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un article de Bernard Et ses desaccords
1ère partie : le principe
Ce mot d’ordre avait failli provoquer une crise tellement il avait été pratiqué par les simples électeurs et électrices pendant la trop terne campagne électorale fédérale de 1997. Le tout avait été orchestré par une grande campagne de stickers qui, s’inscrivant comme un candidat en soit, rappelait le triplé d’« Aux Armes » de Danton tapissé sur les murs de Paris pendant la révolution française. Mais que voulez-vous, les temps changent.
Avec tout ce qu’il peut contenir d’anarcho-terroriste, il faut savoir que «Votez bien, votez rien» ne signifie pas nécessairement qu’on ne vote pas : il peut simplement suggérer d’aller annuler son vote dans un urinoir institutionnel, donc d’exercer son devoir de citoyen tout aussi simplement qu’en ne dessinant qu’une seule croix.
Ce que l’annulation apporte, c’est qu’elle dit NON aux « moins pires » (pensons à nos beaux frères qui s’intéressent tant à la politique, mais qu’on dirait qu’il faut à tout prix qu’ils votent pour le meilleur, sinon pour le moins pire).
Votez rien, c’est souvent un choix fait par une personne suite au constat qu’il n’y a pas de vote stratégique possible dans sa circonscription. Par extension, un désaveu à notre bon vieux mode de scrutin uninominal à un tour n’est pas à exclure non plus. L’annulation peut s’avérer aussi un choix somme toute éclairé quand, tout en continuant d’analyser la campagne avec minutie (LE politique), on ne tombe pas dans le panneau du spectacle, de la parade du têtage et du « prend moi pour unE cave » (LA politique).
Cet absentionnisme constitue enfin un rejet de la dynamique de «parti» en suggérant comme alternative la dynamique de «mouvements». Certes, c’est une démarche assez rude, car tout passe par la constitution d’un rapport de force, mais une démarche moins artificielle et qui repose moins sur l’image. À ce sujet, on a qu’à voir ce que donne le très concertationniste Québec Solidaire : ses bases reposent notamment sur des mouvements sociaux de fond (comme le RAP, le Rassemblement pour une alternative politique, et D’abord Solidaire) qui ont fait le choix de se morceler ou se saborder afin de prendre l’autobus électoraliste. À ce compte-là, vaut mieux, en connaissance de cause, essayer d’être dans les bonnes grâces de ceux et celles qui ont le pouvoir en leur rappelant leur devoir que de se casser le cul à aller chercher 2 ou 3 % de votes «lècheculatifs» (variante du très célèbre «torcheculatif» de François Rabelais).
Pour ceux et celles qui reprocheraient à votre humble serviteur de baigner dans l’abstraction pure, on se donne rendez-vous la semaine prochaine, alors qu’on appliquera ce charmant principe de «votez bien, votez rien» au «contenu» de l’élection actuelle. En effet, le cauchemar que nous vivons en ce moment (n’exagérons rien!) nous invite plus que jamais à l’annulation de notre vote le 26 mars prochain. Mmmh, à moins, bien sûr (peut-être pas si bête), que vous désiriez vraiment tenter de mettre sur la map l’un ou l’autre de nos « tiers » partis (une parenthèse : les tiers partis constituaient, il n’y a pas si longtemps, toutes les formations qui sortaient de notre traditionnel axe bipartiste PQ-PLQ, micro-représentants insatiables et éternels du tiers-monde de notre piège électoral. Mais dans l’élection actuelle, avec la torysation et la chaude lutte des trois principaux partis, on devrait davantage parler de quart-partis, qu’en pensez-vous? OK, fin de la parenthèse).
On comprendra enfin la prochaine fois que le scrutin qui s’annonce appelle en effet au tapissage des murs de Montréal d’un « Votez bien, votez rien » pour deux raisons : L’occultation monumentale du bilan libéral et, une grande nouveauté : il n’y a plus de pauvreté au Québec !
« VOTEZ BIEN, VOTEZ RIEN »
2e partie : L’élection actuelle
Comme on l’a vu, il existe une autre option (une ultime) qui s’ajoute aux 5 ou 6 choix de vote offerts lors d’élections. En effet, «votez bien, votez rien» constitue en soit un geste, une décision non comptabilisée, mais qui résiste à l’envahisseur de l’image et de l’étroitesse d’esprit. Pour le scrutin qui approche, on retrouve deux raisons pour lesquelles l’annulation se justifie encore davantage : un complot visant à faire taire le bilan des Libéraux et, tout d’abord, le mutisme sans précédent sur l’existence d’une extrême pauvreté au Québec.
Pus de pauvres au Québec ?
On le sait, les élections sont faites pour les votantEs et c’est en ciblant le centre qu’on va toucher le plus de gens, le centre s’entendant ici comme la médiane dans l’échelle des revenus. Donc, lors d’élections, ce n’est pas les plus riches (parce que les partis ont déjà reçu leur«s» contribution«s» financière«s») ni les plus pauvres qui sont viséEs. Néanmoins, cette élection a l’air encore plus désastreuse pour le sort de nos moins nantiEs, surtout devant l’absence éhontée d’engagements en regard d’enjeux aussi considérables que le logement social ou l’aide tout aussi sociale.
Taisons le bilan libéral !
Vous rappelez-vous quand El Duce, sa sorcière thatcherisante pis ses bijoux brandissaient le spectre de la réingénierie de l’État et du charcutage dans le gras d’un fonctionnariat qui n’en finissait plus? Certes, cette réingénierie n’a pas été aussi pire que prévu, il en est de même pour l’application de la loi 25 sur la réorganisation du système de santé et on n’a encore pas vu trop de PPP. Mais au-delà du Mont Orford, des baillons annuels et d’un «j’taime pas» frôlant les 70%, tout le monde semble oublier les années (dont les toutes premières) du règne libéral.
En effet, à quel prix en contestation et en pression populaire tout ça s’est révélé «moins pire»? Vous rappelez-vous cette journée du 11 décembre 2003 : blocage économique général, avec ses manifs, ses barricades, ses routes et des entreprises bloquées? Cette superbe commotion, elle date d’à peine quatre ans et s’est déroulée sous le présent règne libéral. Sinon, comment oublier la grève étudiante de 2005, la lutte contre le Casino dans le sud-ouest de Montréal ou encore les 14 avril? On n’aura jamais aussi bien connu la date d’une élection (14 avril 2003) tellement on ne compte plus le nombre d’actions qui s’y sont tenues presque religieusement à chaque année (surtout en 2004 et en 2005). Souvenons-nous encore de la fin de semaine du congrès libéral de novembre 2004, avec une manif de la gauche radicale et son lot d’arrestations le vendredi soir et le gros rassemblement communautaro-syndical du samedi après-midi. Bref, y’en a eu de la grogne depuis quatre ans.
Et pourtant, un train de mesures rétrogrades a passé, sous le bâillon comme d’autres manières :les garderies (fleuron de notre chère politique familiale) passent de 5$ à 7$; les négos sur l’équité salariale et la loi 142 sur les conditions des employéEs du secteur public dans lesquelles on aurait cru voir Lucien Bouchard à la table pour les patroneux; la loi 33 sur le privé en santé; les changements à l’article 45 du code du travail laissant libre court à la sous-traitance; la loi 30 sur la fusion d’unités syndicales qui appelle à la bisbille, au maraudage et à la désunion du prolétariat; la loi 57 visant à maintenir dans la merde tout ce qu’il y a d’assistéE socialE, surtout s’il ou elle vit seulE et est apte au travail ; et ça continue...
En définitive, il y a quelque chose de honteux à avoir autant oublié. Il faut se demander s’il n’y a pas un complot quelque part, alors que même les détracteurs du frisé ne soulèvent pas ces mesures répréhensibles ni la grogne qui a grogné dès les premiers jours de ce mandat. La raison doit être pourtant bien simple: Péquistes, Adéquistes et leurs appuis (syndicaux ou autres) doivent apprécier ou se contenter de ces mesures qu’ils n’auraient pas le loisir d’invalider. Alors, si vous voulez vraiment voter pour le moins pire, c’est le moment…
Enfin, rappelez-vous que vous votez bien quand vous votez rien, si vous allez voter! Allez, au plaisir de se retrouver avec un nouveau gouvernement proportionnellement libéral majoritaire, même si c’est un peu plus sur la fesse!
Publié par Santiago Bertolino le 14 mars 2007 à 07:07 PM
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