Le mépris du moi-collectif !

Survol de trente ans. Je me souviens d'un soir de novembre 1976 où je m'étais épris de mon moi-collectif. Avec le temps, j'ai remarqué que les élus qui ne font pas ce qu'il faut pour réaliser le bonheur du citoyen, qui le font mal ou à l'opposé de ses intérêts, en viennent à inspirer de la honte chez le citoyen, voire du mépris pour le moi-collectif. La dégradation du sentiment identitaire peut aller jusqu'à la haine du moi-collectif. Je n'en suis pas rendu là, mais j'en ai marre de nous voir pâlir parmi les pires. Au défilé de la St-Jean, il y a longtemps que je ne bois plus ma Maudite ontarienne, que je n'agite plus mon drapeau "made in China". Nous sommes dans la gueule du dragon asiatique et on se demande béatement quelle est la marque de son dentifrice. Pour rassasier le monstre, on lui envoie même des "Team Canada". Quand je regarde le vieux rebelle sur le "chiffon" patriotique, force est de constater qu'il s'est souvent tiré dans le pied. Pour raviver ma fierté disparue, il me faut beaucoup plus que des Lepage, Langlois, Dion ou Laliberté, créateur d'une mega entreprise en qui aucun banquier d'ici ne croyait à l'origine.

Il me désole que nous soyons encore imbibés de notre esprit de colonisé. Nous n'avons jamais su exploiter intelligemment nos ressources naturelles pour en tirer un bon profit. Dans l'improvisaton du développement éolien, ceux qui acceptent des éoliennes sur leurs terres obtiennent des redevances beaucoup moins élevées qu'ailleurs. Fourrés à l'os, certains se font dire qu'une fois les contrats échus ils devront assumer les frais de démentèlement des structures. Jean Charest affirme qu'il s'en remet les yeux fermés à l'expertise du secteur privé ! Ramper pour vendre notre âme confirme que le Québec est encore le Mali du continent nord américain. À force de se faire manger la laine sur le dos, le mouton s'impose comme notre emblème animalier. La preuve en est que Bernard Landry a déjà qualifié de "brebis égarées" tous les péquistes défroqués ou devenus mous, en partie par sa faute. Traitres, déjantés, vendus, pensent ou disent tous les Falardeau qui vibrent au "crois ou meurs". Sommes-nous vraiment démocrates, respectueux, ouverts et "tolérants" ? Encore si le PQ posait clairement les questions référendaires, et surtout les bonnes. L'absence d'un guide digne de ce nom contribue à la désorientation du Québec. Boisclair, chef de gouvernement ? L'ayant connu comme guide touristique avant qu'il devienne député, il est peu probable qu'il puisse nous aider à retrouver le Nord. Avec ce fort en gueule porté sur le patinage, les entourloupettes, et les celles et ceux, la prochaine question aura sûrement huit paragraphes…

Avec des paysages balafrés par des centaines d'éoliennes, les gaspésiens verront leur qualité de vie diminuer. Pourquoi ne pas installer ces structures imposantes hors de notre vue en les ancrant sur les nombreux hauts fonds qui charpentent l'estuaire du fleuve et la Baie-des-Chaleurs ? Inspirons-nous du Danemark qui a installé les siennes en milieu marin, entre ses côtes et les eaux internationales. Le déficit commercial touristique atteint un sommet record au pays, et je doute fort que les gaspésiens attireront des touristes avec une exposition de girouettes sur pilotis.

Avec la mondialisation des marchés, notre autosuffisance agro-alimentaire en prend pour son rhume. Premier exportateur mondial de poissons en 1985, le Canada fait aujourd'hui vivoter l'industrie en important du poisson à transformer. Même les produits qui font notre force trouvent peu preneurs à l'étranger: bois, papier journal, fourrure, sirop d'érable, pomme, etc. Exit la tranformation de la viande, le textile, la chaussure, les appareils électroménagers, et quoi encore. Peu versé dans le recyclage, on exporte nos déchets et ils nous reviennent en produits transformés ! Alors que le Québec est le premier producteur canadien de produits laitiers, on retrouve du beurre de Colombie-Britannique dans nos restaurants ! Faut dire que le fédéral subventionne le transport… C'est croire que nos élus privilégient une politique économique axée sur les fermetures d'usines et l'exportation des emplois. On nous offre la mort, et le peuple obnibulé en redemande. Il en redemandera tant que le pain et les jeux ne manqueront pas, surtout les jeux. On a certes les élus qu'on mérite, mais y a-t-il une limite au masochisme collectif ?

Dans ce Québec qui me ressemble assez peu, on a déjà arnaché et asséché de majestueuses rivières qui passaient au cœur des villes (Alma, Shawinigan, etc), laissant à jamais des paysages d'une dévastation hallucinante. Arnacher, comme dans arracher l'âme et la beauté. Le pouvoir public mise sur l'épuisement et l'abdication de ceux qui s'opposent aux faux progrès. Le rouleau compresseur est convaincu que le peuple résigné peut s'habituer à tout, même à la laideur qu'il intègrera tôt ou tard, jusqu'à ne plus la voir. Une intégration qui désintègre l'intérieur. En novembre dernier, un colloque mondial se tenait à Montréal sur la partage du pouvoir avec les citoyens. Même si le maire y participait, aucun média n'a rapporté quoi que ce soit, ou si peu. Il est vrai que la mission des médias n'est pas tant de contribuer à faire de meilleurs citoyens que de manufacturer des consommateurs. La surconsommation valorisée s'impose comme une faux remède aux maux de l'âme. La publicité envahissante a transformé mon milieu de vie en vaste fascicule commercial, et le mal l'atteint jusque dans ses entrailles (métro). On en est rendu à monayer avec le privé le changement d'appellation des stations… Il est faux et pernicieux de faire croire que nous n'avons pas les moyens de notre existence. Montréal est affligé de problèmes qui n'ont rien d'incurables, mais nos élus menottés sont redevables à des créanciers qui dictent la ligne à suivre. Notre destinée nous échappe.

Il est stupéfiant de devoir constamment se défendre contre nos "représentants": Hertel des Cantons, Suroît, Rupert, Rabaska, Orford, etc. Tout élu qui se tient debout se retrouve "backbencher". Les décisions sont prises et parfois mises en force avant de consulter. On se félicite d'avoir le droit d'expression inscrit dans une charte, mais la loi du silence s'impose insidieusement, car seul "Money talks". Le pouvoir a tendance à considérer le citoyen comme un danger potentiel, surtout s'il n'est pas du bon bord. Du côté du Casino, c'est tout juste si la partie favorable à la relocalisation ne voyait pas la participation citoyenne comme une regrettable ingérence. Faudrait-il se taire quand nos laquais se croisent les bras, se cachent la tête dans le sable, ou appliquent la politique du laisser-faire ? S'exprimer ou mourir de l'intérieur, disait Louise Forestier. Une société où l'information ne peut circuler n'a rien de démocratique. Je dis non aux pressions visant à créer une société de bouches cousues, même si nos représentants sont sourds.

Quand une personne conclut que sa parole n'est plus sollicitée, que sa contribution au travail est injustement appréciée, monétairement ou autrement, la dévalorisation s'installe et l'engagement jadis marqué au sceau de l'excellence s'effrite. La pensée qui prévaut devient donc "On n'en donnera pas plus que le client en demande". La rigueur s'éclipse et la qualité totale minimum s'impose d'elle-même, générant erreurs et étiolement des compétences. Au Québec, c'est souvent le nivellement par le bas et le "je m'en foutisme" qui priment. Pour renverser la vapeur, il faut plus que des galas d'excellence. Dans notre société "Bougonnisante" où les élus servent de modèles, ces derniers sapent le moral, démotivent et démobilisent la fonction publique et la population. Faisant preuve d'amateurisme en gestion de personnel, les élus locaux de Montréal en sont réduits à suivre les employés au GPS ! La politique de la chaise vide étant le recours prisé par plusieurs élus, les citoyens ne devraient-ils pas eux aussi pouvoir retracer leurs élus par GPS ? Le dernier exemple de non confiance de la Ville de Montréal envers son personnel et la population a trouvé récemment son expression dans le cadre d'un prestigieux concours international de décoration florale. La Ville avait confié notre représentation à des horticulteurs de Québec ! Une gifle. Comme si on ne pouvait croire en nos gens et leurs talents. Nos élus se proclament les porteurs de nos rêves, mais ils n'en sont que les fossoyeurs.

Dans ce Québec auquel je m'identifie peu, la pauvreté est produite et cultivée avec raffinement. La pauvreté culmine annuellement avec une Guignolée qui prend l'allure d'un Festival de cannes. "Vaincre la pauvreté" fut le slogan déconcertant de l'édition 2006. C'est croire que penser peut user le cerveau. Encore un gros cirque où personne n'a souligné les facteurs d'appauvrissement qui sévissent en nos murs, ici plus durement qu'ailleurs en Amérique du Nord. Pauvre ou non, le Québécois mange relativement mal ou trop. Le fédéral surprend toujours, notamment par ses moyens de combattre l'obésité. Il accorde maintenant un crédit d'impôt aux skieurs de Bromont, Whistler, Tremblant, etc, paradis des hôtels et des auberges !

Les jeunes itinérants, quant à eux, ne sont pas sortis de l'auberge (du cœur) ou de leur refuge. Vingt-cinq ans après la désinstitutionnalisation en santé mentale, le manque de ressources est toujours criant. La pensée populaire dit que certains d'entre eux préfèrent vivre dans la rue. J'en doute. A-t-on déjà entendu un sans-abri affirmer que sa situation était son rêve d'enfant ? Quoi qu'il en soit, la santé mentale demeure toujours le parent pauvre du système de santé. La solidarité est un mythe. Dans ma société de mensonges et d'illusions, le "Scratch my back and I scratch yours" est la pensée dominante en politique, et si le pouvoir fait peu pour ces gens, c'est qu'il n'a rien à tirer d'eux, même pas des votes. On déserre les cordons de la bourse que si l'extrème pauvreté est trop visible, donc dérangeante. Au tournant de l'an 2000, la région la plus dépouvue de ressources était la Montérégie, qui avait pourtant comme députée la ministre des Finances. Qui a dit que la femme était l'avenir de l'homme ? Quand je vote, je considère avant tout la qualité de la personne, ses valeurs, ses principes, ses projets, ses solutions, et surtout sa sensibilité et sa fibre démocratique. Qu'importe que cette personne ait un pendentif ou non entre les jambes, qu'elle soit "de souche" ou pas. Personne ne m'a encore convaincu que la parité homme-femme aux élections serait une bonne chose.

À nos maux s'ajoute à une profonde crise de valeurs qui crée incertitude, insécurité et perte de confiance en nous et dans l'avenir. Cela a contribué à produire un taux de natalité qui ne permet plus au Québec de se prolonger dans le temps. Notre société a peu d'égards envers sa jeunesse. Les sombres statistiques sur son état parlent d'elles-mêmes. On multiplie des ghettos résidentiels défavorisant la mixité inter-générationnelle, on en est rendu dans le logement locatif à exclure les couples avec enfants. Plutôt que d'abattre les barrières contre la vie, on en élève. Détester sa jeunesse, c'est se détester soi-même. Nous nous dirigeons inconsciemment vers un suicide collectif. Pourquoi se faire un pays si la nation n'est pas déterminée à survivre ? Le Québec est si broche à foin et profondément empêtré dans les droits et libertés, notamment dans les procédures et les dispositions légales pour adopter les enfants d'ici, que les intéressés à devenir parents trouvent moins compliqué d'emprunter la filière internationale. Curieusement, ce sont les poupons du dragon asiatique qui ont la cote.

Il y a mille et une façons de tuer un homme, disait Félix. Il en va de même pour une nation. "Être homosexuel, c'est savoir qu'on est lié à un génocide", disait Guy Hocquenghem. "Vivre et laisser vivre", j'en suis. Mais j'ai de la difficulté à croire que l'homosexualité soit un phénomène normal et naturel. Robert Merle disait "détaché par la nature des cycles de transmission de la vie, l'homosexuel est davantage disponible pour la mort". La mort est une finalité naturelle et non un état habitant une personne de son vivant. On a eu beau "libérer" la femme, s'affirmer par une révolution tranquille, en venir à reconnaître le mariage gay, je vois le mur sur lequel nous allons nous fracasser. Ma vieille grand-mère me dit qu'il est temps de partir, et je la comprends.

Pour endormir ou divertir la nation qui s'éteint, la télé nous gave d'émissions abrutissantes produites par nos impôts ! Odieux. À part RBO, l'humour est débilisant. On éloigne les gens de toute réflexion à dessein de former et "contrôler l'opinion" (Daniel Lamarre, ex-pdg de TVA). Mais la pauvreté intellectuelle commence assez tôt au Québec: insuffisance de manuels scolaires, inexistence de bibliothèques dans plusieurs écoles de Montréal, etc. Avec tous ces jeunes qui vont à l'école le ventre vide, on se donne un air de pays sous-développé. Sceptique ? L'état de nos routes nous le rappelle assez vite. Pour masquer la réalité, on investit quand même un peu dans le décor. À Montréal, on va jusqu'à se payer des portes monumentales pour les entrées du quartier chinois. Mais les opérations cosmétiques ne suffisent pas. Tombent les poutres, viaducs et lames de verre. Alors que de nombreux établissements publics commandent une réfection urgente, le gouvernement fait construire ou rénover des hôpitaux qu'il ferme définitivement peu de temps après les travaux ! Nous passons pour des "twits" mais c'est pas grave, l'électeur oublie vite.

Le gouvernement nous rappelle constamment qu'il n'a pas d'argent, mais ça ne l'empêche nullement de dilapider outrageusement les fonds publics. Uniquement l'étude de faisabilité du CHUM a coûté 32 millions aux contribuables ! Tentacules du pouvoir, les pseudo lucides osent affirmer avec candeur que le gouvernement doit sabrer dans les dépenses, et surtout les services naturellement. Il faut se serrer la ceinture et vivre selon nos maigres moyens. Les tireurs de ficelles cherchent à nous persuader que le Québécois est encore né pour un petit pain. On ressort les vieilles rengaines de Bourassa. En matière de revenu disponible, le Québec, le Mississippi et la Louisiane compétitionnent pour s'arroger le dernier rang d'Amérique du Nord. En tournée dans ces deux états en 2004, j'y ai gagné comme chauffeur d'autobus non syndiqué un salaire 3.5 fois plus élevé qu'au Québec. Et nous sommes encore trop exigeants sur les salaires, de dire Lucien Bouchard, chef des lucides. Alors pourquoi n'a-t-il pas donné un exemple de retenue en 2005, lui qui a été surpayé $3000 par jour comme négociateur dans le dossier de la SAQ ? Exit le sermon sur les vertus de la pauvreté. Peut-on s'étonner que des citoyens tentent de déjouer le fisc pour éviter le gaspillage de leurs impôts ? J'ai lu sur une épitaphe de l'oratoire St-Joseph que notre saint patron fut un amant de la pauvreté... Je comprends mieux maintenant l'association entre le saint berger et le mouton. Et celle d'être à la fois menuisier ou premier ministre et berger. M.Bouchard est en fait un émule contemporain de St-Joseph, mais les prédicateurs d'aujourd'hui ne pratiquent plus ce qu'ils prêchent. Côté productivité, il est vrai que certains secteurs d'activités devraient mieux gérer les effectifs pour améliorer le rendement, mais le sujet abordé par les lucides est avant tout un simple prétexte pour que nous alimentions davantage le trésor public.

Les paradoxes sont nombreux et désarmants. Dans mon Québec qui se distingue par sa pauvreté, nos députés provinciaux sont les mieux payés au pays, et ils jouissent de cinq mois de relâche par année. Vive la productivité. Dans la ville importante la plus pauvre au Canada, l'ensemble des élus municipaux de Montréal disposent, toute proportion gardée, de la masse salariale la plus colossale de tous les conseils de ville en Amérique du Nord. Et que penser des indécentes allocations de dépenses… Ils peuvent bouffer et même s'habiller à nos frais. Curieusement, une revue des dépenses confirme que les bloquistes sont les élus les plus gouinfres. Ils défoncent leurs budgets et sont quand même remboursés sans facture. Et dire qu'ils réclament à cor et à cri une gestion responsable des affaires publiques ! Qui a dit que le fédéralisme n'était pas avantageux pour le Québec ? Étrange que nos élus et leurs petits amis soient les seules personnes qui puissent améliorer grassement leur sort économique.

Fut une époque où tout le Québec était contre l'implantation des casinos. Aujourd'hui, le jeu est devenu pour le gouvernement une énorme vache à lait, on ne peut plus sacrée. Nous avons beau multiplier et diversifier maladroitement nos sources de financement, on nous dit toujours dans le trou ! Ce n'est pas la productivité ou l'insuffisance de fonds publics qui cause problème, c'est la gestion irresponsable et le manque d'encadrement des grands projets, comme le métro de Laval, la construction du siège social de la CDPQ, etc. Nous avons pris trente ans pour éponger la dette olympique d'un milliard. Peut-on imaginer ce qu'on aurait pu faire avec ce magot ? Les jeux ont été présentés en 1976 dans un stade inachevé qui a mondialement fait voir notre incompétence. Les grands projets soutenus ou initiés par les gouvernements donnent souvent l'occasion de s'empiffrer. Le transport collectif n'a jamais été déficitaire, jusqu'à la réalisation du métro en prévision d'Expo 67. Quarante ans plus tard, les problèmes financiers de la STM sont tels qu'on tente de faire des économies de bouts de chandelles en éteignant un néon sur deux dans plusieurs stations de métro, en immobilisant les escaliers mobiles pourtant retapés ou remis à neuf à grand frais !

Les jeunes ne pourront malheureusement pas compter sur les emplois des baby boomers à la retraite. 75% d'entre-eux anticipent de travailler après 65 ans car ils n'auront pas assez d'argent pour bien vivre. Dommage que le travail autonome soit peu soutenu et que l'emploi soit de plus en plus précaire, bas de gamme, mal payé, à temps partiel, subventionné, occasionnel ou temporaire. L'intérêt de créer des emplois bien rémunérés est si faible que ça favorise le travail au noir et le commerce illicite relié notamment aux drogues, au sexe, au prêt sur gage, etc. Avec l'assentiment de la Ville de Montréal, le prêt usuraire a pignon sur rue et prend de l'expansion, ce qui démontre qu'il y a encore moyen de s'enrichir en saignant et syphonnant les plus mal pris. Les pauvres ont toujours eu une utilité économique… Les autorités locales ont beau tenter de voiler la pauvreté incrustée, mais les faits sont là. Montréal la réputation d'être en Amérique du Nord la porte d'entrée principale de toutes les drogues, d'être le premier pourvoyeur de cobayes humains pour l'industrie pharmaceutique, d'être la destination touristique de choix pour le sexe (agence d'escortes, clubs, salon de massage, prostitution, etc). Montréal, "The affordable destination", est-il écrit avec un zest de condescendance dans les guides américains. Oui, Montréal est très abordable, dans plus d'un sens du terme.

Nos salaires sont maintenus à un niveau si faible que 75% des couples sont contraints de travailler pour joindre les deux bouts. Et les garderies servent au mieux de "parking" à nos mioches. Alors que le crédit et l'endettement des individus n'ont jamais été aussi élevés, le taux d'épargne n'a jamais été aussi bas. Pas surprenant que 72% des montréalais soient encore locataires, et que plus de 75% des automobilistes québécois roulent avec des voitures louées, ce qui fait du nous les champions nord américains en ce domaine. On ne s'appartient pas, jusque dans notre quotidien. Depuis 1970, le nombre de comptoirs et banques alimentaires sur l'île de Montréal a grimpé de 70 à plus de 500. Les problèmes financiers constituent un facteur contributif à l'éclatement des familles. Plus de 60% des couples se séparent ou divorcent. Les familles reconstituées forment maintenant 50% des familles québécoises, les familles monoparentales, 25%. Alors que la ville offre un mode d'organisation devant favoriser le vivre ensemble, 50% des ménages à Montréal se compose d'une seule personne. Qui a dit que nous étions dans l'ère des communications ?

J'en ai marre des discours ronflants et décrochés de la réalité. Jean Charest nous invite à innover et exploiter de nouvelles "niches" pour créer davantage de richesse à redistribuer. Que du vent, comme celui qui souffle sur la Gaspésie ? L'histoire enseigne que la main d'oeuvre d'ici s'est toujours pliée aux compressions salariales en temps d'austérité économique, et aucun rattrapage ou partage significatif de richesse ne s'est réalisé en période de croissance. Nouvelles "niches", quel mot réducteur. C'est bien d'enrichir le glossaire politique, mais ça ne relèvera pas le moral de ceux qui mènent une vie de chien. Si nous sommes loin de briller parmi les meilleurs, c'est aussi parce que le capital de risque et les fonds publics reliés à l'entrepreneurship sont réservés, donc peu accessibles. Parce qu'on est frileux, investir en recherche et développement n'a jamais été notre tasse de thé. Dire que nous aurions pu devenir dans les années 70 les maîtres d'œuvre nord américains du développement éolien, mais les gouvernements n'ont jamais soutenu véritablement nos ingénieurs. "Les politiciens et les bureaucrates ne comprennent rien", me confia en 1985 Witek Brzozowski, éminent inventeur et ingénieur en aéronautique.

Le Québec n'est plus assez vaste pour fuir et se refugier dans une autre région. Y a-t-il un seul endroit sans pollution agricole ni coupe à blanc ou dépotoir minier toxique ? Nommez-moi cet oasis qui a su résister au développement anarchique, à l'exploitation de carrière en pleine ville, aux fermes d'élevage industriel, au saccage de montagnes défigurées ou éventrées, à l'aménagement de méga-sites d'enfouissement, à l'érection de pylones qui ombragent les maisons. Où est ce hameau où l'on ne fait jamais bouillir l'eau, où les inondations ne sont dûes qu'aux castors, où l'eau de baignade n'est jamais testée, où la vie locale n'est pas désorganisée par le crime organisé, où les champs de maïs ne produisent que du maïs, où il n'y a ni érosion des berges ni affaissement de maison dû au sol impropre à la construction ? Où est ce patelin qui a su contrer l'enlaidissement produit par les immenses panneaux réclames, la luminosité au néon, les fils non encore enfouis, les revêtements extérieurs de plastique et de tôle ondulés, les graffiti qui traduisent le mal de vivre ? Existe-t-il un havre de païx sans vrombissement de quads, de motomarines et de motoneiges ? Y a-t-il un seul lieu à l'abri d'excès d'accomodements raisonnables et de décrets qui brisent les jugements favorables à la qualité de vie ? Où est ce Village des vraies Valeurs où les Rois du matelas sont tous décédés ? Quelle est cette municipalité prospère qui a pu mettre en faillite ses Dollarama ? Quel est ce lieu qui ne doit pas sa survie aux subventions et aux coupons rabais à découper ? Où est cette effervescente ville qui a choisi de vivre activement, pleinement, et non par personnes interposées via les télé-romans et le sport télévisé ? Existe-t-il encore un seul quartier, une seule rue, un seul trottoir où les regards des passants se croisent en illuminant la vie d'un sourire ou d'un bonjour sonore ?

La situation est désespérante mais pas totalement désespérée. Vu qu'on ne peut fuir vers un ailleurs meilleur, il faut s'impliquer. "Le changement, ce n'est pas les autres, c'est toi", dit Jacques Languirand. Avec la perspective de deux élections générales en 2007, une citation me traverse l'esprit, celle d'un ancien secrétaire d'État américain. Redevenu simple citoyen, Henry Kissinger a déjà dit qu'il regrettait que les 90% de mauvais politiciens fassent ombrage aux 10% de bons. Il a néanmoins soutenu que le devoir du citoyen consiste à engager tous les efforts requis pour rechercher et trouver les aspirants politiciens pouvant appartenir au groupe minoritaire. Pour éviter de vous tromper, pourquoi ne pas vous présenter ? En Vert et contre tous.

Publié par Michel Bédard le 02 janvier 2007 à 11:46 AM TrackBack Commentaires (5)