui a défendu de telles orientations? C'est qui “el conservateur”?
Donc pour revenir à votre titre racoleur et aux thèmes normalisateurs, à la chronologisation opportuniste et réductrice, pouvons-nous vous dire que, comme d'autres, nous considérons inadmissible qu'une exposition sérieuse puisse présenter un tel panégyrique sans même mentionner l'existence du cinéma d'auteur indépendant, des ses cinéastes, des outils qui l'ont permis, de ses complices.
L'aventure cinéma ne sera jamais complète sans mention des oeuvres et artisans complices du cinéma aventureux, le cinéma des débrouillards, des patenteux, des coriaces, dans la lignée du cinéma de source et signe de notre force et sans lequel il est difficile d'exprimer nos différences et notre ouverture.
Il faut croire que le mandat des consultants à la tâche “onefien et cinémathicien et dictionnairien” était clair: concocter ce qui allait devenir complot d'effacement de l'histoire pour plusieurs milliers de films ainsi que plusieurs centaines de cinéastes. Leur travail résulte en une négation de l'existence d'une des forces vives de notre expression cinématographique et vidéographique
Cette vision réductrice exclue tout un pan de cet outil social formidable que des cinéastes ont contribué à fabriquer pour permettre aux hommes et femmes d'ici et d'ailleurs de regarder leurs us, coutumes, phantasmes dans beaucoup de nuances, dans de multiples appréciations, dans des schémas d'analyses diversifiées, dans des inventions de formes étonnantes.
Comme vous pouvez vous en rendre compte, nous ne sommes pas fiers des gens qui travaillent pour notre Musée quand ils s'associent à de telles mascarades.
Les travailleurs de notre musée ne doivent pas prendre partie pour la tendance des lourdeaux de l'industrie ou du cinéma institutionnalisé sans que les vrais aventuriers ne se manifestent.
Nous le redisons, la force du cinéma d'ici est aussi dans les regards des Lefèbvre (aucun extrait, mais quelques mentions), Boutet, Bissonnette, Giguère, Tremblay, Dupuis, Gagné, Bélanger, Bastien, Fortin, Brouillette, Portugais, Groulx, Doyle, etc.
Pour continuer à soutenir notre hypothèse, c'est aussi les regards de Bélanger Fernand, dans ses films indépendants et avec La tourbe et du restant, la vision de Gilles Groulx dans du Pays de Zom, Jean Chabot avec la Fiction Nucléaire, le film essentiel qu'il faut voir pour comprendre notre situation de fournisseur de ressources naturelles aliénées, la vision de Sylvie Groulx et Francine Allaire avec leur Grand Remue-ménage, Serge Giguère et Robert Tremblay avec leur Belle Famille, Roger Cantin, Denyse Benoît, Claude Laflamme, Jean Saulnier, le Harel de Vie d'Ange, le Gélinas de Montréal Blues, Le Saulnier, le Tremblay de Jos Carbone, Isabelle Hayeur, Nicole Giguère, Hélène Doyle, Olivier Asselin, le Forcier de Bar Salon, le Desjardins-Monderie de Noranda, le Plusieurs tombent en amour de Simoneau-Guy, Marcel Simard, Céline Baril, Claude Gagnon, Marilu Mallet, le Arthur Lamothe de Poussières sur la ville, André Gagnon de Métier Boxeur, René Bail et ses Désoeuvrés, Bernard Gosselin et son Martien de Noël, Roger Laliberté et son Diamant bleu, Garry Beitel, Olivier Asselin, Jean Gagné et Serge Gagné et La Couleur encerclée, Pierre Goupil et tous ceux -celles encore et encore qui auraient mérité qu'on inscrive un thème pour les inclassables, les non-dignes d'une place dans les grandes catégories ou la grande chronologisation. Si vous voulez d'autres noms et des films nous vous les fournirons sur demande.
En effet, il y avait tellement de manières de souligner que cette aventure n'est pas que le fait de ceux-celles qui ont fait des films dans le cinéma institutionnel ou de tablette officielle et mentionnable ou des faiseurs de Box office à chaque époque. Oui, les pistes du cinéma de source sont là, mais elles ne sont que prête-nom à l'aventure des institutions. L'aventure cinéma, c'est aussi les aventuriers qui ont pris pour patrie l'errance, la liberté. Ceux -celles qui se sont engagé-e-s mais qui ne sont pas payé-e-s.
Leurs démarches sont importantes parce qu'elles ont su regarder notre société avec des yeux non normalisés, non intégrés dans des plans de carrières, ou de mission d'institutions. Elles nous révèlent des particularités, des analyses, des visions sur ce que nous sommes, avons été et nous aident à comprendre ce que nous voulons ne pas être.
Pour quelles raisons les consultants à la tâche, à la solde des industriels du cinéma pop-corn et institutionnels n'ont pas voulu mettre ces démarches dans le portrait? Était-ce pour faire cute, pute, trahir la spécificité de l'aventure de ce que nous sommes et la réduire à ceux-celles qu'ils trouvaient présentables? Comme si des mon oncles qui organisent une veillée québécoise feraient dispaître les neveux qu'ils trouvent tannants, dérangeants, inquiétants, troublants, peu présentables.
Cette exposition ne dit pas toute la vérité parce que toute l'aventure cinéma n'est pas le fait d'une planification. Paradoxalement, dans beaucoup de cas, les oeuvres utilisées pour célébrer ne doivent en fait leur importance qu'à cette volonté qu'ont eu leurs auteur-e-s de transgresser les normes, les programme, les styles.
“Pourquoi nos films dérangeraient-ils. Ils n'ont jamais été montrés” s'inquiétait Jean-Luc Godard. Nous pouvons comprendre pourquoi jamais nos films ne sont présentés. Quand il y a des événements de société qui devraient en faire état, on s'associe des consultants à la tâche qui effacent notre réalité et la rendent encore plus inaccessible à la population qui le mérite. Et ici on s'en fout un peu si les gens aiment ou n'aiment pas. C'est le propos du cinéaste de regarder et proposer. Le spectateur regarde, aime ou n'aime pas. Le cinéaste n'est pas là pour répondre à des sondages.
Et ce travail, dans notre aventure cinéma, ces passionné-e-s l'ont fait, le font et le feront.
C'est pourquoi nous adresserons une demande directement à la Ministre de la Culture pour que cette dernière comble le vide laissé par votre silence inquiétant en lui demandant d'accorder des fonds spéciaux pour que Diffusion Conventum et son Rézo de diffusion du Cinéma indépendant puisse, dans le cadre de ses activités, célébrer ces démarches aventureuses et pionnières que vous avez ignorées.
Alors Messieurs, Dames nos fonctionnaires de notre Musée il n'en restera qu'à vous de participer et collaborer à notre petit film: “Pour briser ce silence inquiétant... prise 1... moteurs... le son roule, cadré ...ACTION...”
Alex G. Rom, cinéaste
Johnny Dumieuz, cinéaste
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