Bush et le délire

Les États-Unis sombrent dans le délire. Bush et cie vivent leur saga du pouvoir en s'inspirant d’une théologie puisée aux sources des comics strips. Une vision du monde qui remonte à Mani et au-delà, présente aux racines du judaïsme et du christianisme ainsi que de l’islam. Vieux dualisme dont certains historiens des religions retrouvent les traces dans les traditions orales anciennes et surtout dans les traditions écrites. Le 20ième siècle a poursuivi les politiques qui s’en inspiraient depuis les premières conquêtes et colonisations. Hollywood a, dans l’ensemble de sa production, concocté mille variations autour du même thème.

La deuxième voie du délire bushien est le fruit d’une lecture littéraliste des grands textes religio-politiques. Les thèmes des campagnes missionnaires étaient (et sont) d’une naïveté déconcertante. Liberté et justice infinies, slogans purs de basse publicité qui obnubilent les esprits. Ce qui leur a permis de croire qu’ils pouvaient remodeler le pouvoir. Défier le Congrès jusqu’à nier sa pertinence, c’est aussi nier un fondement de la constitution des États-Unis, le partage et l’équilibre des pouvoirs. S’arroger non seulement le droit, mais le pouvoir, d’interpréter la loi selon le bon vouloir du président!

Il est bel et bien stipulé que le Congrès élabore les lois et que le président “takes care that the laws be faithfully executed". Or, Bush et cie choisirent d’interpréter la loi à leur guise, et même en jouant la carte du “commander in chief”, d’ignorer tout simplement la loi. Selon le Boston Globe, Bush a ignoré plus de 750 lois depuis le début de sa présidence. Il procède souvent par décret pour contrecarrer des politiques et des lois du Congrès. Deux justifications: la doctrine du pouvoir inhérent au 1er commandant de la nation; la doctrine de l’unité de l’exécutif, incorporée à la présidence. D’où la légitimité du jugement présidentiel, jugement au-dessus de celui des Cours et du Congrès. Sans entrer ici dans les détails, certains juristes liés à l’exécutif construisent le récit sur la présidence comme le lieu centrifuge de tous les pouvoirs. Ainsi, Guantanamo, la torture, les écoutes électroniques, les mensonges, les manipulations; la place de Cheney (et de son filet tentaculaire dans l’ensemble de l’administration) ainsi que celle de Rumsfeld, tout se justifie sans devoir rendre de comptes à personne.

Pourquoi? Pourquoi le Congrès a-t-il permis la construction de cette mythologie du pouvoir totalitaire? Parce que les républicains pratiquent le culte du Parti et ont une foi aveugle envers leur Président. L’obscurantisme politique est entier. Les États-Unis sont devant une tyrannie déclarent certains.

Source: Drew, Elizabeth, Power Grab, NYRB (New York Review of Books), June 22, 2006 p. 10-15. (cf www.constitutionproject.org)

Publié par Hermès le 15 juin 2006 à 05:09 PM TrackBack Commentaires (2)