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La montée soudaine des Conservateurs au Québec nous amène à établir un certain parallélisme avec celle de l’ADQ qui d’ailleurs commence déjà à décliner. Néanmoins, aucun historien ou politicologue n’a encore mis vraiment ce phénomène en perspective, en rappelant l’émergence d’autres mouvements ou partis de même type ; le créditisme des années 50, 60 (en 1965, si je ne m’abuse, il était allé chercher 42% du vote québécois aux élections fédérales). Plus près de nous, le réformisme de Manning et l’Alliance canadienne avec la « Stockmania » qui s’est révélée un pétard mouillé. Ce type de mouvement politique, c’est le populisme, qui rassemble, sous la gouverne de la petite bourgeoisie – et l’appui financier d’une certaine partie, la plus frustre, des gens d’affaires, – qui rassemble, dis-je, une classe moyenne en déroute, des ruraux déplacés, des idéologues de chambre de commerce, des laissés pour-compte de la belle économie transnationale, etc. Dans le cas des Conservateurs issus de la fusion du Reform et de l’Alliance, il y a là cependant un vieux fond bleu qui pourrait leur assurer un avenir.
Pour que de tels mouvements surgissent – généralement fugaces, sauf s’ils peuvent se transformer en dictature, comme le fascisme italien ou le péronisme argentin, il faut une crise assez généralisée des institutions politiques, économiques et sociales et, surtout, une démoralisation d’une bonne partie de la population qui accompagne généralement des changements technologiques importants et une vague spéculative. Quand la bulle éclate, c’est là que la couvée éclôt. Dans le cas qui nous occupe, quelle est cette couvée, les cadres et les militants de ce mouvement ?
Les années 80 et 90 ont été impitoyables, beaucoup plus pour les jeunes, sortant des universités et des collèges que pour les ouvriers et techniciens; les fonctionnaires y ont goûté aussi avec la « rationalisation » (coupures, dégraissage, déficit zéro, etc.) Les gens qui avaient 18, 20 ans en 1980, ont eu à subir deux crises majeures (81-84 et 90-94) et vivre la précarité pendant 12-15 ans. Puis est arrivée la fameuse « nouvelle économie », la révolution informatique qui en a enrichi quelques-uns; pour, qu’ensuite, l’éclatement de la « bulle technologique » commence à laminer les espoirs de la plupart. Et ce n’est pas une crise soudaine après quelques années de prospérité.
Aux élections de janvier, la goutte qui fît déborder le vase, en plus de l’usure du pouvoir, fut les scandales à répétition – et les désastres de l’enregistrement des armes à feu, des Ressources humaines, etc : mauvaise administration et corruption. Alors, cette génération doit se trouver un coupable. Comme elle a été saturée d’idéologie néo-libérale, elle est incapable de voir les vraies causes et se retourne contre l’État et la génération des baby-boomers, plutôt que contre les politiques d’extrême-droite (privatisations, déréglementation, soi-disant « lois » du marché, enfin, toute la mythologie néo-libérale) qui, elle, a déjà démontré depuis 2 ou 3 ans, qu’elle ne fait que déstabiliser l’économie mondiale et accroître la misère du grand nombre au profit de quelques milliardaires frauduleux.
Quand un mouvement politique connaît ainsi une montée fulgurante, tous les petits idéologues de chambres de commerce (Institut économique de Montréal, et autres « boîtes » d’extrême-droite), les frustrés, les politiciens en chômage qui se cherchent une niche, les déçus du nationalisme, enfin, généralement le fond du baril politique, viennent se joindre au noyau dur, plus sincère, pour essayer d’entraîner une masse peu politisée.
Cependant, la présence de ce troisième parti au pouvoir pourra peut-être fouetter nos deux partis traditionnels (les libéraux et bloquistes au fédéral; les libéraux et les péquistes au Québec) et les sortir enfin de leur léthargie…
Qui n’étudie pas le passé est condamné à ne rien comprendre au présent.
Publié par Claude Morisset le 11 septembre 2006 à 01:00 PM
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