Travail de la Commission rogatoire d’Espagne entravé par les génocidaires guatémaltèques

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Le 24 juin dernier, la Commission rogatoire d’Espagne est arrivée au Guatemala dans le but d’enquêter sur  les dirigeants des gouvernements militaires guatémaltèques de la période de 1978 accusées de génocide, terrorisme et torture. Cependant, depuis son arrivée la Commission n’a pu interroger les six accusés se trouvant au Guatemala puisque ces derniers ont déposé des recours de protection (amparo) qui ont comme conséquence de paralyser les procédures. Étant donné que la Commission rogatoire doit rester au Guatemala deux semaines, ce délai présente une menace au déroulement de l’enquête.

Une journée après l’arrivée de la Commission, lors d’une conférence de presse, une déclaration signée par 102 organisations guatémaltèques et une lettre ouverte signée par près de 1 000 personnes et organisations internationales ont été présentées en appui au travail de la Commission. Celle-ci suscite beaucoup d’espoir de la part des survivants pour la lutte contre l’impunité et la recherche de justice, qui jusqu’à présent, a été niée au Guatemala. 
 
La Commission rogatoire d’Espagne
 
La Commission rogatoire répond à la plainte présentée en 1999 par Rigoberta Menchú en Espagne contre les généraux Efraín Ríos Montt, Humberto Mejía Víctores, Romeo Lucas García, Benedicto Lucas García, le colonel Germán Chupina Barahona et les civils Pedro García Arredondo (ex chef du Commando 6 de la Police nationale) et Donaldo Álvarez Ruiz, (ex ministre de l’Intérieur). Rigoberta Menchú, Prix Nobel de la paix, les accuse en plus du génocide commis contre le peuple maya,  d’autres délits comme l’incendie de l’ambassade d’Espagne le 31 janvier 1980 (qui a fait 37 morts) et l’assassinat de plusieurs prêtres espagnols.
 
La Commission a été créée en accord avec la décision de la Cour constitutionnelle d’Espagne d’adoptée le principe de juridiction universelle absolu en 2005. En vertu de ce principe, les tribunaux espagnols sont compétents pour juger les crimes contre l’humanité commis en n’importe quel lieu, peu importe si des citoyens espagnols sont impliqués ou non.
 
Les recours dilatoires pour éviter la justice
 
Deux mandats d’arrêts internationaux ont déjà été émis contre deux des huit suspects, soit Romeo Lucas García décédé le 28 mai passé et Donaldo Álvarez Ruiz présentement en fuite. Les six autres suspects présents au Guatemala ont été cités à comparaître devant le juge espagnol Santiago Pedraz et le procureur espagnol Jesús Alonzo, avec l’assistance de la justice guatémaltèque. La comparution de généraux devant la justice est un événement sans précédent.
 
Cependant, les accusés ont multiplié les recours devant les tribunaux guatémaltèques pour éviter de comparaître. Deux nouveaux recours ont été présentés par les avocats de la défense le 23 juin, une journée de l’arrivée de la Commission. En tout, ce sont 14 recours qui ont été présenté en date du 25 juin. Le recours qui empêche actuellement le témoignage des suspects - prévus pour ce lundi 26 juin - provient de l’ex directeur de la police nationale, German Chupina Baharona. Il est donc maintenant possible que la Commission soit incapable de réaliser son travail dans le délai de deux semaines prévues. Cela laisserait voir, encore une fois, le manque de volonté politique du gouvernement de lutter contre l’impunité au Guatemala.
 
Les actes de génocide commis au Guatemala
 
Les faits survenus au Guatemala durant le conflit armé (de 1960 à 1996), amplement documenté dans le rapport de la Commission de clarification historique des Nations unies (CEH), incluent, entre autres choses, 626 massacres commis par les forces de l’État et des actes de génocide. La CEH estime que le nombre de morts et de disparus dans l’affrontement fratricide a atteint plus de 200 000 personnes, dont plus de 83% étaient des Mayas. Selon Edda Gaviola, directrice du Centre d’action légale en droits humains (CALDH pour son sigle en espagnol), « le génocide qui a eu lieu au Guatemala durant le conflit armé avait pour intention de détruire le peuple maya. »
 
Jusqu’à maintenant, la justice guatémaltèque a été incapable de condamner les responsables de ces crimes, malgré les multiples dénonciations et les preuves présentées par les survivants et les militants de droits humains.
 
Solidarité internationale
 
Dans ce contexte, le Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG), réitère son engagement d’accompagner la lutte contre l’impunité et de rester attentif à la sécurité des défenseurs impliqués dans des procédures pénales pour les violations des droits humains au Guatemala, en particulier ceux qui contribuent à fournir des éléments de preuves à la Commission rogatoire d’Espagne.
 
Le Projet Accompagnement Québec-Guatemala est une organisation de solidarité internationale qui appui la population guatémaltèque dans sa lutte pour la paix, la dignité, la justice sociale et le respect des droits de la personne.
 
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Publié par La Tribu du Verbe le 28 juin 2006 à 08:46 PM TrackBack Commentaires (1)