Abdelkader Belaouni, l'homme oublié?

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"Qu'est-ce qu'on leur laisse, le silence résigné ou le cri révolté"
Richard Séguin

Je transfère le communiqué ci-bas avec un profond sentiment de malaise pour ne pas dire de honte. Comment, dans un pays dit des droits humains, un homme aveugle et diabétique peut-il être encore maintenu dans une situation aussi intenable? Ça fait 10 mois qu'Abdelkader Belaouni n'a pas quitté son sanctuaire à l'église St-Gabriel. Cet homme ne représente aucune menace à la société, son dossier est celui d'un homme qui a fui un pays où sa vie était en danger. Plusieurs algériens ont obtenu le statut de réfugié, pourquoi pas lui ? Malgré la grande solidarité à sa cause, plusieurs fois manifestée par la communauté, le silence des gouvernants persiste. Les promesses de plusieurs députés de l'opposition, ne donnent apparement aucun résultat.

J'ai connu Abdelkader Belaouni personnellement. D'abord en couvrant la marche pour les Sans statuts de Montréal à Ottawa, en juin 2005 dans le reportage J'y suis, j'y reste. Et puis en lui rendant visite à plusieurs reprises à son sanctuaire.

Le 1er décembre prochain, je me joins à tous ceux et celles qui marcheront pour réclamer la dignité d'un homme.

LA PEUR

Qui au Canada, aurait peur d'un homme aveugle et diabétique? Un homme dont le parcours force compassion et admiration. Après avoir été champion national de judo de son pays d'origine, le sort lui a réservé un autre destin. Après avoir perdu la vue en 1992, il aurait pu perdre sa vie s'il n'avait pas fui un pays où une guerre civile a tué quelques 150 000 algériens. En tant qu'aveugle, Abdelkader a toujours peur pour sa vie, sa situation est trop vulnérable devant d'éventuels règlements de compte du passé. D'autre part, il est parfaitement intégré au Canada ou, depuis 5 ans, il est soutenu par un réseau d'amis qui est devenu sa famille.

Accompagné de ses amis, Abdelkader Belaouni a marché durant une semaine, du 18 au 25 juin 2005, de Montréal à Ottawa pour réclamer la régularisation de quelques 200 000 sans statuts au Canada, la fin des déportations, la fin des détentions des migrant(e)s, immigrant(e)s et réfugié(e)s; et l'abolition des certificats de sécurité. Une centaine de citoyens canadiens ont fait partie de cette marche.

Pour Abdelkader Belaouni comme pour des milliers de sans statuts, cette marche n'a pas été prise en considération par les autorités politiques. Et pourtant l'enjeu des sans statuts nous concerne tous. L'avenir du Québec et du Canada repose aussi sur ces immigrants sans statuts et leurs enfants qui partagent déjà les bancs d'écoles avec les nôtres. Mine de rien, ils font partie de nous. "Il suffit d'ouvrir les yeux" me disait une des organisatrices de la marche. Les amis de ces personnes, les amoureux et amoureuses de ces personnes partagent leur insécurité, leurs souffrances, parfois leurs joies, leurs vies.

A t-on idée de ce que cela veut dire, 200 mille personnes non régularisées au Canada? C'est à dire sans accès normal aux soins de santé, sans vie normale. Vivre en cachette pour certains, avoir des enfants nés ici mais sans les mêmes droits que les autres enfants. Je cite le cas d'une algérienne. Elle a attendu 13 années durant lesquelles elle a eu 5 enfants, tous nés ici, avant que sa situation ne soit régularisée. Mais à quel prix?

Mohamed Cherfi, que les autorités américaines d'immigration avait reconnu comme non dangereux, s'était d'abord réfugié dans une église de Québec avant d'être expulsé aux frontières des États-Unis. Des familles entières se sont réfugiées durant des mois dans les sous-sols d'église avant d'être régularisées ou expulsées. Depuis le 1er janvier 2006, à partir d'un sanctuaire de St-Charles à Montréal, Abdelkader Belaouni, homme aveugle et diabétique, demande justice et compassion. Dans son cas comme dans celui de tous les autres demandeurs de statut, je crois qu'il est franchement absurde d’avoir peur de personnes qui ont encore plus peur que nous...

Qui est Kader ?

J'ai fait la connaissance d'Abdalkader Belaouni lors de cette marche d'une semaine et j'ai parlé longuement avec lui. Nous avions beaucoup de temps devant nous avant d'arriver à Ottawa. Je n'étais plus un journaliste, mais un homme qui rencontre un autre homme. Je connais bien son parcours douloureux mais néanmoins courageux. Après avoir été un champion de judo dans son pays d'origine l'Algérie, le malheur l'a frappé en le privant de la vue. Mais dans le contexte de la guerre civile, ce sont les menaces répétées contre sa vie qui l'ont poussé à l'exil. La situation en Algérie est certes plus stable aujourd'hui, mais en tant qu'homme aveugle, il est normal pour Abdelkader de se sentir vulnérable devant certains règlements de comptes du passé.

D'autre part, Abdelkader s'est très bien intégré au Canada ou il se sent maintenant chez-lui. D'ailleurs, il bénéficie d'un réseau de soutien extraordinaire de la communauté. Cela prouve et confirme les capacités d'intégration de cet homme que ses amis appellent Kader.

La cause oubliée des sans statuts

Les sans statuts ont le malheur de ne pas avoir comme ami des vedettes ou des personnalités publiques pour qui les micros s'ouvrent plus facilement. Les sans statuts comme Kader ont comme amis des hommes et des femmes "ordinaires" dont certains se donnent corps et âme pour rendre possible une justice et rétablir la dignité. Parfaitement conscients de leurs droits et de leur devoir. Ni les certificats de sécurité ni aucune mise-en-scène de peur ne les impressionnent. La marche Personne n'est illégal de juin 2005 entrera désormais dans l'histoire, autant par la cause qu'elle défend que par cette volonté titanesque d'un grand nombre de citoyens de ce pays. Aujourd'hui encore, ils se mobilisent pour réclamer justice et compassion pour Kader.

Le 1er décembre 2006, 11 mois après son entrée au sanctuaire de l'église St-Gabriel, les supporters de Kader sortiront dans la rue pour manifester de nouveau leur solidarité et réclamer de l'état canadien une reconnaissance pour un homme sans statut.

J'ose espérer que parmi les élus, les artistes, les hommes et femmes honorables de notre société, plusieurs vont se joindre à ce geste d'humanité.

Le Canada est la terre des possibles. Une femme noire a été nommée au sommet de l'État. De plus en plus d'immigrants sont élus à la chambre des Communes et à l'Assemblée Nationale. Ça serait dans la suite naturelle des choses que de régulariser le statut d'un homme qui a démontré son attachement à sa société d'accueil. Abdelkader Belaouni aime le Canada et particulièrement le Québec parce qu'il s'y sent plus en sécurité. J'en suis témoin.

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Communiqué
NOTRE COMMUNAUTÉ, NOTRE CHOIX : STATUT POUR KADER!

Vendredi, 1er Décembre, 10:00 am
Église St-Gabriel, 2157 Rue Centre
Métro Charlevoix


Onze mois après qu'il ait été forcé de se réfugier en sanctuaire à l'église St Gabriel afin d'éviter la déportation, et plus de dix ans après qu'il ait commencé à vivre sans statut, les supporters de Abdelkader Belaouni (Kader) sortirons dans la rue pour manifester leur solidarité avec lui!

Kader est un Canadien sans statut qui demande simplement une reconnaissance légale afin qu'il puisse enfin vivre sans peur et dans la dignité, comme c'est le droit de chaque être humain. La quête de Kader bénéficie d'un large soutien populaire, mais elle n'a rencontré que des portes closes du côté du gouvernement.

Joignez-vous à nous pour une marche du lieu de sanctuaire de Kader, à Pointe St Charles, aux bureaux d'immigration canada, ou nous affirmerons notre reconnaissance de Kader comme un membre de notre communauté et demanderons que son statut soit officiellement reconnu maintenant!

ENSEMBLE NOUS SOMMES FORT(E)S!
ONZE MOIS C'EST TROP LONG! DIX ANS C'EST BEAUCOUP TROP LONG!!
STATUT POUR KADER MAINTENANT!!!


Pour plus d'informations, contactez le Comité de soutien pour Abdelkader Belaouni au 514-859-9023 ou soutienkader@gmail.com. Vous pouvez visiter le site web de Kader au : www.soutienpourkader.net

Publié par Mohamed Lotfi le 21 octobre 2006 à 01:22 PM TrackBack Commentaires (1)