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Dans sa section "E-boutique", Garda vous propose des articles promotionnels sous le slogan "Garda, c'est vous!".
Un article paru aujourd'hui dans La Presse s'intéresse aux activités de cette compagnie québécoise faisant des affaires d'or à travers le monde. À la lecture de cet article, il est légitime de se demander si leur slogan est fondé ou non.
La Presse Affaires, samedi 9 septembre 2006, p.2
LA FACE CACHÉE DE GARDA
Mercure, Philippe
DEPUIS L'ACQUISITION DE L'ENTREPRISE VANCE INTERNATIONAL, EN JANVIER DERNIER, GARDA EST ENTRÉE DANS UN NOUVEAU MONDE: CELUI, SECRET, DES SERVICES DE SÉCURITÉ D'ÉLITE. DE L'IRAK AU COEUR DES INSTALLATIONS MILITAIRES AMÉRICAINES, LA PRESSE AFFAIRES FAIT LA LUMIÈRE SUR LA NOUVELLE DIVISION AMÉRICAINE DE L'ENTREPRISE DE SÉCURITÉ QUÉBÉCOISE.
Mars 2003. George W. Bush déclenche l'inva sion de l'Irak. Des mil liers de soldats quittent les États-Unis pour aller renverser Saddam Hussein, posant un problème de taille: qui va assurer la sécurité des installations militaires en leur absence?
La réponse sera d'octroyer discrètement des contrats de centaines de millions de dollars, sans appel d'offres, à des sociétés privées. Parmi les grands gagnants de cette distribution: Vance International, troisième entreprise d'enquêtes et de sécurité au monde, avalée par l'entreprise québécoise de sécurité Garda en janvier dernier.
L'histoire illustre à quel point Garda est loin de la petite boîte de Saint-Henri fondée il y a 11 ans par le président Stéphan Crétier avec une hypothèque de 25 000 dollars sur sa propre maison. " Les gens croient encore que Garda, ce sont les gros Tonka rouges dans les rues de Montréal. Garda, c'est maintenant beaucoup plus que ça ", a lancé M. Crétier lors de sa dernière assemblée annuelle.
Aujourd'hui, son " bébé " engrange des revenus de 640 millions de dollars et compte des compagnies comme Shell, Coca-Cola et McDonald's dans sa liste de clients.
Depuis l'acquisition de Vance International, certains mandats de Garda semblent tout droit sortis d'un film d'espionnage: négocier avec des kidnappeurs en Colombie, protéger les installations pétrolières en Irak, jouer les gardes du corps pour les Bill Gates, Nelson Mandela et Arnold Schwarzenegger de ce monde. Pour diriger de telles missions, la division américaine compte sur d'ex-directeurs des services secrets américains et de Scotland Yard.
Au Québec, des gens comme Robert Saint-Jean, ex-chef de la brigade Carcajou contre le crime organisé, et André Bouchard, ancien commandant de la section des crimes majeurs du Service de Police de la Communauté urbaine de Montréal, ont aussi rejoint Stéphan Crétier.
Mais on n'envoie pas des gardes armés en Irak et dans les bases militaires des États-Unis sans susciter une certaine controverse. Il suffit de taper " Vance International " dans un moteur de recherche sur Internet pour constater que la nouvelle division de l'entreprise québécoise n'est pas dans les bonnes grâces de tous.
Les reproches remontent aux années 80 et 90, lorsque Vance est intervenue lors de plusieurs conflits de travail d'envergure aux États-Unis. Emploi de méthodes " paramilitaires ", violence envers la " classe ouvrière ", gardes de sécurité décrits comme d' " ex-soldats mésadaptés " ou " d'aspirants policiers frustrés en bottes de combat ": sur plusieurs blogues et sites Internet, Vance en prend pour son grade.
Ces allégations dérangent-elles le président Stéphan Crétier, qui dit appliquer la combinaison " bonne clientèle, bon prix, bonne réputation " pour acheter ses entreprises? Impossible de le savoir. Ni les dirigeants de Garda, ni ceux de Vance International, aux États-Unis, n'ont voulu accorder d'entrevue dans le cadre de ce dossier.
Joints au début de l'été, les dirigeants de Garda ont dit vouloir attendre septembre pour commenter les activités de leur nouvelle division américaine afin de compléter son intégration. La Presse Affaires a contacté Garda à nouveau à la fin août, mais il a été impossible d'obtenir une entrevue pour le début du mois de septembre. Nous avons également demandé de nous entretenir avec des employés postés en Irak ou d'aller voir les activités de Vance International aux États-Unis: refusé.
Confier la sécurité au privé
Les sites et les blogues, évidemment, peuvent bien dire ce qu'ils veulent: on trouve de tout sur Internet. Mais à Genève, le Centre pour le contrôle démocratique s'est penché de façon plus sérieuse sur la question, délicate, de mettre des armes dans les mains de gardes privés et de leur confier des mandats de sécurité.
L'organisme fondé par le gouvernement suisse a publié un rapport en 2005 où il note que, dans un monde obsédé par la sécurité, le recours au privé est de plus en plus répandu. Garda le sait bien: " On est dans un marché en pleine croissance, et je pense que la sécurité est d'actualité ", a dit Stéphan Crétier lors de sa dernière assemblée annuelle. En plus d'assurer la surveillance de 10 bases militaires aux États-Unis, Garda contrôle par exemple la sécurité de plusieurs des grands aéroports canadiens, dont l'aéroport international Pearson à Toronto et Pierre-Elliott-Trudeau, à Montréal.
Le Centre pour le contrôle démocratique de Genève constate l'utilité de ces gardes dans un contexte où les soldats et les policiers ne peuvent être partout. L'organisme souligne toutefois qu'il y a des " problèmes de responsabilité et de transparence " soulevés par l'emploi de gardes privés. Les chercheurs s'inquiètent également de voir la sécurité devenir " un bien inégalement distribué, disponible seulement à ceux qui peuvent se le payer ". Sans faire le procès de chaque entreprise individuellement, le rapport pointe Vance International dans la liste des entreprises concernées par son analyse.
Une firme liée à Bush?
Et il y a la dimension politique. " Comme cela est particulièrement visible aux États-Unis, il y a un sérieux potentiel de conflits d'intérêts découlant des liens étroits entre des anciens officiels gouvernementaux et le secteur privé, incluant le " syndrome de la porte tournante " où le personnel passe du gouvernement à l'industrie, à l'armée ", écrit le Centre pour le contrôle démocratique des forces armées de Genève à propos des sociétés de sécurité.
Vance International a été fondée en 1984 par Chuck Vance, un ancien agent des services secrets américains, qui a été marié à la fille de l'ancien président républicain Gerald Ford. Lorsqu'elle a largement bénéficié des contrats octroyés sans appel d'offres pour la protection des bases militaires américaines au début de la guerre en Irak (voir le texte Autopsie de contrats controversés), les allégations de liens étroits entre Vance International et le Parti républicain américain ont refait surface.
Garda ne le crie pas sur les toits, mais le New York Times a aussi révélé que sa nouvelle division a reçu plus de 1,1 million de dollars US pour assurer la sécurité de George W. Bush durant la campagne électorale précédant les élections de novembre 2004. Les documents de la Federation Election Commission consultés par La Presse Affaires font effectivement état de plusieurs paiements pour " services personnels- équipement " à Vance International en 2003 et 2004, malgré la réponse évasive de la vice-présidente aux communications de Garda, Nathalie de Champlain, au sujet de ces contrats.
" Vance n'offre pas de services... du moins Bush a sa propre sécurité. Normalement, nous ne dévoilons pas les renseignements sur les clients. Mais à mon avis, ça me surprendrait bien gros que Vance ait offert ces services ", a-t-elle répondu lorsque La Presse Affaires a tenté d'en savoir plus sur ces contrats.
Illustration(s) :
" Les gens croient encore que Garda, ce sont les gros Tonka rouges dans les rues de Montréal. Garda, c'est maintenant beaucoup plus que ça ", insiste son président Stéphan Crétier (à droite). Depuis l'acquisition de Vance International, certains mandats de son entreprise semblent tout droit sortis d'un film d'espionnage: négocier avec des kidnappeurs en Colombie, protéger les installations pétrolières en Irak, ou encore jouer les gardes du corps pour les Bill Gates de ce monde.
Les portes de la direction de Garda sont restées closes. Son président, Stéphan Crétier (sur notre photo), a refusé d'accorder la moindre entrevue à La Presse Affaires concernant les activités de sa nouvelle division.
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