Le média citoyen comme partie prenante d’un nouvel écosystème médiatique

Olivier Niquet, du site Cent Papiers, nous fait parvenir ce manifeste sur la place des médias citoyens dans le nouveau monde médiatique. Il nous fait plaisir de le diffuser ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.

Le média citoyen comme partie prenante d’un nouvel écosystème médiatique

Nous situerons d’abord le média citoyen dans le contexte de la société de l’information, d’une demande accrue pour la participation citoyenne, et de la crise des médias. Nous verrons ensuite comment il s’insère dans un nouvel écosystème médiatique, et quels sont les paramètres qui permettent de mener à bien ses objectifs.

Avec l’arrivée d’Internet, la production et la diffusion de l’information ne sont plus les seuls faits de ceux qui ont les moyens de posséder une station de télévision, de radio, ou un journal. Cette nouvelle donne pose plusieurs questions quant au contrôle de l’information et ouvre de nombreuses opportunités, particulièrement dans le domaine de la participation à la vie démocratique. Une de ces ouvertures réside dans l’implication de la population à la publication de nouvelles et de chroniques par l’entremise de médias citoyens. Il convient d’examiner cette perspective sous l’angle de la crise actuelle des médias traditionnels, de la démocratie participative et de la nouvelle économie de l’information.

La société de l’information peut se définir comme une société où les technologies de l’information et des communications jouent un rôle central et qui est tributaire de la diffusion et de l’échange de données. Cette nouvelle réalité pose de nombreuses questions quant à l’utilisation et au contrôle de cette information, de son offre et de sa demande. La lutte pour l’appropriation sociale des moyens de production s’est transformée en lutte pour le contrôle des moyens d’informations (Laulan, 1985, dans Harvey, 2004). Certains y voient donc "une nouvelle forme de lutte des classes entre ceux qui détiennent les moyens de production et de diffusion des informations et ceux qui, jusqu’alors considérés comme spectateurs, lecteurs ou usagers passifs, prennent une part croissante aux processus planétaires de création et de distribution d’informations" (Rosnay, 2005, p.11). Nonobstant les idéologies que promeuvent ces penseurs, une vision plutôt manichéenne, entre contrôle de l’information et objectivité de l’information, se dégage de cette nouvelle donne. Cette réalité convie à une analyse des rapports de force dans la société de l’information, et plus précisément, dans le cas qui nous concerne, de ceux qui ont cours dans l’espace public médiatisé.

La crise des médias

Plusieurs chercheurs s’entendent pour dire que les médias vivent une crise "occasionnée par leur dépendance envers les élites des pouvoirs politiques et économiques, par la présence lourde de la parole publicitaire et par la marchandisation des contenus médiatiques informatifs et culturels" (Gusse, 2006, p.11). Les médias seraient donc beaucoup plus près de l’appareil idéologique que de la sphère publique.

Pour Anne-Marie Gingras (2006), les médias se situent entre l’idéal de la sphère publique telle que conceptualisée par Jurgen Habbermas :

"Dans le concept de la sphère publique, les médias constituent un lieu de délibération des enjeux de société marqué par la rationalité, l’accessibilité et la transparence. Une opinion éclairée se forme au contact d’un vaste éventail de points de vue sur les politiques publiques et plus globalement sur l’orientation du gouvernement. Dans la perspective de la sphère publique, l’opinion éclairée naît grâce à la diversité des points de vue rendue possible par la liberté d’expression. La vision contemporaine de la sphère publique nuance la rationalité des individus ; on reconnaît qu’il s’agit d’une faculté relative et, en conséquence, on assigne une mission de responsabilité sociale aux médias. Ces derniers, perçus comme un des maillons du système démocratique, doivent offrir à l’électorat toutes les informations pour qu’il s’autogouverne." (Gingras, 2006, p.40)

et l’appareil idéologique :

"Le concept de l’appareil idéologique se fonde sur plusieurs idées : le rôle d’outil au service des pouvoirs politiques et économiques que jouent les médias n’est pas tant le produit d’un complot que le résultat de la situation juridique et économique dans laquelle se trouvent les entreprises de presse ; l’organisation du travail dans les médias (temps réduit, ressources limitées, formation continue rare, rapports hiérarchiques, etc.) limite la marge de liberté des journalistes ; la culture journalistique et la concurrence homogénéisent le travail des journalistes ; la dépendance vis-à-vis des sources politiques institutionnalisées force la révérence et nuit à l’esprit critique." (Gingras, 2006, p.46)

D’une part, les médias seraient dépendants des pouvoirs politiques, et d’autre part, des pouvoirs économiques. Les journalistes se contenteraient souvent de reproduire les informations émanant des institutions : "en reproduisant le message officiel sans "interférer", c’est-à-dire sans commenter, le journaliste se transforme en haut-parleur de l’autorité" (Gingras, 2006, p.67). De plus, le fait que les médias appartiennent pour la plupart à de grandes entreprises influe nécessairement sur les contenus qu’ils diffusent, et ce, de façon visible et invisible.

D’abord, en commandant des articles, des sondages ou en sanctionnant leurs journalistes, les propriétaires contrôlent directement ce que les médias diffusent. Ensuite, le fonctionnement routinier des médias implique un contrôle invisible : "Un premier niveau d’organisation matérielle est dicté par les propriétaires ; il s’agit de déterminer le rendement financier, les sources de financement, les revenus et les dépenses. Vient ensuite un second niveau correspondant à l’affectation des ressources humaines et matérielles qui détermine le cadre de travail des journalistes ; le ton du média, ses manchettes, ses priorités, la longueur de ses textes ou le temps accordé à ses reporters constituent autant de caractéristiques à l’intérieur desquelles les journalistes apprennent à travailler naturellement." (Gingras, 2006, p.162).

Cette situation a des effets certains sur la diversité des points de vue. Bien que l’on ne puisse douter de l’intégrité des journalistes employés par ces médias à la structure imposante, il demeure que les objectifs de leurs patrons relèvent de moins en moins de la responsabilité civique et sociale, qui demeure leur raison d’être, que de la logique commerciale. L’exemple extrême de cette situation est décrit dans les propos de Patrick Le Lay, grand patron de la chaîne de télévision française TF1, qui déclarait en 2004 qu’à "la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit [...]. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible".

Cette opposition entre logique commerciale et responsabilité sociale et civile reflète les défauts et les qualités des médias de masse. On ne peut en effet douter que le professionnalisme des grandes salles de nouvelles des médias traditionnels leur permette de jouer très efficacement leur rôle de chien de garde, et que leur visibilité leur assure de promouvoir les événements pouvant être susceptibles de contribuer aux débats de société. Toutefois, comme nous avons expliqué, cette indépendance est toute relative lorsque l’on considère la nécessité pour les entreprises médiatiques de financer leurs activités en privilégiant ce qui plaira à la masse pour augmenter les revenus publicitaires dont ils dépendent.

De plus, la diversité des points de vue est remise en cause par les effets négatifs de la concentration des médias, tels qu’énoncés dans le Rapport du comité-conseil sur la qualité et la diversité de l’information au Québec en 2003 :

« - l’altération de la recherche d’une information complète et de qualité causée par la subordination de l’information aux impératifs économiques en raison d’objectifs de rentabilité ;
- la diminution d’une information complète et de qualité ainsi que du pluralisme des voix ;
- l’uniformisation et la standardisation des contenus, au détriment d’un large éventail de sujets ;
- la centralisation et plus spécifiquement, la montréalisation des informations ;
- la monopolisation du marché publicitaire par les grands groupes et la fragilité accrue des médias indépendants et des petits médias ;
- la perte d’autonomie possible des salles de rédaction ou la fusion des salles ou de la rédaction en chef. » ( Gusse, 2006, p.33)

Selon Isabelle Gusse (2006, p.23), un média assumant sa responsabilité sociale devrait adopter les caractéristiques suivantes :

« - le droit du public d’accéder à la culture, aux moyens de diffusion, à l’information et à ses divertissements éclairants, enrichissants, significatifs et diversifiés, de manière à développer les identités culturelles individuelles et collectives ;
- la liberté de circulation de l’information et de la culture et la liberté d’expression ;
- le droit d’accès aux médias pour les minorités et des opinions diverses librement exprimées ;
- la préservation de la diversité des sources d’informations ;
- l’indépendance des médias vis-à-vis du pouvoir économique et politique ;
- le droit au pluralisme culturel, à la création et à l’expression culturelle ;
- le droit à des médias formateurs garants d’une participation citoyenne dans l’espace public et de démocratie. »

Ces conditions devraient servir de prémisses au fonctionnement d’un média citoyen qui se veut un moyen d’offrir une tribune à tout un chacun afin de faciliter son nouveau rôle d’émetteur dans un écosystème médiatique diversifié.

Le média citoyen comme élément d’un nouvel écosystème médiatique

Vers une démocratie de la communication ?

Lorsque que l’on admet que les médias de masse, en raison de la logique de marché qui les force à s’agglomérer, perdent une part de leur sens civique, et lorsque l’on constate que le contrôle de l’information est et sera l’enjeu principal de l’ère numérique, il convient de voir si des solutions peuvent être mises en place pour que la circulation de l’information soit dépourvue du biais que lui impose la nécessité de productivité et de rentabilité. Considérant que le citoyen ressent de plus en plus le besoin d’être consulté et informé sur les questions relatives à la gouverne de l’État, les technologies de l’information et des communications deviennent une façon de faciliter cette participation.

La gouvernance participative privilégie une citoyenneté incorporée et concrète, favorisée par la participation aux associations de la société civile. Jusqu’à récemment, la difficulté de produire et distribuer l’information laissait peu de place aux médias en marge ou s’adressant à un auditoire trop restreint. Le pouvoir de diffusion que possède Internet change totalement la donne dans un monde où les blogues indépendants prennent une place toujours grandissante, il ne fait pas de doute que le pouvoir de cette société "civile", regroupement d’entités individuelles ou organisationnelles de toute nature, ne peut plus être négligé.

Si certains croient que la participation est la solution principale au désengagement de l’État parce que "la démocratie peut difficilement s’épanouir dans un monde où le profit est la seule mesure, et où la télévision et la publicité sont contrôlées par les mêmes forces des marchés qui isolent l’être humain l’empêchant d’entreprendre des activités collectives. L’atomisation actuelle du tissu social par les médias est antidémocratique" (Barsalo, Cartier et Dumais, 2004, p.6). D’autres émettent des réserves quant à son avenir : "Que ce soit par le pouvoir homogénéisant des médias, par leur pouvoir de pousser au conformisme ou par le rôle récupérateur des institutions massemédiatiques et gouvernementales à plusieurs niveaux de société, nous avons vu, non pas dans une perspective à court terme, mais à plus ou moins long terme, que certaines dérives démocratiques nous permettraient de mettre en doute l’idéologie de la participation" (Harvey, 2004, p. 155). Cette influence des médias de masse est toutefois de plus en plus concurrencée par un Web où l’information ne dépend pas toujours des entreprises médiatiques qui la diffuse.

Pour certains, nous nous dirigeons vers une démocratie de la communication où entrent en scène les médias des masses : "Les médias des masses, seuls véritables médias démocratiques, vont radicalement modifier la relation entre le politique et le citoyen, et, par voie de conséquence, avoir des impacts considérables dans les champs culturel, social et politique." (Rosnay, 2005, p.9). Les médias sont un élément primordial à la bonne marche de la démocratie. Qualifiés de quatrième pouvoir, ils sont avec l’éducation le vecteur qui permet aux idées d’être partagées : "c’est là essentiellement, à travers l’indispensable libre circulation des idées, des informations, des faits, des interprétations et des analyses que se joue, dans une importante mesure, la poursuite de la conversation démocratique" (Baillargeon, 2006, p.59). Le pouvoir que détiennent les médias de masse ne peut alors être conjugué à une quelconque dépendance envers l’entreprise privée, au gouvernement ou à toute autre entité aliénante. Les problèmes inhérents qui sont attribués aux médias traditionnels en plus d’une certaine volonté de la population à participer au débat public sont les principaux facteurs présidant à l’avènement d’une alternative au modèle actuel de production et de diffusion de l’information. Ce déplacement vers une économie de l’information en réseau pourrait devenir une des principales raisons qui forcera les grands médias à répondre à leur responsabilité civile et sociale.

Néanmoins, il ne faut pas voir les outils informatiques comme une fin en soi. Dans l’esprit de la communautique, les médias citoyens veulent se servir des technologies comme levier social. Comme le dit Anne-Marie Gingras (2006, p.206), "l’innovation doit au contraire être comprise comme la résultante de l’action simultanée de la logique technique (le potentiel technologique), la logique sociale (l’utilisation qu’en font les gens), la logique économique (les intérêts sous-jacents à la construction des technologies médiatiques) et la logique politique (le fonctionnement des institutions politiques et les rapports entre la société civile et l’État)".

D’après elle, "pour que le potentiel technologique se réalise, les individus doivent s’informer à de multiples sources, comparer les informations, et en évaluer la pertinence et la crédibilité. Ils doivent situer les informations dans des contextes sociopolitique, économique, voire historique. Ces exigences sont énormes..." (Gingras, 2006, p.246). Il faut tout de même préciser que le journaliste citoyen n’a pas les mêmes contraintes de temps que les journalistes professionnels ce qui leur permet de fouiller plus en détail certains sujets sans inquiétude de manquer l’heure de tombée. En plus, ces citoyens ne sont mus que par l’intérêt qu’ils vouent à un sujet, et non pas par des impératifs liés à l’actualité, ou les directives de la direction.

Le Web à deux sens

Depuis peu, on utilise l’expression Web 2.0 pour désigner une utilisation du Web "qui s’oriente de plus en plus vers l’interaction entre les utilisateurs, et la création de réseaux sociaux rudimentaires, pouvant servir du contenu exploitant les effets de réseau". Ainsi, il n’y a plus un émetteur et plusieurs récepteurs puisque ces derniers participent à la création du contenu et deviennent aussi des émetteurs d’information. Un des effets de cette tendance prend la forme de l’approvisionnement par la foule (crowdsourcing) qui consiste à "utiliser les internautes pour créer des contenus, répondre aux questions d’autres visiteurs, voire participer à la conception du site" (Journal du Net). Dans certains cas, l’idée est que les ressources offertes par les visiteurs réduiront les coûts de production des éditeurs. Dans d’autres cas, comme pour ce qui est des médias citoyens, il s’agit plutôt de miser sur la mutualisation des connaissances pour offrir une information diversifiée.

À une époque où le "15 minutes de gloire" est devenu un "15 megaoctets de gloire", les opinions divergent quant aux bénéfices du contenu généré par les utilisateurs. Certains comme Michael Moritz, un investisseur de capital de risque qui a contribué à Google et Yahoo !, croient qu’en "1931 à Munich, il aurait été si facile de diffuser un message que les Nazis auraient pris le pouvoir bien plus rapidement". De même, Paul Saffo croit que "si nous pouvons tous créer notre propre jardin médiatique emmuré qui nous berce d’informations réconfortantes, nous nous éloignons de toute opinion contraire à la nôtre". Enfin, certains pensent que les nouveaux médias mettent en péril la réflexion, la grammaire et crée des déficits d’attention chez les jeunes.

À l’inverse, Lee Rainie, directeur du Pew Internet & American Life Project, croit que les participants ne sont pas moins, mais plus au fait des arguments contraires, puisqu’une opinion divergente n’est souvent qu’à un hyperlien de distance. Aussi, les jeunes sont de plus en plus habiles à juger de la pertinence de l’information et à mettre de côté ce qui n’est pas crédible. On peut espérer que s’ils sont bien guidés, la quantité d’information qu’ils lisent et produisent contribuera à conserver une certaine qualité de la langue.

Pour le journaliste de The Economist, généralement, ceux qui ont confiance en la démocratie sont ouverts aux médias participatifs et ceux qui ont des réserves quant à la démocratie seront nostalgiques de la certitude que leur offrait les médias de masse. En définitive, il ne faut pas voir le phénomène comme une menace. Comme le dit Dan Gillmor, "mes lecteurs en savent plus que moi et ce n’est pas une menace mais une opportunité" (Gillmor dans Bowman et Willis, 2003 p. 13).

Un nouvel écosystème médiatique

Yochai Benkler décrit l’économie de l’information en réseau (networked information economy) comme le fruit du plus grand rôle que prend l’action décentralisée d’individus qui coopèrent et se coordonnent selon des mécanismes externes au marché (Benkler, 2006, p.3). Selon lui, dans le monde des médias de masse, une entreprise médiatique produit une nouvelle, lui donne de la crédibilité en la diffusant à heure de grande écoute (par exemple), et la distribue par le même fait. Internet permet une décomposition de ces diverses fonctions. Un individu, une association ou une entreprise a la possibilité de produire une nouvelle qui sera reprise par d’autres. Ce sont ces autres personnes, selon leur statut ou leur nombre, qui donneront une certaine crédibilité à cette nouvelle. On peut désormais voir les médias non plus comme un petit groupe donnant la mesure à une sphère publique désagrégée, mais comme le produit de la foule diversifiée des citoyens. La diminution des coûts des infrastructures de réseau fait en sorte que cette information peut être diffusée selon une perspective du tous vers tous plutôt que du haut vers le bas.

Déjà, les blogues commencent à jouer un rôle important au sein de l’opinion publique. Les blogueurs journalistes et les journalistes blogueurs participent activement aux débats en présentant l’information selon des points de vue différents, en pointant vers des nouvelles inédites ou en rendant compte d’erreurs commises par les médias traditionnels. Certains penseurs croient que d’ici peu, les médias traditionnels troqueront leurs correspondants à l’étranger pour plutôt miser sur des groupes de blogueurs locaux. L’environnement informationnel prend une nouvelle forme où "quelques-uns sont lus par plusieurs, mais où des faisceaux de sites lus de façon modérée fournissent une plateforme pour une très grande quantité de diffuseurs qui n’étaient pas écoutés dans l’environnement des médias de masse." (Benkler, 2006, p.242). L’idée des médias citoyens se base en partie sur cette assertion. L’objectif est de miser sur cette réalité pour agréger le produit diversifié des diffuseurs et leur donner une audience plus large afin de contribuer au débat public.

Le journalisme participatif que tente d’exercer les médias citoyens pourrait se définir comme "le fait, pour un citoyen ou un groupe de citoyen, de jouer un rôle actif dans le processus permettant de collecter, rapporter, analyser et disséminer les nouvelles et l’information. L’objectif de cette participation est de fournir l’information indépendante, fiable, véridique, diversifiée et pertinente, nécessaire à la démocratie" (Bowman et Willis, 2003). Une des particularités des médias citoyens réside dans la manière de vérifier l’information puisque le filtrage se fait principalement après la publication. "Dans ce déplacement de la lecture à la conversation, la publication (ou la télédiffusion, ou n’importe quoi) n’est pas la fin. Elle se situe plutôt quelque part au milieu d’un système émergent où nous apprenons et enseignons constamment". Nous verrons plus loin quels sont les mécanismes qui président à cette vérification post publication.

L’idée n’est surtout pas de promouvoir les médias citoyens au détriment des médias traditionnels, mais de partager les responsabilités. Cinq responsabilités seraient assignées aux médias :

- présenter un compte rendu des événements véridique, complet et intelligible dans un contexte qui leur donne un sens ;
- être un forum d’échange ;
- projeter une image représentative des groupes constitutifs de la société ;
- présenter et clarifier les buts et les valeurs de la société ; et
- fournir un accès total aux informations du jour. (Gingras, 2006, p.41)

De ces responsabilités, certaines ne peuvent être adéquatement réalisées par les médias traditionnels, d’autres par les médias citoyens. C’est là que réside la complémentarité qui pourrait se concrétiser au sein de l’écosystème médiatique diversifié qui prend forme.

Dorénavant, médias traditionnels, blogues, médias citoyens et communautés en ligne se côtoient et se complémentent pour contribuer à la diversité d’une information qui n’est plus immuable. "Ce qui émerge, ce sont des communautés qui produisent un journalisme participatif, des reportages citoyens, qui annotent l’information, qui commentent l’actualité et vérifient les faits que les médias traditionnels alimentent, construisant des regroupements de conseils, de sources et d’idées" (Bowman et Willis, 2003, p.13). Pour que le média citoyen joue son rôle de complément aux médias traditionnels et assume sa responsabilité sociale, des moyens doivent être mis en oeuvre pour assurer sa crédibilité. Des organisations comme La Tribu du Verbe et Cent Papiers sont en bonne position pour permettre aux citoyens de s'imposer dans cette conversation globale.

Ce texte fait partie d'une réflexion plus large, entreprise sur Cent Papiers, à propos des médias citoyens et de leurs paramètres de fonctionnement.

BAILLARGEON, N. (2006) Médias indépendants : D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, dans Isabelle Gusse "Diversité et indépendance des médias", Presses de l’Université de Montréal, 291 p.
BARSALO, R, et al. (2004). Collaboration et communication numérique - La gouvernance participative. Montréal, Municipalité de Gatineau : 100 p.
BENKLER, Y. (2006), The Wealth of Networks : How social production transforms markets and freedom, Yale University Press, New Haven and London
BOWMAN S. et WILLIS C. (2003) We Media : how audiences are shaping the future of news and information, Hypergen, 61 p.
GINGRAS, A-M (2006) Médias et démocratie : le grand malentendu, Presses de l’Université du Québec, Québec, 281 p.
GUSSE, I. (2006) Diversité et indépendance des médias : une question de démocratie, dans Isabelle Gusse "Diversité et indépendance des médias", Presses de l’Université de Montréal, 291 p.
HARVEY, P-L (2004). La démocratie occulte. Saint-Nicolas, Les Presses de l’Université Laval, 265 p.
ROSNAY, J. (2006) La révolte du pronétariat : Des mass médias aux médias des masses, Fayard, Paris, 246 p.

Publié par La Tribu du Verbe le 06 novembre 2006 à 10:11 AM TrackBack Commentaires (1)