Aimer l'amer

Francois Munyabagisha nous fait parvenir cette lettre ouverte à propos de la position officielle du Canada dans le conflit qui oppose Israël au Liban. Il nous fait plaisir de diffuser son texte ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.

L'art d'aimer l'amer : Votre coeur à sensor libano-canadien est brisé, le mien aussi.

La crise israélo-libanaise risque de briser le beau rêve ou le mythe Canada. Le fossé entre les deux solitudes fédéraliste et séparatiste s'accentue. Et pour cause, les Conservateurs déshabillent le Canada pour lui faire porter le vieux et sale linge de cow-boy. Depuis, tant à l'étranger qu'au pays de Lester B. Pearson, les amours du beau Canada sont blessés, et se sentent trahis ou désillusionnés. Pour certains, le Canada n'aura jamais été différent. Ce qui serait nouveau est que cette fois-ci la triste réalité est portée sur la place publique.

De Beyrouth à Cape Town, en passant par Paris, nombreux amis et admirateurs du Canada s'interrogent et se disent déçus. Ici au Canada, nombreux fédéralistes sommes également frustrés de voir notre temple souillé. Et nous voudrions alors nous consoler d'être Québécois et d'avoir une alternative de pays qui nous ressemble et nous rassemble harmonieusement dans un dessein universaliste. Aux uns et aux autres, j'aimerais dire ceci : « Ne regardez pas d'un œil rouge le drapeau du Canada, pour cause de son modèle de démocratie ».

La démocratie, est d'habitude confinée au champ de la politique intérieure. Lorsque l'intérieur vit des crises, la démocratie tente de les résoudre par des choix tournés vers l'intérieur, faisant abstraction quasi-totale de la responsabilité internationale du pays. Cependant, une fois investis, les favoris de la politique intérieure doivent jouer sur tous les terrains, espérant que l'extérieur leur laisse assez de temps pour faire école et surtout, leur soit généreuse pour ne point les soumettre à une dure épreuve. Dans de rares cas, ils feront face à une conjoncture internationale impitoyable et sauront en tirer profit. Les grands et bons politiciens se manifestent devant des dédales, les petits ou les mauvais ne se manifestent jamais.

Dans le cas canadien, le gouvernement actuel est arrivé par la porte du scandale des commandites. Par ce scandale, l'intégrité personnelle des fonctionnaires et des élus est seule concernée. Les canadiens ne veulent pas de corruption domestique, c'est claire, ils sont outrés de se faire traités de pondeuses. De là la volonté de renvoyer à l'école le parti responsable malgré qu'il est le seul qui partage le mieux les valeurs d'une fédération canadienne forte et propre. Depuis, les Conservateurs assument l'intérim qui, excepté le concours d'un ouragan télécommandé, ne devrait pas durer plus de 4 ans. Pendant ces 4 ans, le gouvernement pourrait multiplier des bavures sur le plan de la politique extérieure, mais les cœurs sensibles devront l'endurer tant que l'intérieur a tout l'air de récolter les fruits du changement, en l'occurrence l'assurance ou l'illusion d'une saine gestion des fonds publics. Évidemment, le défi est de savoir jusqu'où les intérêts égoïstes intérieurs contrôlent l'action gouvernementale à l'ombre des discours fondateurs du pays, ou éventuellement du mythe Canadien.

La démocratie canadienne fonctionne de sorte que les bons et les moins bons se succèdent pour que le pays puisse progresser. Ainsi je comprends et contiens ma colère contre un gouvernement va-t-en guerre et qui se fout comme tout belliciste de la vie et des avis des citoyens. Aussi je caresse et confesse ma patience pour pouvoir mieux l'exprimer prochainement par voie des urnes. L'idéal aurait de toute évidence été de pouvoir l'exprimer immédiatement, mais encore là hélas l'opposition voit d'abord ses intérêts intérieurs pour demander des élections, jamais l'interpellation internationale. Dommage que le monde soit de la sorte centré sur soi. Dès lors, rougir d'une politique étrangère établie à l'américaine est un minimum, mais, c'est un gaspillage d'énergie lorsqu'elle n'est qu'elle ne tient que d'un passage de gens de l'intérieur qui ne sont pas pour rester.

N'en voulez donc pas au Canada, à ses symboles et surtout pas à ses habitants. J'espère que ceci est plus ou moins compréhensible. Toutefois, si jamais ce modèle de démocratie à l'anglaise vous fait honte et vous est intolérable, venez au Québec. Ici on vit au Canada, et si jamais les étasuniens envahissaient politiquement le Canada, le Québec qui héberge l'âme du Canada de votre amour serait indépendant, et ainsi vous perdrez alors le Canada mais pas tout l'essentiel.

Francois Munyabagisha
Drummondville

Publié par La Tribu du Verbe le 30 juillet 2006 à 07:35 PM TrackBack Commentaires (3)