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Wal-Mart représente une cible de prédilection, puisqu'il s'agit de la plus grosse entreprise de la planète, avec un chiffre d'affaires dépassant le PIB de pays comme la Norvège, l'Indonésie ou l'Arabie Saoudite. Il est de plus en plus connu que la compagnie réussit à "offrir le prix le plus bas" en achetant des produits fabriqués dans des sweat-shops, en méprisant ses "associés" avec des salaires et des conditions de misère, en se moquant des lois du travail en vigueur dans les pays ou elle s'installe. L'information sur les pratiques négatives de Wal-Mart pullule, et pourtant, les gens continuent d'y faire leurs emplettes. Les clients de Wal-Mart n'ont-ils pas accès à toutes ces informations? C'est l'hypothèse d'un groupe d'activistes qui organise une tournée à travers 36 succursales de Wal-Mart au Canada, et que l'on suit dans le documentaire Wal-Town, le film.
Les activistes, qui s'inscrivent dans la plus pure tradition du culture-jamming (ou brouillage culturel), utilisent les mêmes lettrages et couleurs que Wal-Mart sur leurs logos, pamphlets, chandails, etc. Ils s'installent à l'entrée d'une succursale et y distribuent des tracts sur les méfaits de la compagnie, tout en essayant amicalement d'entamer la conversation avec les gens qui entrent et sortent du magasin. Ils tentent d'éviter au maximum toute forme de confrontation, de faire la morale, se concentrant uniquement sur la diffusion d'information. On entend même l'un des activistes déclarer qu'il n'a pas le droit de dire aux gens où et quoi acheter.
Malheureusement, même si quelques personnes se montrent réceptives et acceptent un tract, il faut bien avouer que l'accueil réservé aux activistes est généralement glacial, voire agressif. Non pas l'accueil des gérants et "associés", qui vont jusqu'à leur offrir du café, mais bien l'accueil des clients. Certains les invectivent, froissent les papiers dans leurs mains et les jettent par terre sans les lire, d'autres affirment qu'ils ne veulent rien savoir de cette "propagande", ils défendent la famille Walton et l'entreprise, minimisent les dégâts causés par ce genre de pratiques, bref, l'information que les activistes tentent de diffuser se bute au mur du refus posé par les clients de l'hypermarché.
L'idée de tenter de rejoindre directement les clients de Wal-Mart est excellente, ces militants "de terrain" sont dévoués, mais on arrive rapidement à la conclusion que l'information n'est pas suffisante. En fait, la conclusion est bien davantage troublante, et révélatrice de nos sociétés de consommation. Ces gens ne veulent pas savoir. Ils refusent carrément d'être informés quant aux implications de leurs choix économiques. C'est comme si payer nous débarassait de nos fonctions de citoyens pour n'être plus que des consommateurs, comme si payer donnait le droit de ne pas savoir...
Le film est également entrecoupé d'entrevues avec des syndicalistes, d'anciens travailleurs de Wal-Mart, des politiciens, et même certaines personnes en faveur de l'entreprise, comme Andrew Pelletier, directeur des affaires corporatives de Wal-Mart au Canada. Des statistiques troublantes sur la compagnie nous sont offertes aussi tout au long du film, ce qui en fait une oeuvre aussi informative que personelle.
Est-ce que l'information passera mieux sous la forme d'un documentaire que sous celle d'action directe dans les stationnements de Wal-Mart? Wal-Town le fim sera présenté sur les ondes de Radio-Canada ce soir, dimanche 3 septembre, à 22h30.
Une entrevue audio avec Johanne Savoy, l'une des membres de Wal-Town, sera également disponible sur le podcast de Musironie dès le 5 septembre...
Wal-Town, le film
2006
Réalisé par Sergeo Kirby
66 minutes 30 secondes
Produit par Productions Grand Nord Québec Inc et l'ONF
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