Travaillez, travaillez, créez de la richesse que diable!

Pourquoi prendrais-je la peine de trouver des arguments et de faire des études savantes : enquêtes, statistiques, sondages, etc.; et de répondre à tous les Lucidiens, Bouchardiens, Dubuciens et autres apologistes du travaillez plus et vous aurez plus de richesse, pour leur démontrer que leur anathème du travail forcé est cousu de fil blanc?

Pourquoi donc ferais-je cet effort de démonstration alors que M. Paul Lafargue a écrit un petit essai éclairant sur le travail: « Le droit à la paresse » écrit voici 125 ans? La première édition du livre date de 1881. M. Lafargue a pris lui la peine de répondre au travail imposé comme valeur absolu et ultime.

À cette époque bénie les bourgeois s’engraissaient et affichaient une rondeur bien typique à leur statut social. Les ouvriers eux, hommes, femmes et enfants, s’esquintaient sur leurs machines de 12 à 16 heures par jour dans les fabriques de filature, entre autres. Quelques-uns mourraient ou se mutilaient, le travail était essentiellement physique, mais bon, la production et l’accumulation de la richesse et le « vol des biens de la nation » dans les sphères sociales supérieures ne pouvaient attendre, comme de nos jours d’ailleurs.

Maintenant le travail est plus d’ordre intellectuel et les problèmes que connaissent les travailleurs de la nouvelle économie sont davantage de l’ordre nerveux : burn-out, dépressions, maladies diverses et inconnus du système nerveux et suicides.

Mais laissons la parole à M. Lafargue avec quelques extraits choisis :


« Travaillez, travaillez, prolétaires, pour agrandir la fortune sociale et vos misères individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous ayez plus de raisons de travailler et d’êtres misérables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. » p. 28

« Et les économistes s’en vont répétant aux ouvriers : Travaillez pour augmenter la fortune sociale! » p. 27. « ...c’est alors que les économistes nous prêchent la théorie malthusienne, la religion de l’abstinence et le dogme du travail? Mais il faudrait leur arracher la langue et la donner aux chiens. » p. 40.

« Parce que la classe ouvrière, avec sa bonne foi simpliste, s’est laissé endoctriner, parce que avec son impétuosité naïve, elle s’est précipitée en aveugle dans le travail et l’abstinence, la classe capitaliste s’est trouvée condamnée à la paresse et à la jouissance forcée ». p. 40.

« Donc en se serrant le ventre, la classe ouvrière a développé outre mesure le ventre de la bourgeoisie condamnée à la surconsommation ». p. 46.

Et en conclusion :

« Si déracinant de son cœur le vice (note : le travail) qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvrière se levait dans sa force terrible…défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, frémissant d’allégresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers…mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile? » p. 63

« O paresse, prends pitié de notre longue misère! O paresse mère des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines! » p. 64.

Lafargue, Paul. Le droit à la paresse. Éditions Allia, 2005, 74 p.

Publié par Claude Charest le 24 janvier 2007 à 09:31 AM TrackBack Commentaires (29)