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L'empire ottoman - qui s'en souvient ? - avec sa capitale à Istanbul, l'ancienne Constantinople, avait inventé une langue administrative, l' « ottoman » , mélange de turc, grec et perse, pour gérer son domaine, plus grand que ne l'avait été l'empire romain. Le nom de l'ancienne capitale, Istanbul, fut justement tiré du grec « ista bolis », (voilà la ville). À notre époque de « globalisation », nous avons aussi une langue qu'en Europe on commence à appeler le « globish »: une espèce de « pidgin English » qui nous vient, bien sûr, du pays, les Etats-Unis, qui a réussi à prendre le nom d'un continent, l'Amérique (America, ceci, cela, etc.).
Ce jargon « riche » d'environ 400, 500 mots - le vocabulaire d'un enfant de 5, 6 ans -, est suffisant pour fonctionner sur l'internet et dans la « nouvelle économie globale ». De plus, malgré sa pauvreté sémantique, il réussit à contaminer les autres langues. Quand quelqu'un se saoulait, au Québec on disait qu'il « partait sur la balloune » ou qu'il était « gazé »: les deux expressions signifiant bien l'état d'euphorie, le « gonflement » psychologique produit par l'alcool. Dans la « nouvelle économie », le même phénomène existe: la valeur en bourse des titres technologiques est proportionnelle à la nullité de leurs profits réels. De même pour le jargon de la soi-disant « nouvelle économie » et ses avatars, les mots s'enflent en proportion directe de leur vacuité sémantique.
Quelques exemples. En France, on ne dit plus société ou firme transnationale, multinationale ou mondiale: que non, il s'agit d'une « World Company » (sic); les maîtrises en gestion sont devenues des « mastères en management »; le « courriel » québécois est trop français, il faut le « E-mail », etc. Quant à l'enflure du vocabulaire, mentionnons des « technologies » pour n'importe laquelle petite innovation technique apportée aux chasses d'eau, ou tout nouveau procédé d'emballage du papier hygiénique ou des ouvre-boîtes. Un vendeur par téléphone devient un « agent de centre d'appels », jeune personne « agressive » (dynamique ou énergique, sans doute) qui justement vous « agresse » pour vous vendre sa « salade » à l'heure du souper, même si vous n'êtes pas inscrit au bottin. Et, le plus drôle, c'est qu'il s'agit le plus souvent de trucs, de télécommunications ! Dans le monde enchanté de la « bulle télé-informatique » les problèmes deviennent des problématiques (mot singulier qui signifie « ensemble des questions se rapportant à un domaine »: transport, santé, etc.). Les commis-vendeurs deviennent des « associés » au salaire minimum, alors que les vrais associés, eux, gagnent dans les 6, 7 chiffres; etc.
Les mots ne sont pas neutres: ils s'enchaînent en un discours aliénant dont le « globish » est la langue officielle -- rien à voir avec la langue de Shakespeare -- et notre langue « globalisée » un avatar.
« Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement … »
Publié par Claude Morisset le 09 juin 2007 à 06:48 PM
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