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La motion du Parlement sur la nation québécoise (dans un Canada uni) n'a pas fini de faire jaser. À ce sujet, Francois Munyabagisha nous fait parvenir ce texte d'opinion qu'il nous fait plaisir de diffuser ici en vous invitant, comme toujours, à nous faire parvenir vos textes pour publication à l'adresse: webmestre@latribuduverbe.com.
Harper plus séparatiste que Boisclair
A quoi s’identifient vraiment les Québécois ? Je ne le prends de personne, et je ne l’apprends à personne : au pacifisme. Les Québécois possèdent un précieux et lointain héritage de culture pacifiste opposable à la culture militariste à l’occidentale. Nous sommes les héritiers de Lester Pearson, de René Lévesque, de Pierre Elliot Trudeau. Nous ne sommes pas des Français, pas non plus des cousins germains des Français colonialistes de la France d’avant hier ou des universalistes Français d’aujourd’hui; nous sommes «Nous», Québécois, peuple pacifique, souverainistes inconditionnellement. Souverains et pacifistes Canadiens, ou à défaut souverainistes Québécois. La fibre de la paix universelle est ce qui définit le mieux l’attachement identitaire québécois.
L’héritage cher et noble de l’identifiant québécois n’est pas uniquement d’origine québécoise, mais il est aussi et surtout canadien. Les valeurs de paix, de justice et de compassion qui résonnent au Québec rythment aussi la vie de partout au Canada, et retentissent ailleurs dans le monde. Depuis la création de la confédération des Nations du monde incarnée par l’ONU, le Canada a brillé et rayonné dans ce monde en génie de la paix et de l’universalité de la dignité humaine. Cette flamme allumée et perpétuée au concert des Nations par des Canadiens francophones, anglophones ou autres, se trouve, aujourd’hui hélas, sérieusement menacée par les vents du néolibéralisme colonialiste.
Au Canada, alors que les souverainistes québécois peinent à rallier des concitoyens à une cause séparatiste, un homme et son gouvernement, démocratiquement portés au gouvernail fédéral, réussit avec brio à clarifier et tonifier la perception québécoise de «société distincte» et le désir de souveraineté. Ces jokers du séparatismes ne sont pas ceux que d’aucuns s’imagineraient. Ce n’est ni Boisclair, ni Duceppe, ni Parizeau ni Luck Mervil. Prônant le militarisme à l’américaine et la franchisation (franchising) d’Ottawa sous influence de Washington, Harper engage une partie de la nation dans la désillusion et la négation des valeurs canadiennes et québécoises, au point d’entraîner le pays dans une fourche de chemins.
Je ne ferais pas allusion à la guerre des «faucons» américains en Afganistan ou en Irak, ni à celle de leurs cousins israéliens au Liban, tellement ces barbaries nous sont lointaines et inexplicables comme le rejet par le seul Canada de Harper, de la motion du Conseil de Sécurité condamnant l’extension des colonies juives en territoires occupées. Une voix contre sur 47, la voix du Canada ! Ça n’a rien de canadien, ça sens plutôt l’américain. Pendant que les Québécois et une large majorité de Canadiens des autres provinces réclament sans espoir le règlement du déséquilibre fiscal, pendant que partout au Canada la pauvreté gagne inexorablement du terrain et met en péril l’espoir des jeunes et des retraités, Harper vide généreusement les coffres fédéraux dans les gouffres du militarisme. Ces ressources engagées dans la guerre seraient investies autrement, utilement, elles créeraient de meilleurs espoirs pour les jeunes qui s’enrôlent pour mourir ou vivre, elles assureraient à tous un vrai espoir de meilleures conditions de vie et une meilleure prise en charge de notre responsabilité environnementale.
Plus d’un lisent dans la récente motion gouvernementale sur la «Nation québécoise» les mots que plus d’un prêtent à des Canadiens anglais : «laissons les Québécois sortir». Peut-on en faire une lecture différente lorsqu’on sait que le promoteur vend du feu là où les Québécois veulent vendre de l’eau ? Si c’est cet esprit qui devait allumer la majorité des autres Canadiens, je crois que Harper fait bien de dire aux Québécois (pour qui les valeurs identitaires constituent l’essence même de la Nation) de se refaire une Nation, et un pays où professer et vivre les leurs. Heureusement, la nation canadienne n’est pas faite d’armes ni de pailles, plutôt de patience, de sagesse et de foi en la démocratie. Bons nombre de Canadiens ne doivent pas se reconnaître en l’actuel gouvernement fédéral, et ont hâte de pouvoir le renvoyer à l’école. Au Québec, ça presse. Et si la vision Harper du Canada devait s’imposer à Ottawa, je parie que Jacques Parizeau n’aurait plus la chance de se répéter.
Francois Munyabagisha
Drummondville, Québec
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