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En quittant le Liban en 1946, la France s'est assurée d'abord de semer ce qui s'avérera plus tard les graines de la division. Avant de céder le pouvoir aux Libanais, les autorités coloniales françaises ont mis en place une configuration des pouvoirs fondée sur l'appartenance religieuse, entre les trois grandes communautés. Ainsi, le poste de Président allait à un chrétien maronite, celui du Premier ministre à un sunnite et celui de chef du parlement à un chiite. Le 13 avril 1975, les graines de la division ont donné leurs fruits. C'est le début d'une guerre civile qui a duré 18 ans. C'est en analysant l'entente de 1943, baptisée Pacte National, qu'on peut comprendre l'émergence du Hezbollah. Un parti politique qu'on accuse de former un État dans l'État.
Le Pacte National, qui est donc une conception française, a consacré la confusion entre l'appartenance politique des libanais et leur appartenance communautaire et religieuse. Encore aujourd'hui, selon la même constitution, un sunnite ou un chiite, qui possèderaient les qualités d'un chef d'État ne pourraient jamais accéder au poste de Président. En 1943, la communauté chrétienne étaient à peine majoritaire. Nul part dans la Constitution de 1943, on avait prévu une reconfiguration des pouvoirs entre les communautés advenant une évolution démographique qui pourrait favoriser une autre communauté au poste de Président. Les chiites représentent aujourd'hui plus de 35% de la population libanaise. Mais déjà 1975, les chiites n'étaient plus minoritaires au Liban. Parmi le 40% des chrétiens, 24% sont maronites. Au Liban la religion et la politique sont étroitement liées. Sur la carte d'identité d'un Libanais, la religion de celui-ci est inscrite.
Les imperfections de la Constitution libanaise, ont eu pour conséquences de cultiver, dans la communauté chiite en particulier, des sentiments de frustration et d'injustice. Des sentiments qui ont grandement contribué à l'éclatement de la guerre civile en 1975. L'entrée en jeu des Palestiniens dans la scène politique libanaise en 1971, après l'expulsion de l'OLP de la Jordanie, a eu pour effet de consolider les communautés musulmanes du Liban. Se sentant menacé par cette nouvelle force, les chrétiens du Liban ont fait appel à l'intervention de la Syrie en 1976 contre l'OLP et le Mouvement national libanais. Cela n'a fait qu'aggraver la crise.
C'est en réaction à l'invasion israélienne au Liban en 1982 que le Hezbollah est né. Sa branche armée, devenue la principale organisation militaire au Liban, a été crée grâce au financement iranien. Mais sa création répond à l'incapacité de l'armée libanaise de faire face à Israël. Elle répond surtout à un profond besoin d'une grande partie de la communauté chiite d'être mieux reconnue sur la scène politique.
Depuis sa création, le Hezbollah a été diabolisé par l'ensemble des médias et beaucoup de politiciens occidentaux. Aujourd'hui le Hezbollah est un parti légalement et légitimement reconnu par l'ensemble de la société libanaise. Ironique de voir et d'entendre des élus canadiens, Coderre, Duceppe et compagnie, remettre en question la démocratie libanaise en qualifiant le Hezbollah de groupe terroriste! Le Hezbollah est représenté par 14 députés au Parlement libanais dont deux ministres. Je rappelle que le 1er août 2006, par la voie de son président, l'Union européenne a signalé que le Hezbollah ne sera pas inscrit sur la liste des organisations terroristes!
Devant la résistance du Hezbollah, l'armée israélienne s'est attaquée à des régions chrétiennes espérant ainsi que les libanais retrouveraient leurs réflexes de guerre. Mais les chrétiens n'ont manifesté aucune hostilité contre le Hezbollah. On ne peut pas être plus libanais que les libanais. Malgré les grands dégâts de la guerre, pour la première fois au Liban, un sentiment de victoire traverse tous les Libanais. Dans la résistance acharnée du Hezbollah devant la riposte démesurée d'Israël, tous les Libanais ont retrouvé une certaine fierté. Apparemment et jusqu'à nouvel ordre, la politique du "diviser pour régner" dont les racines se retrouvent dans la constitution même du pays, ne fonctionne plus.
Étant une spécialité française, la France aurait pu, avant son départ en 1946, intégrer les principes de la laïcité dans la constitution du Liban. Au moins semer quelques graines. Mais le Pacte National, tel que signé par les trois communautés libanaises, devait probablement répondre à ses intérêts.
Désormais, les libanais ne pourront aujourd'hui compter que sur eux-mêmes pour éliminer toutes sources de division. Le Liban est connu comme une république, mais pas encore une république laïque. Voilà un beau projet de société qui devrait, à l'issu de cette victoire morale, interpeller tous les Libanais
Après cette dernière guerre avec Israël, la république du Liban est elle prête à améliorer son Pacte National et faire la paix avec elle-même? Fraternité, égalité et laïcité!
PS: Aux propos de Marc Attali, Consul d'Israël, à l'émission La Tribune de Radio Canada, je n'ai qu'un commentaire. Les Québécoises et les Québécois (dont les 50 mille manifestants du 6 août dernier) n'ont pas à s'excuser d'être ce qu'ils sont.
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