Le retour du Bonhomme sept heures

Vous souvenez-vous du bonhomme sept heures ?

Le bonhomme sept heures était un personnage mythique d’une vieille légende québécoise qui servait à faire peur aux enfants d’un autre siècle et à les inciter à se coucher de bonne heure. Le bonhomme sept heures enlevait les enfants qui n’étaient pas au lit à sept heures du soir. Il se cachait sous le perron de la maison et entrait bruyamment, avec sa canne qui donnait à son pas un son particulier et effrayant. Il mettait les enfants qui n’étaient pas au lit dans une grosse poche avant de s'enfuir dans son repère avec eux où finalement il les mangeait tout crus.

L'expression "bonhomme sept heures" serait en fait une déformation de l'expression anglaise "bone setter". Un "bone setter" est en fait un "ramancheux", une personne qui replaçait les articulations démises ou qui faisait des manipulations pour remettre le squelette dans le bon ordre. Lorsque dans une famille on faisait venir le "bone setter", souvent la personne traitée gémissait, se lamentait ou criait de douleur ce qui faisait très peur aux enfants de la maisonnée. Plus tard lorsque ceux-ci ne voulaient pas obéir, on les menaçait de faire venir le "bone setter". Au Québec francophone, le "bone setter" est vite devenu le "bonhomme sept heures".

Dans la légende, le bonhomme sept heures était donc un vieux bonhomme boiteux qui faisait la morale aux p’tits enfants.

Et voilà que le bonhomme sept heures est revenu, juste à temps pour l’Halloween. Il est revenu, mais pas pour nous inciter à se coucher de bonne heure cette fois. Au contraire, il est revenu pour nous dire qu’on était rendu paresseux, qu’on travaillait pas assez longtemps, pis pas assez fort. En tout cas qu’on travaillait moins que les honte à rien, pis surtout ben moins que nos amis ricains.

L’année passée aussi, le bonhomme sept heures était sorti de son hospice doré, encore une fois juste un peu avant l’Halloween, cette période de grand bonheur pour les marchands de sucre. Le bonhomme sept heures s’était fait le leader de douze apôtres de l’apocalypse néo-conservateur qui avaient alors fait la promotion d’un manifeste qu’ils avaient appelé « Pour un Québec glucide ». Le manifeste accusait déjà les québécois de dormir sur la « switch » du statu quo, de ne pas faire assez d’enfants, de ne pas être productifs et proposait diverses hausses de taxes et de tarifs, en plus de louanger l’efficacité du secteur privé.

Cette année encore, le bonhomme sept heures n’est pas sorti tout seul, il s’est fait appuyé par d’autres monstres sacrés de la peur moralisatrice qui ne manqueront pas de devenir un jour des personnages de légendes réputés ou des épouvantails de carnaval. Je pense bien sûr à Joseph Facal qui en a profité pour mettre son grain de sucre et sa langue de plywood dans le débat tout en s’autoproclamant de grand social-démocrate (un néo-conservateur-social-démocrate-progressiste, quel super mot pour jouer au pendu, n’est-ce pas M. Facal ?). Je pense à Mario Dément, le cheuf de l’A.D.Q. et grand admirateur du bonhomme sept heures, qui a aussi profité de l’occasion pour ruminer sa salade habituelle. Je pense aussi à tous les représentants du joyeux monde de la business qui s’en ont léché les babines au risque d’empirer leur diabète. Et bien sûr, je pense aux grands radottorialistes des grands médiocres de la belle province qui ont presque tous repris le flambeau, statistiques à l’appui.

Le bonhomme sept heures a raison, gloire soit faite au boiteux moralisateur. Réveillez-vous, bandes de paresseux et travaillez sans relâche de sept heures du mat à sept heures du soir. Réveillez-vous et créez de la richesse. Plus tard, nous inscrirons sur vos tombes : « Vos bras meurtris ont permis d’enrichir les actionnaires de Québec inc. et tous nos fonds de solide hilarité. Maintenant, vous pouvez reposer en paix, le bonhomme sept heures ne vous effraiera plus, il est repu. »

Publié par Rapporteur Zircona le 19 octobre 2006 à 12:22 PM TrackBack Commentaires (35)